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A
Abraham,
Yves-Marie
HEC
Montréal
Sacrée économie ! Ou comment l’approche
durkheimienne du religieux peut contribuer à
une sociologie de l’économie
Des
classifications élémentaires qui constituent
« l’esprit moderne », la distinction
nature-culture est sans doute l’une des plus
essentielles, sinon la plus essentielle à
notre monde, comme le rappelle aujourd’hui
Philippe Descola (Par delà nature et
culture, 2006), après Latour (Nous
n’avons jamais été modernes, 1991) ou
encore Goffman (Les cadres de l’expérience,
1974). A bien des égards, on peut considérer
que cette distinction fonde et ordonne notre
rapport au monde d’une manière très semblable
à l’opposition sacré-profane, telle qu’elle a
été conceptualisée par Durkheim dans les
Formes élémentaires de la vie religieuse
(1912).
Par
ailleurs, depuis les origines de la science
économique, les spécialistes de cette
discipline travaillent à imposer l’idée que
l’économique constitue un ordre de réalité
distinct, séparé, qui relève du domaine de la
nature plutôt que de celui de la culture ou du
social (voir notamment Walras et sa définition
de l’économie pure comme science
physico-mathématique). Pour l’heure, cette
idée est effectivement très largement partagée
et acceptée par les « modernes », qui tendent
à envisager en outre la « réalité économique »
comme l’infrastructure essentielle de toute
société humaine.
Dès
lors, nous proposons d’envisager l’économique
comme l’une des composantes fondamentales du
sacré des « modernes ». Telle est la thèse que
nous voudrions ici esquisser et discuter, en
prenant appui, d’une part sur certaines
remarques formulées par Durkheim à la fin des
Formes élémentaires de la vie religieuse
(les similitudes entre les notions de
mana et de valeur économique, par exemple),
et d’autre part sur la relecture que propose
Mary Douglas de la conception du sacré
développée par le fondateur de l’école
française de sociologie. Nous tenterons de
montrer ainsi que le schéma conceptuel
durkheimien (hétérogénéité du sacré et du
profane, contagiosité et ambivalence du sacré,
mana, rites positifs et négatifs, …)
s’avère éclairant lorsqu’il s’agit de penser
notre rapport au « fait économique ».
Alors que Marx et Weber ont contribué à
désacraliser le religieux en l’abordant avec
les mots de l’économie, Durkheim nous permet,
paradoxalement, de travailler à la
désacralisation de l’économie avec les mots du
religieux.
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AMIRAUX, Valérie
Département de sociologie,
Université de Montréal
Du sens des figures
polymorphes de la représentation de l’islam en
France
La question de la
représentation des musulmans en France a
accompagné la période coloniale et occupé
l’agenda
des
ministres de l’intérieur de la Vème République
jusqu’à la mise en place d’un Conseil français
du culte musulman en 2003. Sur ce plan, elle
est une question éminemment politique. Les
travaux de sciences sociales qui se sont
intéressés à celle-ci ont donc privilégié
l’angle de l’institutionnalisation du culte,
de l’autorité et du pouvoir sur les
communautés et de la concurrence des figures
médiatiques. Nous proposons ici de considérer
la représentation des musulmans de France, à
partir d’une cartographie des figures types
qui l’ont incarnée depuis le début du XXème
siècle, sous l’angle des typifications qui les
fondent et des normes qui cadrent leur
légitimité dans un espace public sécularisé.
La position (assignée ou choisie) de
représentants servira de support empirique à
une réflexion plus théorique sur les rôles de
passeur, gardien, censeur, traducteur,
médiateur dans un contexte colonial puis
post-colonial. Que disent ces acteurs ? À qui
s’adressent-ils ? Dans quelles arènes
interviennent-ils ? Quelles fonctions
remplissent-ils in fine dans la constitution
d’un islam orthodoxe aux conventions
républicaines ? Plusieurs perspectives
théoriques convergent ici, de la piste de
l’étiquetage à celle des cadrages, pour
permettre de réfléchir aux interactions entre
organisation de la représentation d’un culte
minoritaire et stabilisation du régime de
laïcité français.
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B
Bates, Karine
Département d’anthropologie, Université de
Montréal
Contributions
potentielles de l'anthropologie du droit à
l'élaboration d’une analyse holistique de la
justice sociale
Les questions d’ordre et de
désordre marquèrent les premières analyses
anthropologiques. Puis, l’approche empirique
de l’analyse des pratiques juridiques permis
d’établir de nouveaux paramètres d’analyse du
droit. Non plus considéré comme un corpus de
règles fixes lié à l’État, le droit se pose
comme une dynamique sociale constituée d’un
ensemble de pratiques. Le droit peut aussi
être vécu comme un forum où diverses visions
de l’ordre et du désordre, du juste et de
l’injuste se confrontent et se façonnent, au
gré du temps et des acteurs. Ce faisant,
l’anthropologie du droit propose une
perspective épistémologique et une approche
méthodologique pouvant contribuer à mieux
saisir l’effectivité des réformes sociales et
les enjeux des débats(et non-débats) sur la
justice sociale.
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Belleau, Hélène
Institut national de la
recherche scientifique, Montréal
L’amour sans foi ni loi ?
L’union de fait et le mariage au Québec
Dans le cadre d’une recherche portant sur les
représentations sociales de la conjugalité
chez les Québécois francophones, nous avons
réalisé 60 entretiens semi dirigés auprès de
30 conjoints mariés et 30 conjoints de fait
vivant en couple depuis au moins 3 ans ou
ayant un enfant de la présente union. Il
ressort de cette étude que les conjoints
mariés et les conjoints de fait ayant partagé
une certaine durée de vie commune (ou ayant eu
un enfant) ont une vision très similaire de la
conjugalité. La majorité estime d’ailleurs
qu’il n’y a pas de différences entre les deux
types d’union et ce, notamment au niveau de
l’engagement, de la confiance, de la fidélité
et de la solidarité entre conjoints. La
première partie de l’étude avait pour but
d’analyser la terminologie choisie par les
répondants pour désigner leur partenaire de
même que les raisons invoquées pour justifier
leurs choix. Ainsi avec les proches, qu’ils
soient mariés ou non, les conjoints
privilégient les mots chum/blonde, car ils les
perçoivent comme étant plus décontractés. Dans
les contextes plus formels, c’est le terme
conjoint/conjointe ou mari/femme qui est
utilisé. L’analyse révèle une très grande
acceptation sociale des unions de fait au
Québec et inversement, on constate que le
mariage véhicule, pour certains, une
connotation négative. Toutefois, une des
lignes de force de cette étude est d’avoir
montré que contrairement à ce que véhiculent
les médias et un certain discours public, les
questions juridiques sont prises en compte par
une minorité de personnes dans la décision de
se marier ou non. La grande méconnaissance de
la loi mais aussi l’importance de l’idéologie
amoureuse dans les rapports conjugaux que
véhiculent le discours des répondants,
appuient cette conclusion avec force. Comme
nous le verrons, la conjugalité s’est
transformée radicalement au cours du dernier
siècle. Les transformations de l’intimité,
signalées par les théoriciens de la modernité,
se sont accompagnées d’un certain recul des
normes sociales et des régulations
institutionnelles de la vie maritale. Mais au-delà
des choix individuels, on observe néanmoins
que l’idéologie amoureuse, l’institution
familiale, ainsi que plus largement les
structures sociales, économiques et juridiques
marquent profondément les choix en regard du
marriage.
