|

Version imprimable
Problématique
Axes
Comité d’organisation
Comité scientifique
Calendrier
Modalités pour répondre à l'appel
à communication
L’Association canadienne des sociologues et des
anthropologues de langue française (ACSALF) organise son
colloque général sur le thème de la crise. L’invitation
s’adresse aux sociologues et anthropologues et à ceux et
celles qui partagent leurs perspectives d’analyse. Notre
ambition dépasse le cadre strictement économique ou
politique bien que nous allons leur accorder une
attention particulière. Les transformations au sein du «
monde arabe » constituent un volet de ce colloque qui
s’ouvrira aussi sur le développement d’une perspective
comparative entre les sociétés.
PROBLEMATIQUE
Depuis la crise économique de 2008, nos sociétés n’ont
cessé de se faire dire qu’elles étaient en crise ou sur
le point de l’être. Or, si l’on y réfléchit bien, l’idée
de crise a été une caractéristique endémique de nos
sociétés depuis bien plus longtemps. Au point où nous
pouvons y voir un mécanisme de gestion des institutions
et des populations. On n’a qu’à penser aux années qui
ont suivi le 11 septembre 2001 pendant lesquelles les
États-Unis ont été en crise sécuritaire scandée
d’alertes jaunes ou rouges, ce qui a permis de justifier
la limitation des libertés individuelles et collectives
par le Patriot Act ou la Loi antiterroriste canadienne,
notamment. Plus proche de nous, la transformation des
universités se fait en prétextant une crise imminente ou
déjà en cours, une crise permanente, tantôt financière,
tantôt dite des clientèles ou de l’emploi universitaire,
etc. L’Université y perd peu à peu sa capacité critique
pour devenir un simple lieu d’élaboration gestionnaire
et technicienne sans qu’on proteste, crise oblige. La
crise, quel que soit son lieu, devient le prétexte pour
faire avaler des couleuvres, la socialisation massive
des pertes financières des banques ou la mise en tutelle
de démocraties par les banquiers. L’état de crise
permanent, comme l’état de guerre permanent, permet de
faire taire la critique sociale, de la délégitimer ou de
la réprimer. C’est un moyen qui a été largement utilisé
par les régimes autoritaires. La lutte contre le
communisme, la résistance à la domination de l’Occident
ou contre la montée de l’islamisme radical, pour nous
limiter à quelques exemples, ont tous servi à dénier
l’indéniable.
Néanmoins, certains
tentent de s’émanciper de cette impasse. On peut voir
les Printemps arabes comme une réponse à semblable
situation. À cela s’est ajoutée toute une série de «
printemps » occidentaux allant d’émeutes en Angleterre
et en Grèce à la détermination pacifique des indignés
espagnols et, plus récemment, le mouvement « Occupy Wall
Street ». Des mouvements qu’on décrit volontiers comme
mal organisés, sans chef, ni parti, ni programme clair,
inspirés les uns des autres. Un mouvement qui se fait en
faisant. Les analyses se bousculent, du général au
spécifique, sans qu’aucune n’émerge comme totalement
convaincante : l’inégalité, bien sûr, de pouvoir et de
condition; un retour des rapports de classe au-devant de
la scène à cause du recul de l’État-Providence; ou
encore la polarisation des opinions et la déception
envers le système politique. D’autres, plus
circonstanciés, y voient surtout un haut-le-cœur de plus
de 20 ans de néolibéralisme. Ou, simplement, ils
identifient ces « révoltes » comme un sentiment simple,
mais profond, d’avoir été floué : les plus pauvres ayant
renfloué les plus riches sans que ceux-ci n’exercent
aucune retenue sur les bonus qu’ils se versent.
Serait-ce une simple bulle médiatique?
Rien n’est totalement
clair dans le monde arabe non plus. L’appellation «
printemps arabe » cache une réalité complexe. Comme on
peut le voir en Tunisie et encore plus en Égypte, et de
manière prospective en Syrie ou au Yémen, la question de
l’après crise montre les difficultés de ces mouvements
spontanés, en réseau, à prendre pied dans le réel
organisé qui survit à la disparition des dictateurs.