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Bernier,
Bernard
Département d’anthropologie, Université de
Montréal
Économie et rapports sociaux au Japon. Une
approche sociale et historique
L’économie de marché au Japon, avant la crise
des années 1990, n’a jamais été considérée en
tant que domaine autonome, comme dans le
libéralisme et le néo-libéralisme occidentaux.
Les autorités japonaises ont vu le marché
comme un ensemble de mécanismes utiles, mais
imparfaits, qu’il fallait orienter vers des
objectifs nationaux définis par l’État. Cette
conception stratégique du marché dans une
idéologie quasi-militaire semble plus proche
du fonctionnement réel du marché que celle du
libéralisme ou du néo-libéralisme qui ignore
les interventions continuelles de l’État dans
l’économie. De plus, au Japon, l’appel à la
culture pour expliquer la forme différente des
institutions économiques date du début du 20e
siècle. Cet appel me semble exagéré, mais il
ne fait pas de doute que le processus
historique de mise en place de rapports
sociaux spécifiques, bien que liés à
l’économie de marché, a modelé les
institutions économiques, dont la forme a été
justifiées par la suite par l’appel à la
culture spécifiquement japonaise.
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BILGE, Sirma
Département de sociologie,
Université de Montréal
Intermédiaire culturel :
passeur, brouilleur ou patrouilleur de
frontières ?
Il s’agira d’une réflexion sur
la figure du passeur de frontières et les
notions de copie (d’imitation) et d’original
(d’authenticité) qui l’innervent à partir de
deux entrées théoriques : le Queer et le
postcolonial.
La première permettra de
travailler la figure de drag qui joue un rôle
important dans l’œuvre philosophique de Judith
Butler, qui s’en sert pour développer son
concept de performativité et assoir l’idée
qu’en matière de genre tout est toujours déjà
une copie.
La seconde conduira à l’œuvre
du théoricien postcolonial Homi Bhabha,
précisément à sa théorisation de l’ambivalence
des relations entre colonisés et colonisateurs
à partir du concept de mimétisme, qui ne donne
jamais, selon l’auteur, un résultat conforme à
l’original, mais une copie trouble qui
contient un potentiel de menace par dérision
et pastiche.
Cette confrontation théorique
vise à éclairer quand et comment le passeur de
frontières peut-il devenir brouilleur de
frontières, et quelle menace pour l’ordre
établi et quelle promesse d’émancipation, s’il
en est, ce brouillage peut-il engendrer, et
sous quelles conditions. L’actualité politique
et épistémologique d’une telle comparaison
réside dans le regard critique qu’elle permet
de jeter sur le travail de
médiation/représentation culturelle. En
examinant les discours de/sur les figures
féminines Hautement médiatisées, telles que
Necla Kelek, Fadela Amara, Irshad Mandji,
Ayaan Irsi Ali, qui bénéficient ou ont
bénéficié d’une légitimité reconnue par le
majoritaire en vertu de leur « authenticité »,
une approche informée par les théories Queer
et postcoloniales est à même de révéler que le
travail performatif de ces figures, qui
réalise leur statut de porte-parole des femmes
minoritaires opprimées, loin de provoquer une
fissure dans la domination que vivent les
immigrés, fortifie au contraire, en les
patrouillant, les frontières qu’elles
prétendent allier.
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Bilodeau, Pier-Luc
Département des
relations industrielles, Université Laval
L’action syndicale
face au néolibéralisme : actualité du
« Deuxième Front »
Octobre 1968… La
Confédération des syndicats nationaux (C.S.N.)
tient, à Québec, la 43e session de
son congrès. À cette occasion, dans le cadre
son « rapport moral », le président Marcel
Pepin soumet aux délégués des syndicats
affiliés une proposition ambitieuse :
investir, en tant qu’organisation syndicale,
d’autres terrains de lutte sociale, tels que
la consommation et le logement, afin de
confronter diverses menaces auxquelles sont
confrontés quotidiennement travailleuses et
travailleurs. Il nomme « deuxième front »
cette offensive devant compléter l’action
syndicale traditionnelle dans les milieux de
travail.
Octobre 2008… À l’aube
du trentième anniversaire de ce que Duménil et
Lévy (2000) ont nommé le coup de 1979,
le néolibéralisme s’est imposé comme doctrine
dominante dans la gouvernance des sociétés
occidentales. Trois décennies de
dé/re-régulation des activités économiques,
d’imposition d’une discipline financière aux
gestionnaires d’entreprises et de
démantèlement des programmes sociaux étatiques
ont entraîné des conséquences néfastes sur les
conditions d’existence des populations
concernées : appauvrissement, précarisation,
surendettement, etc.
Cette communication
portera sur l’action syndicale et la défense
des intérêts des travailleuses et des
travailleurs en contexte néolibéral, au Québec
et ailleurs en Occident. Retournant à la
proposition soumise par Pepin (1968), il sera
tenté de montrer toute l’actualité de
celle-ci, notamment en regard du débat actuel
ayant lieu dans les milieux syndicaux et
universitaires au sujet des voies à suivre par
le syndicalisme (« communautaire », « à valeur
ajoutée », etc.) pour assurer sa pérennité et
sa pertinence.
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Bologo, Eric
Univeristé Catholique de
Louvain-la-Neuve, Belgique
Mondain, Nathalie
Université d’Ottawa,
Canada
Ouédraogo, Oussimane
Université de
Ouagadougou / ISSP, Burkina Faso
Nana, Pascal
Université de
Ouagadougou / ISSP, Burkina Faso
Intentionnalité
des chercheurs et objectifs de réduction des
inégalités sociales de santé : le cas d’un
observatoire démographique et épidémiologique
en milieu urbain africain
Les systèmes de
surveillance démographique (SSD ou
observatoires de population) grâce au suivi
des indicateurs démographiques et
épidémiologiques qu’ils permettent constituent
une source de données intéressante pour la
santé des populations. Ces systèmes s’avèrent
toutefois extrêmement contraignants tant pour
les équipes qui en assurent la réalisation que
pour les populations qui y sont soumises. Par
conséquent ce mode particulier de recueil
d’information provoque une lassitude
croissante des populations qui y sont
incluses. Celles-ci, souvent peu instruites et
vulnérables économiquement, ne perçoivent pas
l’intérêt que de tels dispositifs de recherche
peuvent procurer, les questions auxquelles
elles doivent répondre systématiquement ne
faisant pas toujours du sens compte tenu des
impératifs de gestion du quotidien auxquels
ces populations sont soumises.
On se trouve donc dans
une situation apparemment paradoxale, où
intentionnalité du chercheur (non questionnée
car apparemment éthiquement inattaquable) et
intérêts perçus
et vécus
par la population étudiée semblent entrer en
conflit. Plus encore, la mise en œuvre de
méthodes de recherche dites participatives
visant à impliquer davantage les populations
dans ce qui est présenté comme allant dans
leur intérêt et « bien être commun », finit
nous semble-t-il, par contribuer au maintien
des formes d’inégalités sociales existantes.
Ainsi, contrairement à leur vocation,
l’application de ces méthodes, devenues
extrêmement populaires dans le milieu du
développement, risque d’aboutir à la
production de connaissances décontextualisées,
puisque les référents et catégories sur
lesquels elles se fondent ne font pas de sens
pour ces populations. L’intentionnalité du
chercheur peut-elle suffire pour rendre compte
des inégalités sociales locales ? Est-elle en
mesure d’entraîner un changement relatif aux
conditions objectives d’existence des
populations locales ?
La mise en place de tels
dispositifs pose donc des problèmes à la fois
éthiques et scientifiques qui sont exacerbés
en milieu urbain où les contraintes de la vie
courante rendent la réalisation de telles
enquêtes difficiles. Pour rendre compte de ces
enjeux deux recherches qualitatives ont été
menées dans le cadre de l’Observatoire de
population de Ouagadougou (Burkina Faso), la
première cherchant à évaluer dans quelle
mesure des activités d’informations et de
restitution (ou l’absence de telles activités)
influent sur la participation durable des
habitants au système et la seconde à montrer
l’importance d’une compréhension des
dynamiques sociales existant dans les
quartiers inclus dans l’observatoire.
Sur la base de ces deux
recherches nous chercherons à montrer que la
construction d’une « sociologie de
l’intentionnalité » s’avère essentielle pour
mettre en évidence ces décalages entre les
dispositifs de recherche ou d’intervention mis
en place et qui ont des effets directs et
indirects sur les populations auxquels ils
s’adressent d’une part, et la complexité de la
réalité vécue par les populations étudiées
d’autre part. Une telle construction
s’appuiera sur la notion de réflexivité ainsi
que sur la démarche adoptée par Norman Long et
qui repose sur un cadre analytique
spécialement conçu pour saisir les rapports
entre les différents acteurs impliqués dans un
dispositif de recherche ou d’intervention dans
le domaine du développement (actor-oriented
approach).
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Bradette,
Julie
Département de sociologie, Université de
Montréal
en collaboration avec
Sénéchal, Yan
Département de sociologie, Université de
Montréal
et
Vibert, Stéphane
Département de sociologie et anthropologie,
Université d’Ottawa
La théorisation des pratiques dans la
réduction des inégalités sociales de santé
OBJECTIFS : Documenter et analyser les
étapes initiales de la théorisation des
pratiques dans une recherche participative.
Permettre une meilleure connaissance de ce
qu’implique cette démarche. Considérer la
théorie comme une dimension centrale de la
recherche participative et la théorisation
ancrée comme un outil pour construire des
pratiques réflexives.
MÉTHODES : Cette communication est
basée sur l’étude d’une recherche
participative en cours concernant les
interventions de réductions des inégalités
sociales de santé à Montréal. Elle repose sur
une revue de littérature, une analyse de
documents et l’observation participante.
RÉSULTATS : L’appel pour un usage de la
théorie sociale est une préoccupation
grandissante dans les recherches en santé
publique. Bien souvent, la théorie sociale est
utilisée pour orienter ces recherches en amont,
comme en témoigne la théorie du capital
social. Une telle démarche pose problème, dès
lors qu’il s’agit de théoriser les pratiques
qu’implique une recherche participative. De
fait, comment tenir compte à la fois des
divers intérêts et des différents objectifs
des acteurs – chercheurs, gestionnaires,
intervenants, bailleurs de fonds, etc. –
participant à ce genre de recherche ? La « théorisation
ancrée » permet de surmonter cette difficulté,
par une démarche inductive dont le point de
départ se situe dans les pratiques concrètes.
CONCLUSIONS : Si elle permet de
théoriser les pratiques partenariales dans les
espaces socio-sanitaires, la théorisation
ancrée favorise également la généralisation
des expériences. C’est dire qu’elle a le
potentiel de permettre l’élaboration d’outils
pour mener une recherche participative sur les
interventions de réduction des inégalités
sociales de santé.
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Brochu,
Paul
Faculté des arts et
d'administration des affaires, Collège
universitaire de Saint-Boniface(Manitoba)
Émergence, institutionnalisation et croissance
de l’économicisme contemporain : Analyse du
développement d’une forme coopérative au
Québec (1963-1996)
Pour que l’on conçoive une séparation entre
l’économie et les autres domaines d’activités
sociales, l’économie doit être vue comme
formant un système autonome (Louis DUMONT
1977, Karel KOSIK 1978). Or cette vision est
celle d’une pensée spécifique appliquée aux
comportements humains et à l’échange, i.e.
celle de la science physique. Que sa position
soit celle du positivisme dur ou tempéré,
l’économicisme assume donc un ordre naturel de
fait. Or, malgré la ressemblance fondant
l’analogie entre le monde de la nature
physique et celui de l’économie, une
différence fondamentale subsiste entre ces
domaines de faits : Le système économique est
fondé sur une institutionnalisation des règles
du marché définies comme étant naturelles
(Karl POLANYI 1944, Romain LAUFER 1990). Cette
différence est plutôt importante du point de
vue de la sociologie économique : Nous
pourrons voir qu’elle permet de définir
l’économie non plus comme étant relative à des
lois de la nature (« économicisme ») mais
plutôt à la culture d’une société, i.e. comme
construction sociale. Ce processus
d’institutionnalisation constitue pour la
sociologie l’objet d’étude principal. Nous
proposerons, à partir des travaux de Karl
Polanyi (1944, 1957) et Mark Granovetter
(1985, 1990, 1992), de renouer avec ce point
de vue analytique de l’économie comme « procès
institutionnalisé » dans l’analyse d’une forme
coopérative d’économie financière au Québec où
émergera et se développera cet « économicisme »
dans les années ‘80.
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C
Carpentier, Normand
Centre de recherche, Institut universitaire de
gériatrie de Montréal
Département de sociologie, Université de
Montréal
Une coexistence
précaire entre le social et le médical dans le
cas de maladies chroniques
Avec le
vieillissement des populations, les sociétés
occidentales sont plus que jamais appelées à
effectuer une réflexion sur les personnes
âgées, sur leur condition, leur sort ou les
façons de les assister dans les épreuves
qu’eux et leur famille auront à traverser.
Une de ces épreuves est l’apparition et le
développement d’une maladie chronique,
principalement celles pour lesquelles la
médecine n’a pas encore de réponse et qui, par
conséquent, vont mobiliser d’importantes
dimensions sociales. Il se
développe ainsi un
Modèle
social des soins
(MSS)
qui se trouve, sous bien des aspects, à
l’opposé d’un Modèle institutionnel
modelé à l’intérieur du paradigme médical. À
l’intérieur d’un MSS, les organisations
d’assistance sont constituées en réseaux,
dispersées géographiquement, sans tête
dirigeante, et basées sur des approches ou des
méthodes d’intervention qui peuvent se situer
en opposition les unes avec les autres.
Certains services sont programmés par des
décideurs, d’autres issus du privé ou
émergeant d’une expérience communautaire.
Le monde médical doit progressivement
s’adapter à ces changements en profondeur dans
l’organisation des soins.
Cette
communication s’inscrit dans la réflexion sur
les services aux citoyens dans un contexte de
vieillissement des populations. Issue de
diverses disciplines, une équipe de recherche
a entrepris en 2003 un suivi longitudinal de
60 aidants de personnes atteintes de démence
de type Alzheimer. Nous présenterons
dans cette communication les grandes lignes de
ce projet avant de partager des réflexions sur
la production des connaissances permettant
d’alimenter les débats sur les grandes
questions sociales, notamment le partage des
responsabilités et les rapports marchands.