D’une part, ils n’ont pas les structures qui permettent
une action soutenue et bien ciblée. Ce qui laisse les
fruits de ces mouvements exposés à la récupération par
des groupes organisés autour d’objectifs définis. Les
élections égyptiennes sont exemplaires, les Frères
musulmans et les salafistes du Parti Al-Nour ont
largement dominé les mouvements plus libéraux qu’on
avait associé à la place Tahrir. Dans certains pays,
cette frange libérale est bien étroite et les
révolutionnaires puisent à d’autres sources. Les pays
occidentaux ne sont pas non plus en reste dans la course
pour conserver leur influence et protéger leurs intérêts,
sans parler de leurs ventes d’armes. D’autre part, le
départ ou l’assassinat des dictateurs et de leur famille
ne mettent pas nécessairement fin au régime. Ce qui
amène les « révoltés » à constamment se remobiliser,
refondant à chaque fois leur accès à l’espace
démocratique, tantôt pour exercer des pressions sur les
dirigeants effectifs, tantôt pour réclamer des élections,
l’application des lois, des mobilisations à effet
décroissant auprès des populations. Chose certaine, les
jeunes élites désœuvrées, libérales ou non, jouent là
comme ici un rôle central. Chaque individu partageant
son indignation dans ce qui devient un tumulte par
l’amplification des réseaux sociaux et des nouvelles
technologies dont il faut encore comprendre l’impact
dans et au-delà des crises.
De tout cela reste,
malgré les limites évidentes de ces mouvements et les
réalités diverses qu’ils recouvrent, l’impression
persistante de voir un moment charnière de l’histoire du
monde. Car les révoltes arabes, en devenant des modèles,
même dans leur inachèvement, nous ont renvoyé une image
aux antipodes de l’orientalisme ambiant. Peut-être se
laisse-t-on trop influencer par le sentiment d’une
reprise de la crise de 1929 qui nous avait conduits à un
« ordre nouveau »? Ordre nouveau qui, ne l’oublions pas,
prit deux formes qui ne sont pas si loin l’une de
l’autre malgré des différences radicales: l’État-Providence
et le National-Socialisme. Chose certaine, une des
dynamiques sous-tendant les crises économiques actuelles
réside dans la croissance irrésistible des nouvelles
puissances industrielles dont les différences sont à
peine voilées par leur commune appartenance au BRICS. Le
réalignement du capitalisme occidental qui l’accompagne
et l’amplifie (délocalisation et sous-traitance)
entraîne un approfondissement de l’altération du rapport
salarial. Le discours sur la « démondialisation »
devient crédible, à gauche comme à droite. D’autres ont
davantage en tête 1989, alors que le mur qui séparait
les deux grandes idéologies dominantes s’effondrait. Sur
ce plan aussi, le résultat n’est pas net. Le grand
souffle de liberté qui a emporté le mur a pris des
formes différenciées allant d’un capitalisme débridé au
retour de l’autocratie.
Notre colloque intitulé «
Crise et mise en crise » convie donc tous les
sociologues et anthropologues à envisager dans leurs
domaines d’études ce questionnement sur le caractère
problématique de la vie sociale imposé par les crises.
Nous accueillerons les propositions théoriques comme
empiriques et les travaux portant sur une seule société
aussi bien que comparatifs. Les axes suivants pourront
inspirer les participants, dans chacun de ceux-ci un
volet sera consacré au monde arabe et un autre sera plus
général.
Haut
AXE 1 : LES CONCEPTS DE
CRISE ET DE MISE EN CRISE
Crise économique, crise
politique, crise de l’université, crise de la famille,
crise de la démocratie représentative, crise de la
culture, crise des valeurs, crise du religieux, on
pourrait répéter le même radical « crise de » pour une
foule de domaines de l’activité sociale. En fait,
certains en ont répertorié l’usage dans les sciences
sociales et historiques depuis la fin du XVIIIe siècle
en France, pour d’autres cet usage apparaît un siècle
avant, en Angleterre. Deux dates qui soulèvent la
question des rapports entre crise et révolution. On peut
penser la notion de crise selon trois axes
épistémologiques : la crise apparaît comme une rupture
dans le prévisible, entre le passé et le futur; la crise
est la source de transformations irrésistibles; la crise
est la conséquence d’une dynamique incontrôlable. En
quoi toutes les conceptions de la crise révèlent-elles
des conceptions de la société voire des théories de la
vie humaine et sociale? N’impliquent-elles pas toutes
une notion de normativité voire de normalité qui serait
perdue, en voie de l’être, soumise à une restauration ou
profondément réformée?