Les trajectoires de soins qui peuvent
s’étendre sur plus de 10 ans et une forte
proportion de l’aide s’inscrivent à
l’intérieur de rapports humains. Notre
démarche analytique est basée sur une
sociologie relationnelle (M. Emirbayer) et
l’application de diverses méthodes : réseaux
sociaux, représentations sociales et approches
séquentielles. Notre
étude s’inscrit dans une démarche d’analyse
des pratiques sociales et des conduites
culturelles permettant de mettre à jour la
diversité des réponses des familles, de
révéler les solutions et les stratégies de
chacune, compte tenu des ressources existantes
(familiales, publiques, privées,
communautaires). Nous pensons que c’est
à partir de la compréhension du fonctionnement
des familles, et non pas à partir des logiques
de fonctionnement des services publics, privés
ou communautaires qui sera possible d’apporter
des solutions novatrices à ces populations aux
prises avec des problèmes de santé chronique.
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Collin,
Johanne
Faculté de pharmacie,
Université de Montréal
Les ambiguïtés du
discours de santé publique face à la
consommation de médicaments
Depuis le milieu du 20e
siècle, les enjeux de la santé publique se
sont réorganisés autour d’une série de
transformations (essor de l’industrie
pharmaceutique d’envergure internationale,
développement des spécialités médicales,
institutionnalisation des champs de
l’épidémiologie et de la promotion de la
santé) faisant de la santé, non pas un simple
objectif, mais une véritable norme. La
«nouvelle» santé publique se fonde dès lors
sur une transformation
épistémologique majeure de ce que
signifie, socialement et médicalement, être
malade (ou en santé) aujourd’hui.
Passant d’entités discrètes à
variables continues, les deux composantes du
couple santé/maladie se voient désormais
disposées sur un continuum borné, d’un côté,
par le noyau dur de la maladie avérée et de
l’autre, pas sa valeur antinomique qu’incarne
l’objectif de la santé parfaite. Entre ces
deux pôles, l’identification de facteurs et de
niveaux de risque constitue le principal
dispositif à partir duquel se redessinent les
contours de la maladie et se reconfigure la
notion de prévention. Cette nouvelle
conception de la prévention, à laquelle
participe et souscrit la santé publique, place
le médicament au cœur des interventions de
santé. En effet, tant la détection des signes
avant-coureurs de la maladie, que le contrôle
de ses formes chroniques donnent désormais
lieu à une prévention de type pharmacologique.
Pourtant, la surconsommation et le mésusage
des médicaments constituent l’un des problèmes
majeurs identifiés par la santé publique au
cours des dernières années. Cette
communication visera à lever le voile sur cet
apparent paradoxe.
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Coutu,
Benoît
Département de sociologie, Université du
Québec à Montréal
De l’intervention d’humanité à
l’intervention humanitaire : essai de
sociologie critique à propos de l’évolution
d’une pratique internationale
Le sujet de notre thèse est l’intervention
humanitaire. Appréhendant celle-ci comme une
médiation, nous butons sur deux positions que
nous cherchons à dépasser. D'un côté, les
nombreux ouvrages de sciences politiques
concernant l'interventionnisme humanitaire
contemporain mettent généralement l'accent sur
l'évolution de son cadre normatif, la
transformation de ses modalités
opérationnelles, la mutation de la nature des
conflits ainsi que la multiplication des
acteurs humanitaires. D'un autre côté,
l'analyse sociologique et anthropologique de
cette pratique est largement dominée par des
paradigmes post-structuralistes (du procès
sans sujet ni fin, de la subjectivité par la
structure) qui reproduisent des apories
épistémologiques qui évacuent des dimensions
importantes d'une compréhension des
transformations fondamentales que connaissent
nos sociétés, surtout en ce qui concerne les
relations internationales. Dans le cadre de ce
colloque, nous proposons une analyse socio-historique
de l'intervention humanitaire contemporaine en
remontant au principe d'« intervention
d'humanité » rattaché à l'impérialisme moderne
du 19e siècle. Au travers cette évolution,
nous postulons que nous passons d'un
impérialisme du sujet (civilisationnel) à un
impérialisme du projet (systémique). En partie
inspiré par la sociologie dialectique
freitagienne, c'est alors la question des
transformations des modes de régulation et de
reproduction de nos sociétés, telles qu'elles
sont manifestées par l'interventionnisme, que
nous devrons interroger.
Autre:
Champ de spécialisation : sociologie politique.
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Curty, Gaël
Institut de
sociologie, Université de Neuchâtel
Critique de
l’économie et économie de la critique. Une
analyse des critiques sociologiques du
capitalisme
Dès ses débuts la
sociologie s’est constitué en opposition au
champ économique et s’est illustrée par des
critiques à son égard (Bourdieu, 1992, 1997 ;
Laval, 2002). Son opposition principielle
s’est maintenue jusqu’à nos jours au travers
de nombreux courants allant –sans prétendre à
l’exhaustivité- de l’École de Francfort (Adorno,
Horkheimer, Honneth) à la sociologie
pragmatique (Boltanski, Chiapello) en passant
par le « poststructuralisme » (Foucault,
Deleuze, Bourdieu). Les sociologues qui se
sont penchés sur ce phénomène ont considéré
les critiques sociologiques de l’économie
comme l’expression d’un ressentiment et d’une
frustration relative (individualisme
méthodologique), d’une lutte pour la
domination sociale et symbolique (structuralisme
constructiviste) ou d’un sens aigu de la
justice (sociologie pragmatique).À partir
d’une recherche qualitative basée sur des
entretiens semi-directifs avec des sociologues
suisses, ma communication a pour objectif de
tester ces différentes perspectives théoriques
en faisant une analyse à la fois de la
construction de l’habitus critique des
sociologues et de leurs critiques de
l’économie (capitalisme, globalisation,
néolibéralisme).
Après avoir
exposé et analysé les prises de position des
sociologues en fonction de leurs
caractéristiques sociales (origine, position
et trajectoire) et leurs critiques par
l’identification des sources d’indignation et
des appuis normatifs qui les soutiennent, ma
présentation aborde les formes spécifiques que
prennent leurs discours (dévoilement,
dénonciation, litige, différend) ainsi que les
éventuels retours à l’accord (compromis,
arrangement) imaginés par ces acteurs
particuliers.
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D
de Almeida Júnior,
Antônio Ribeiro
Sociology Department,
Universidade de São Paulo (Brazil)
en collaboration avec
Lestinge, Roberto
Applied Ecology,
Universidade de São Paulo (Brazil)
Brazilian journalism and
environmental issues: the case of Jornal
Nacional
Since 1985, Brazilian
society is formally democratic with fairly
free elections. The previous dictatorship
established a large television system which
was crucial to social control. This system
covered the totality of Brazilian territory
and had Rede Globo as its main player. In its
beginnings Rede Globo received money from
Time-Life Group (HERMAN; McCHESNEY, 1997) an
action that was forbidden by the Brazilian
law, which considered mandatory the property
of mass communication companies by Brazilian
born persons. A Parliamentary Commission
investigated those connections and suggested
the end of the association between Globo and
Time-Life. But before that, the dictatorial
government dissolved the Parliament and the
connection was not officially questioned
anymore.
Among Globo´s programs,
Jornal Nacional (National News) is probably
the most influent ideologically. Jornal
Nacional is the television news with the
biggest audience in Brazil, far ahead the
second player. Some nights it reaches more
than 80 million people simultaneously. Jornal
Nacional is financed by explicit advertisers,
mostly banks and car manufacturers.
We analyzed the news
presented to the Brazilian population by
Jornal Nacional with the Propaganda Model
proposed by Edward Herman and Noam Chomsky in
their book Manufacturing Consent. This model
shows two different sets of assumptions about
the news, when they are to be controlled by
interested agents. The first one, that we can
name filter theory, forecasts information
suppression to conform news to the interests
of powerful social agents. The second set
forecasts exaggeration in the information
publicized. In these two scenarios, the result
is an intentional distortion of reality by the
news program.
Specifically, we used the
propaganda model to evaluate the messages
produced by the Jornal Nacional about
environmental issues. The results of this
evaluation is revealing of distortions in the
information offered to the public. For
example, the information broadcasted about two
dams to be built in the Madeira River (Amazon
Basin) is severely incomplete and misleading,
which probably impairs a correct understanding
of those issues by the population and so
compromises its political decisions.
References:
HERMAN, E.; CHOMSKY, N.
Manufacturing consent: the political economy
of media. New York: Pantheon, 1988.
HERMAN, E; McCHESNEY, R.
Global media: the missionaries of global
capitalism. Herndon: Cassel Academic,
1997.
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de
Gaulejac, Clément
Artiste, Montréal
en collaboration avec
Uhl,
Magali
Département de sociologie, Université du
Québec à Montréal
Formes et mutations de la critique sociale
dans l’art contemporain
L’art constitue un champ de pratiques où se
réinventent régulièrement des formes de
critique sociale à travers des déplacements,
des ruptures, des contestations des codes
régissant à la fois les canons esthétiques et
les règles de vie d’une époque. Ainsi les
tableaux que Manet présenta dans les salons
des années 1860 firent scandale pour leur
critique du classicisme - « vous êtes le
premier dans la décrépitude de votre art » lui
dit Baudelaire admiratif - en même temps
qu’ils amorçaient le mouvement impressionniste
conjoint à l’invention d’un nouveau style de
vie.
Qu’en est-il de l’art aujourd’hui ? Deux
changements récents traversent ce champ. Le
premier concerne l’intégration massive des
artistes dans les circuits institutionnels
avec l’importance de l’Etat par ses
subventions et ses musées, et l’essor sans
précédent des galeries privées. Le second,
d’ordre contextuel, porte sur les mutations du
monde contemporain, c’est-à-dire sur l’objet
potentiel de la critique sociale :
globalisation, sophistication des dispositifs
organisationnels, individualisme,
désymbolisation… Quels sont les effets de ces
changements sur la manière de faire de la
critique par l’art aujourd’hui ?
L’institutionnalisation de l’art
provoque-t-elle une domestication et un
surcroît de contrôle des créations, un
désamorçage de leur potentiel critique, ou
plutôt une série de déplacements dans les
formes artistiques elles-mêmes
?
Les travaux d’artistes contemporains
s’inscrivant dans la quotidienneté avec une
réflexion sur les modes opératoires, en
s’appuyant sur les ressources du jeu, du
décalage et de la mobilisation éphémère des
spectateurs pour susciter leur réflexivité
critique, nous donnent quelques indices. Sous
cet angle, l’art contemporain
n’apparaîtrait plus comme totalisant, à
l’image des années soixante, mais fragmentaire,
univoque mais équivoque, global mais
micropolitique, unilatéral mais participatif,
utopique mais hétérotopique.
Cette communication en binôme invite, par son
dispositif même, à un dialogue entre l’art et
la sociologie. C’est en
particulier à partir du travail conceptuel de
Clément de Gaulejac que nous donnerons des
éléments de réponse à ces questions, afin de
préciser les stratégies discursives et
formelles sur lesquelles s’appuient certains
créateurs contemporains pour exprimer leur
conception du changement social et proposer
des alternatives aux logiques
socio-économiques d’aujourd’hui.
Autres :
www.calculmental.org
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Després, Carole
École d’architecture,
Université Laval
een collaboration avec
Joerin, Florent
École supérieure d’aménagement, Université
Laval
Transdisciplinarité et participation (recherche-action)
Comprendre les milieux urbains et y intervenir
est plus facile lorsque non seulement on
dépasse les approches disciplinaires, mais
quand on adopte une approche
transdisciplinaire, caractérisée par
l’intégration des apports de plusieurs acteurs,
porteurs de savoirs différents et de valeurs
différentes, bref de rationalités différentes.
Du croisement de quatre types de savoirs,
scientifiques, techniques, esthétiques et
éthiques, portés par divers groupes,
scientifiques, fonctionnaires et politiciens,
citoyens et créateurs, émerge un nouveau
savoir, intersubjectif, qui est plus que la
somme des précédents. Deux exemples de
processus participatifs orchestrés par le
Girba seront présentés : L’avenir des
banlieues de première couronne et le Projet
Pacte-Myrand. Dans les deux cas, des
rencontres de travail échelonnées sur
plusieurs mois ont abouti à l’élaboration d’un
plan d’aménagement lors d’une session
intensive de design participatif, ou charrette.
Ce plan matérialise le consensus sur les
orientations, les objectifs et les moyens
d’action, graduellement atteint durant les
étapes du processus.
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Dion,
Richard
Département de sociologie, Université du
Québec à Montréal
Violence et idéologie. Analyse de l’œuvre
de René Girard comme pensée légitime de la
lutte contre le terrorisme
René Girard est central pour une étude de la
violence dans les sciences sociales. Sa
notoriété et son influence ne cesse d’être
démontrées par les nombreux colloques et
groupes de recherches qu’inspirent l’œuvre de
cet auteur. Cependant, il y a très peu de
critiques par rapport au lien qui existerait
entre l’œuvre de Girard et la conjoncture
historique dans laquelle elle se produit. Il
s’agit donc de démontrer l’existence d’un lien
organique entre la pensée de cet auteur (particulièrement
dans ses ouvrages publiés les dix dernières
années) et la perspective de la fin de
l’histoire. La pensée « scientifique » de
Girard, axée sur l’héritage moral du
christianisme, a la prétention de résoudre le
problème moral et éthique de la violence.
L’œuvre de Girard s’inscrit dans le contexte
de la société américaine et par le fait même,
sa pensée est typique à son pays d’accueil. Le
darwinisme social auquel il se revendique est
en réalité une forme de légitimation de la
puissance des États-Unis qui sans directement
le mentionner, fait une distinction entre un
monde civilisé, qui nous aurait révélé les
mécanismes de la violence et un monde barbare
(ou archaïque), encore pris dans le piège du
mimétisme social et de la logique du bouc
émissaire.
Autre:
Champ de spécialisation : sociologie politique.
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DION, Rosalie
Département de sociologie,
Université de Montréal
Le développement d’une pensée séculière par
la diffusion de la religion : une sociologie
des humanistes
Ancré dans une perspective historique, cette
présentation cherche à mettre en application
une relecture de la théorie wébérienne de la
« rationalisation éthique » comme facteur
explicatif de la reconfiguration moderne du
rapport entretenu entre les individus et la
religion. Un retour sur les changements
survenus dans la pensée religieuse de la
Renaissance — pensée mise en contraste avec la
situation religieuse des populations du
Moyen-Âge — permet de mettre en évidence le
passage d’une religion syncrétique, ritualiste
et imprégnée de magie, à un christianisme
épuré, intériorisé et rationnel. L’étude de la
pensée religieuse de l’humaniste Érasme de
Rotterdam, pris comme « figure historique »
porteuse de cette transformation, pointe vers
la diffusion à la Renaissance d’un
christianisme compris comme système
philosophique compréhensif dépouillé de son
caractère mystique. Cette diffusion d’un
« esprit » chrétien, et l’importance accordée
à la mise en œuvre d’une conduite de vie
méthodique spécifiquement orientée vers le
salut, participe au premier chef d’un
processus de « quotidianisation » du charisme
religieux, prélude essentiel, dans une
perspective wébérienne, à la « rationalisation
éthique » et à l’autonomisation de la sphère
religieuse dans la vie sociale.