La question de la « mise
en crise » nous laisse dans l’ambiguïté entre deux
notions: soit on l’entend comme appareil communicatif,
comme paradigme de la gestion de l’espace et de
l’opinion publics par la multiplication des alertes ou
encore comme une propriété autopoïétique de la
compétition médiatique (la « fin du monde » à la une
chaque jour fait augmenter les audiences), soit on
l’entend comme la capacité réelle d’acteurs éminents de
provoquer des crises (grandes ou petites : la guerre en
Irak, l’augmentation des droits de scolarité, la décote
de la dette souveraine, le déclenchement d’une poursuite
sur le bois d’œuvre, le retrait de la cotisation à
l’UNESCO, etc.). Bref, « la mise en crise » est-elle une
forme particulière de la «mise en discours» plus
générale ou une forme de gestion pratique par la «
thérapie de choc »? Est-ce que la nouvelle élite
financière globalisée s’est engagée sur la voie de la
gestion par la crise permanente? Est-ce devenu une
technique de gouvernance appliquée à différentes
échelles? Comment les approches de l’anthropologie et de
la sociologie rendent-elles intelligibles les crises et
mises en crises actuelles?
AXE 2 : CRISE GENERALE,
CRISES SPECIFIQUES
L’actualité nous amène à
insister sur les crises économiques et politiques. Ce ne
sont certes pas les seuls moments où sociologues et
anthropologues ont utilisé ce vocable. Que peut-on
apprendre de toutes ces « crises »? Il s’agit ici
d’approcher la notion de crise empiriquement plutôt que
théoriquement. De partir de secteurs particuliers de
l’activité humaine pour la saisir. Des crises dont le
cadre temporel, la portée, l’intensité et la violence
sont variables. On peut traiter ici tant des crises
humanitaires issues de conflits armés que des crises du
religieux ou de la famille. Comment la désaffiliation
sociale touche-t-elle tant les salariés pauvres que ceux
qui sont exclus du rapport salarial? La crise de la
classe moyenne n’est-elle pas surtout une crise du lien
social?
AXE 3 : LES SOURCES DES
CRISES
Comment envisager les
sources des crises? Dans l’économie, dans le politique,
dans la culture, dans les institutions? Peut-on en
identifier une cause précise, circonstanciée et même
corrigible ou bien sont-elles constitutives du
capitalisme lui-même, au déploiement de la postmodernité
ou du développement du système-monde? Est-ce que nous
assistons à une autre étape du passage de la domination
économique de l’ouest vers l’est? Sommes-nous devant de
gigantesques manipulations par des groupes d’intérêts
puissants qui gagent sur la crise pour en tirer profit
et pouvoir? Sommes-nous soumis à l’illusion de
l’actualité? Ne sachant déchiffrer le rapport entre le «
mouvement réel » et le « mouvement apparent », entre la
crise et son substrat social.
AXE 4 : LES MOUVEMENTS
ÉMANCIPATION
Du retentissant « Dégage
» des Tunisiens à la colère des Grecs, des
protestataires se sont élevés contre le sort que leur
crise leur faisait. Quelle est la composition
socioculturelle de ces mouvements d’émancipation?
Comment s’inscrivent-ils dans leur société? Qu’est-ce
qui explique leur émergence? Quelle est leur
articulation avec les mouvements organisés plus
traditionnels? La situation de chaque mouvement est
variable. Par exemple, alors que les syndicats et la
gauche historique jouent un rôle en Grèce, on se trouve
devant une mosaïque difficile à saisir et variable dans
le temps en Égypte. Quels seront leurs impacts sur la
société politique? Sur la pensée politique? Auront-ils
un effet au-delà des événements qui les voient naître?
Quels sont les mécanismes qui favorisent le
développement de ces mouvements? Quel est le rôle joué
par les réseaux sociaux et les nouvelles technologies de
communication? Quel est celui des médias internationaux?
AXE 5 : LES CONSÉQUENCES
DES CRISES
Toutes les crises n’ont
pas la même portée. Entre la crise de nerfs et la crise
existentielle, les conséquences divergent en profondeur
et en remise en question. Les crises sociales sont
rarement anodines. L’ampleur maintes fois soulignée de
la crise économique de 2008 entraînera-t-elle des
transformations des structures socio-économiques de la
même intensité? Ses conséquences seront aussi fort
différentes selon qu’on les considère au plan individuel
ou collectif. Par exemple, la hausse du suicide et la
remise en question de l’État-providence
appartiennent-elles à la même logique d’ensemble?