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Dubois, Dominic
Département de sociologie, Université du
Québec à Montréal
Mouvements sociaux et identités sexuées. De
l'identité pathologique au droit à l'identité
Le transsexualisme correspond en psychiatrie à
un trouble de l'identité sexuelle caractérisé
par un sentiment d'inconfort permanent relatif
au sexe biologique, qu’on voudrait corriger
pour qu'il corresponde au genre et au sexe
revendiqués. Aujourd'hui, différents débats
quant au transsexualisme, notamment sur la
légitimité de sa pathologisation, laissent
présager une transformation des enjeux sociaux
qu'il suppose. On assiste à un déplacement de
la problématisation du transsexualisme défini
comme de l’identité pathologique à une
revendication en terme de droit à l'identité.
Il s'agit moins de définir le phénomène avec
les termes du normal et du pathologique
propres à la médecine et à la psychiatrie que
dans ceux d'une quête de reconnaissance
identitaire politique, juridique et sociale.
Un arrêt récent de la Cour européenne des
droits de l'homme vient appuyer un tel constat
: la transformation du sexe y apparaît
légitime selon la norme juridique d'autonomie
de la personne qui affirme « le droit pour
chacun d'établir les détails de son identité
sexuelle ». De la même manière,
l'inscription du transsexualisme comme
dimension du militantisme LGBT (pour
lesbiennes, gays, bisexuelLEs et
transsexuelLes / transgenres) suppose une
évolution similaire. Il s'agit alors de faire
reposer la légitimité de la revendication
transsexuelle moins sur la souffrance que de
la faire apparaître comme une identité
possible et légitime, au même titre par
exemple que l'homosexualité. C'est dans cette
optique que le Conseil québécois des gais et
lesbiennes, lors de la Consultation générale
de la Commission des affaires sociales
relativement au projet de loi n°63 (loi
modifiant la charte des Droits et libertés de
la personne), a revendiqué l'inscription de
l'« identité de genre » comme motif de
discrimination pour protéger les personnes
transsexuelles et transgenres, « qui ne
peuvent s'identifier en fonction de leur sexe
de naissance » et ne seraient pas protégées
par la Charte des droits et libertés. Cette
communication permettra d'explorer et
d'expliciter comment la problématisation du
transsexualisme émergeant actuellement doit
s'entendre en relation avec les mutations
historiques de l'individualité et des formes
identitaires (Dubar, 2000). Les identités
transsexuelle et transgenre défendues par les
mouvements LGBT supposent une transformation
des formes de l'individualité ainsi que des
modalités d'expression et de signification de
l'identité personnelle comme expérience
d'être soi sexuée. Au final, il s'agira de
s'interroger sur la manière dont les discours
des groupes de défenses des personnes
transsexuelles et transgenres sont porteurs de
ces mutations historiques.
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Duclos, Alexandre
Socio-anthropologie, Université Paris 1
Panthéon Sorbonn
Les formes modernes de cosmopolitisme. Un
nouvel outil pour la critique sociale
Cette communication a pour but d’éclairer un
fait social particulier que nous nommons
cosmopolitisme. Par cosmopolitisme, nous
désignons cette part du lien social qui
définit ce qu’est, dans une communauté donnée,
à un moment de son histoire, l’idée que l’on
se fait du monde en général et de l’humain en
général. Ainsi on pourra agir dans un monde
clos, dans lequel l’humain est une créature de
dieu, agir dans un monde exploitable peuplé
d’êtres fonctionnels, ou agir dans un monde
infini peuplé d’amis et d’imprévus. Il s’agit
essentiellement pour nous de forger pour les
Sciences Sociales un concept fécond
théoriquement et utile pratiquement.
Déployer le
concept de cosmopolitisme en socio-anthropologie
consiste en un effort conceptuel pour
investiguer une part de la culture : celle qui
définit l’humain et le monde. Nous faisons
l’hypothèse que les sociétés modernes
connaissent une situation exceptionnelle dans
leur relation à cette part de la culture. La
Modernité comme exception du point de vue la
culture ? Au-delà du légitime questionnement
sur la crise de la culture ou la crise de
l’humanisme*, nous nous proposons de créer un
concept à même de rendre compte des
conséquences sociales de ces crises. La
culture mondialisée parle-t-elle seulement ?
Peut-elle produire de l’intégration avec cette
même facilité qui la caractérise dans la
création de forme de régulation ? La culture
mondiale comme fait ou comme projet est un
objet aussi inévitable que difficile à
identifier. La mondialisation a
suscité une abondante littérature. Nous
discuterons essentiellement les auteurs ayant
pensé un lien entre mondialisation et
cosmopolitisme : Ulrich Beck, Bertrand Badie,
Etienne Tassin, et Jürgen Habermas**.
En s’attaquant
à la question des modalités sociales d’une
citoyenneté mondiale, ces quatre auteurs sont
au cœur de notre problématique, ce d’autant
plus que leurs réflexions ont une dimension
programmatique. Pour discuter leurs
conclusions, nous utiliserons nos récents
terrains à Alexandrie, à New York et à
Pristina. Au Kosovo notamment, notre terrain
permet de mettre regard théorie et pratiques
transnationales, idéologie et réalités
sociales. Depuis 1999, un mode de gestion
transnational a été importé au Kosovo. Il a
probablement montré ses étroites limites.
Incapable de donner naissance à une cité
politique, il représente un risque pour
l’existence même de liens sociaux au sein de
ce territoire. Le questionnement
cosmopolitique permet de faire apparaître la
vision d’un monde carcéral, partagée par les
communautés serbes, albanaises et les
personnels internationaux.
** Ulrich Beck, Qu’est ce que le
cosmopolitisme (2006). Bertrand Badie :
La Fin des territoires. 1995Un monde
sans souveraineté, 1999. Etienne Tassin :
Un monde commun, 2003. Jürgen Habermas,
Après l’État Nation, une nouvelle
constellation politique (2000) La
technique et la science comme idéologie
(1973), L’intégration Républicaine
(1998).
Autres :
Je suis doctorant et enseignant en Socio-anthropologie
à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Ater
(professeur assistant) en socio-anthropologie
à l’Université Paris Panthéon Sorbonne.
Doctorant en Socio-anthropologie sous la
direction de Sophie Poirot Delpech et Alain
Gras. Je travaille sur les formes modernes de
cosmpolitisme. En Octobre, j’aurai soutenu ma
thèse et je commencerai un post doctorat à
l’Université Laval (sous la direction de Marie
France Maranda au CRIEVAT), sur le monde
commun transmis dans les processus
éducationnels dans la ville de Québec.
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E
Esquivel Sada,
Daphné
Département de
sociologie, Université de Montréal
Nature et
technique d'après les nanotechnologies
La distinction
entre nature et artifice est depuis au moins
l’Antiquité fondée sur un rapport dialectique
et mouvant. Suivant les époques, le naturel et
l’artificiel étaient vus comme davantage
correspondants ou antagonistes. Avec le
développement des fondements de la science
moderne, cependant, leur rapport dichotomique
fut instauré. Les dualismes entre nature et
artifice et entre sujet et objet ont en effet
été parmi les conditions premières de
l’institutionnalisation de la science moderne,
légitimant la conception de la nature en objet
de connaissance et de manipulation et celle de
l’humain en sujet connaissant et agissant dans
le monde. Ces catégories passent néanmoins par
des transformations socio-symboliques
importantes depuis la dernière moitié du XXe
siècle. À l’heure actuelle, les
nanotechnologies semblent constituer la
radicalisation ultime du processus de
renversement épistémologique de la nature et
de la technique entamé notamment avec la
cybernétique et la pensée postmoderne. D’une
part, l’une des conditions heuristiques des
nanotechnologies est l’équivalence
épistémologique entre le naturel et
l’artificiel, d’autre part, leur potentiel
technologique dit révolutionnaire repose sur
l’hybridation matérielle de ces entités
elles-mêmes. L’objectif premier de notre
présentation est de dégager les
représentations de la nature et de la
technologie dont les nanotechnologies sont
porteuses. Il s’agira de décortiquer une
dynamique à double-voie qui les caractérise,
et qui est à première vue paradoxale,
consistant en l’artificialisation de la nature
et en la naturalisation de la technique. Une
fois mieux saisie la spécificité du rapport
entre nature et technique à l’ère des
nanotechnologies, nous soulèverons des enjeux
sociaux, culturels et éthiques qui en
découlent.
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F
Filion, Jean François
Département de sociologie, Université du
Québec à Montréal
Le réalisme ontologique comme fondement de
la critique en sociologie selon Bhaskar et
Freitag
En sociologie, le paradigme du «réalisme
ontologique» consiste à admettre l'existence,
par-delà la pratique empirique, d'une réalité
objective de structures normatives de sens,
par exemple, la société comme entité sui
generis. Les deux principaux représentants
actuels du réalisme en sociologie ont élaboré
indépendamment l'un de l'autre dans les années
1980 des théories similaires de la
connaissance sociologique; il s'agit du
réalisme critique, fondé par le
Britannique Roy Bhaskar, et la sociologie
dialectique, fondée par le Canadien Michel
Freitag. Ces deux écoles théoriques partent du
même constat suivant lequel la théorie
critique en sociologie doit se ressourcer à
travers une réappropriation du réalisme propre
à la tradition hégélianomarxiste.
Elles se présentent toutes deux comme des
alternatives aux courants dominants du XXe
siècle, à savoir le postmodernisme, le
nihilisme et le néolibéralisme, qui partagent
la caractéristique de se fonder sur la même
ontologie antiréaliste, le nominalisme (López
et Potter, 2001; Freitag, 2003). La présente
proposition de communication vise à exposer
les résultats préliminaires d'un projet de
recherche amorcé en 2006 qui consiste en une
étude comparative entre le réalisme critique
et la sociologie dialectique, en tant que
théories concrétisant le vœu qui fut émis il y
a plus de vingt ans par Giddens pour que la
théorie sociologique maintienne les
questionnements ontologiques et n'en remette
pas exclusivement aux épistémologies
positivistes (Giddens, 1987). Le noyau de
cette recherche vise à évaluer le rôle
fondamental de la conception dialectique de la
société à travers la dualité pratique/structure
que l'on retrouve dans la connaissance de
réalité sociétale, qui est présente à la fois
hors de l'acteur et existant à travers sa
pratique. Notre communication articulera les
trois domaines suivants: (1) les fondements du
réalisme ontologique en sciences sociales, (2)
l'articulation entre le théorique et
l'éthiconormatif, (3) les approches
épistémologiques et méthodologiques.
Essentiellement transdisciplinaires, les
théories réalistes articulent épistémologie et
éthique en renouant avec la tradition
sociologique des grandes synthèses.
Selon Bhaskar et Freitag, la revivescence du
réalisme, que l'on constatait chez Marx et
Durkheim, est un paradigme qui permet de
critiquer la fatalité de la mondialisation du
capitalisme technologique qui s'alimente du
nominalisme ontologique prédominant en
sciences sociales, notamment en science
économique. Le réalisme ouvrirait des horizons
de sens pouvant contribuer à freiner
l'artificialisation virtuellement illimitée de
l'environnement social et naturel qui accroît
les risques technologiques pour les
générations futures (Beck, 2001).
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Fontar, Barbara
Elico – Université Jean Moulin, Lyon 3
La critique sociale et ses dimensions.
Tentative de modélisation de la critique comme
activité sociale
Dans le cadre de ma thèse de doctorat*, j’ai
interrogé l’activité critique de l’émission de
télévision française Arrêt sur images (ASI),
présentée par Daniel Schneidermann. Je me suis
notamment demandée dans quelle mesure une
émission de télévision peut se poser comme un
acteur critique de cette même télévision et
dans quelle mesure un journaliste peut se
poser comme un acteur critique du journalisme.
Ces questionnements trouvaient leur origine
dans les commentaires que l’émission suscite
tant dans l’espace médiatique que dans
l’espace universitaire. Concernant ce dernier,
les quelques travaux qui s’intéressaient à
l’activité critique d’ASI envisageaient cette
émission à partir d’un présupposé, laissé à
l’état d’implicite, issu de la théorie
bourdieusienne, selon lequel on ne peut
émettre de point de vue critique sur un champ
dès lors que l’on appartient à ce champ. Cela
m’a conduit à une question importante :
existe-t-il une loi de la critique, en
d’autres termes, un manuel strict, un modèle
unique de la critique comme activité sociale ?
Pour répondre à cette question, j’ai exploré
une littérature interrogeant l’activité
critique et son auteur, le critique, afin de
produire un état des lieux – non exhaustif
– de la pensée sur la critique. Le choix des
auteurs repose sur le fait qu’ils pensent et
approchent la critique comme une activité
sociale : Reinhart Koselleck, Montesquieu,
Roland Barthes, Pierre Bourdieu, Luc Boltanski
et Michael Walzer. Chacun de ces auteurs
dressent les caractéristiques de la critique
et dessinent le portrait du critique.
Ce faisant, j’ai pu constater qu’il n’existe
pas de modèle strict entre la distance du
critique et son objet, et que parmi les
auteurs sollicités, tous ne postulent pas une
extériorité entre l’objet critiqué et le
critique pour que sa critique soit véritable
et légitime. Au contraire, certains auteurs
remettent en cause ce qu’il considère être une
idée toute faite selon laquelle le critique
doit être distancié de son objet.
Mais ce ne fut pas la seule découverte. A
l’aune de cette exploration, j’ai également
constaté que la critique comme activité
sociale comporte diverses dimensions dont les
modalités peuvent varier, voire, à l’instar de
la dimension « position énonciative »,
s’opposer d’une pensée, d’un modèle à l’autre.
J’ai donc identifié des entrées, des clés
d’analyse permettant de modéliser l’activité
critique. Je souhaiterais, lors de cette
communication, proposer un bilan de cette
modélisation de la critique comme activité
sociale.
*
« Modèles de la critique et Arrêt sur
images. Étude d’une entreprise critique
comme activité sociale », Thèse de doctorat,
sous la direction de Jean-Pierre Esquenazi,
soutenue le 13 décembre 2007 – Mention Très
Honorable avec Félicitations.