L’idée de crise, même
lorsqu’elle se pérennise, implique une durée limitée.
Que la crise sera suivie d’une « sortie de crise ».
Outre les appels à renverser les régimes, on a entendu
bien des voix énoncer des « solutions ». Même les
décotes imposées par les Standard & Poors, Moody’s et
Fichte sont censés être un pas dans cette direction.
Peut-on penser à des réformes à partir d’en-haut? Le
capitalisme peut-il réformer le capitalisme? Sommes-nous
devant un autre exemple de la remarquable résilience du
système capitaliste? Peut-on le rendre soluble dans la
morale? Pour certains, la sortie de la crise de 1929
n’aurait pas été possible sans la guerre de 1939-1945.
Sommes-nous devant la même éventualité?
Faut-il voir tout en
noir? N’est-il pas aussi vrai que de nombreux champs
déclarés « en crise » sont maintenant l’objet d’un «
retour de » ou d’une renaissance? Depuis longtemps les
crises sont vues comme un mal nécessaire, une mort ou un
élagage qui permettront le renouvellement du système
touché. Quels possibles les crises actuelles
ouvrent-elles? Est-ce que le choc sera suffisant pour
engager une réflexivité accrue tenant compte des
multiples facteurs en jeu? La société, l’environnement,
l’économie et la culture peuvent-ils coexister? La
démocratie peut-elle jouer son rôle? Les élites
sont-elles à ce point commises dans la logique actuelle
qu’elles ne puissent fonder de nouvelles orientations?
Sommes-nous requis à une fuite en avant?
Haut
Comité d’organisation
:
Rachad ANTONIUS (Sociologie–UQAM); Hélène CHARRON (Sociologie–Université
Laval); Gabriela COMAN (Sociologie–Université de
Montréal); Nancy COUTURE (Sociologie–Université Laval);
Marie-Claude HAINCE (Social Science–York University);
Frédéric Parent (Sociologie–Cégep de Lévis); Paul
SABOURIN (Sociologie–Université de Montréal); André
TREMBLAY (Sociologie–Université d’Ottawa).
Haut
Comité scientifique :
Yves-Marie ABRAHAM (Gestion–HEC); Marcos ANCELOVIVI (Sociologie–McGill);
Rachad ANTONIUS (Sociologie–UQAM); Pierre BEAUCAGE (Anthropologie–Université
de Montréal); Bernard BERNIER (Anthropologie–Université
de Montréal); Daniel DAGENAIS (Sociologie–Université
Concordia); Sylvie FORTIN (Anthropologie–Université de
Montréal); Gilles GAGNÉ (Sociologie–Université Laval);
Louis JACOB (Sociologie–UQAM); Micheline LABELLE (Sociologie–UQAM);
Louis MARION (Philosophie–Indépendant); Martin MEUNIER (Sociologie–Université
d’Ottawa); Jorge PANTALEON (Anthropologie–Université de
Montréal); Samir SAUL (Histoire–Université de Montréal);
Paul SABOURIN (Sociologie–Université de Montréal);
Marie-Blanche TAHON (Sociologie–Université d’Ottawa);
Joseph-Yvon THÉRIAULT (Sociologie–UQAM); André TREMBALY
(Sociologie–Université d’Ottawa); Karine VANTHUYNE (Anthropologie–Université
d’Ottawa).
Calendrier
:
Soumission des projets de
communication :
15
avril 2012
Réponse du comité scientifique :
1er mai
2012
Envoi des communications
définitives : 1er
octobre 2012
Modalités pour répondre à l'appel à communication
:
Votre proposition doit inclure un titre, un résumé d'au
plus 400 mots pour une communication et de 600 mots pour
un projet d'atelier et les coordonnées des participants.
Les propositions seront soumises à un comité
d'évaluation scientifique selon les normes habituelles.
Identité, coordonnées postales et électroniques,
discipline et institution d'appartenance de l'auteur.
Titre et 3-4 mots-clés.
Exposé de la problématique.
Démarches méthodologique et théorique, sources et
matériaux mobilisés.
Principaux résultats attendus.
Proposition de
communication par voie électronique seulement via :
acsalf@inrs-ucs.uquebec.ca
Haut
|