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Fontar, Barbara
Elico – Université Jean Moulin, Lyon 3
Arrêt sur images ou la difficulté de
critiquer le travail des journalistes et plus
largement les pratiques médiatiques dans et
par l’espace médiatique
Les recherches sur la réflexivité télévisuelle
française montrent que si la télévision se
prend elle-même comme objet de discours, cette
réflexivité n’est pas nécessairement critique.
A quelques exceptions près, les programmes
télévisuels dits « réflexifs » n’ont pas pour
objet la critique des pratiques
journalistiques et des discours télévisuels.
On constate donc que la télévision française
et ses faiseurs sont peu enclins à évaluer
publiquement (insistons sur ce terme) leurs
actes et à s’interroger sur ses pratiques et
discours. L’arrivée d’Arrêt sur images
(ASI) à la télévision française en 1995, mais
surtout sa durée, douze ans d’existence, fait
figure d’un ovni télévisuel.
Hormis à ASI*, les discours et les pratiques
télévisuels sont en France, un objet dont on
ne discute pas à la télévision, un objet
« non-dit » et qui par là même ne fait pas
débat à la télévision. Daniel Schneidermann
ayant inventé ce référent télévisuel avec ASI,
on peut dire qu’il prend pour objet ce dont on
ne parle normalement pas à la télévision en
mettant télévisuellement en jeu ce qui
normalement télévisuellement hors-jeu. Que
fait Schneidermann à ASI? Il critique les
pratiques et les discours télévisuels qu’il
considère comme problématiques au regard de la
déontologie et de la grammaire du champ.
C'est-à-dire qu’il prend pour objet ce qui va
mal dans la (sa) société et le dévoile. Ce « ce
qui va mal » est à la fois l’origine de sa
volonté critique et son objet. Ce
faisant, ASI illustre une dimension importante
de la critique sociale que constitue son but :
dévoiler ce qui va mal.
Mais prendre pour objet ce qui va mal dans les
pratiques télévisuelles et le dévoiler
publiquement est un exercice difficile pour la
télévision elle-même. C’est dans une certaine
mesure tendre le bâton pour se faire battre.
Aussi est-il plus aisé de le taire. De fait,
chercher à dévoiler publiquement ce qui va
mal, prendre pour objet ce dont on ne discute
pas s’avère un exercice difficile à réaliser,
en tout cas publiquement. ASI a fait face à
plusieurs conséquences majeures relatives à
cet objet problématique normalement tu que
Schneidermann veut dé-couvrir,
dé-voiler, mettre en jeu alors qu’il est
habituellement hors-jeu : la difficulté de
faire venir pour dire, la difficulté de dire,
le rejet de la critique par le milieu, la
suppression de l’émission. Ce sont notamment
ces réactions suscitées par cette activité
critique que je souhaiterais développer.
*
Puis à l’Hebdo du Médiateur à partir de
1997
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Fortier, Jean-François
Département de sociologie, Université du
Québec à Montréal & professeur de sociologie,
Cégep de Sherbrooke
No man’s land ou l’utopie de la gouvernance
territoriale. Réflexion sur la
désinstitutionnalisation des espaces de
l’action politique
Notre thèse de doctorat questionne les
transformations du statut de la spatialité,
entre autres depuis que, de toutes parts,
nombre d’élus, de gens d’affaires, de
militants de droite comme de gauche, de
chercheurs, d’aménagistes et autres
spécialistes en « management des espaces »,
ont entonné un refrain étonnamment unanime :
l’heure est à la « gouvernance territoriale ».
En portant un regard critique sur le concept
et quelques-unes de ses manifestations, nous
proposons dans cette communication de dépasser
l’idée d’une transition des espaces
institutionnels en ancrant notre réflexion
dans l’hypothèse radicale et négative de la « déterritorialisation »,
comprise comme désinstitutionnalisation des
espaces de l’action politique. Radicale, cette
hypothèse l’est à proportion de sa capacité à
ressaisir le passage d’un statut de la
spatialité ancré dans des modalités
institutionnelles qui ont pris historiquement
la forme de la territorialité stato-nationale,
à un statut de la spatialité dont la logique
dominante, organisationnelle, semble vouée à
subvertir depuis l’intérieur le sens des
dispositifs du premier. Négative, par ailleurs,
elle n’induit rien quant aux modes de
régulation qui en découlent, aux formes
éventuelles de l’action politique ni quant au
statut de la spatialité qui le supporte et en
émane. C’est cela que nous voudrions soumettre
à l’examen : et si nous faisions face à la
« nouvelle frontière » des puissances
technoéconomiques, elles-mêmes
constitutivement engagées dans la
décomposition des formes modernes de
l’institutionnalisation politique de la
société, la constitution du no man’s land de
la gestion pragmatique du social ?
Quand l’utopie
déterritorialise… ?
Autre:
Champ de spécialisation :
sociologie politique.
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Fortin, Andrée
Département de sociologie, Université Laval
en collaboration avec
Morin, Dominique
Département de sociologie, Université Laval
Penser la ville étalée
Dans un contexte de décroissance démographique
et de changements climatiques, les villes
québécoises s’étalent. Superficie de
l’agglomération, nombre de ménages et
véhicules y augmentent plus rapidement que la
population. Résidences, commerces et lieux de
travail se localisent de plus en plus en
périphérie. Les aînés, de plus en plus
nombreux, vivent désormais majoritairement en
banlieue, et la perte de leur permis de
conduire marque leur perte d’autonomie dans
des milieux conçus pour des automobilistes.
Les enfants, de moins en moins nombreux,
grandissent surtout dans les secteurs les plus
périphériques, et sont socialisés à un mode de
vie reposant essentiellement sur l’usage de
l’automobile individuelle. La majorité de la
population, dans l’agglomération de Québec
comme dans celle de Montréal, vit en banlieue
et souhaiterait idéalement s’éloigner
davantage du centre-ville. L’habitat, les
fonctions urbaines, les modes de vie et les
représentations sociales évoluent
conjointement ; aussi la critique et l’action
doivent les penser conjointement.
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G
Gagné, Natacha
Département de sociologie et anthropologie,
Université d’Ottawa
L’appel à la coutume en
Polynésie française et en Nouvelle - Calédonie
: entre revendications de droits autochtones
et destin commun
En Nouvelle-Calédonie, on a
assisté, depuis 2001, à la montée en puissance
de mouvements disant agir au nom des intérêts
du peuple kanak, « peuple autochtone », et qui
se situent sur un tout autre registre que
celui de la représentation kanak « traditionnelle »
de la lutte indépendantiste depuis plus de
vingt ans. L’Accord de Nouméa (1998) a rendu
possible l’émergence de ce type de mouvement à
deux titres : d’abord parce qu’il a ouvert la
voie à des opérations industrielles minières
de grande envergure dans le cadre du
rééquilibrage économique entre les Provinces,
ce qui a suscité des préoccupations
environnementales sans précédent ; ensuite
parce qu’il a engendré des reconfigurations
politiques internes au monde kanak ayant fait
passer les militants indépendantistes du
statut d’activistes à celui de gestionnaires
des institutions.
En Polynésie française, bien que plus
timidement, plusieurs expriment aussi un
intérêt grandissant pour les régimes
d’exception, la coutume et la culture
ancestrale ainsi que pour les droits
autochtones. Les Polynésiens, comme les Kanak,
sont d’ailleurs très intéressés par la
reconnaissance accordée aux droits et
identités autochtones dans d’autres pays.
En Nouvelle-Calédonie, ces mouvements qui
s’articulent en termes d’autochtonie
surviennent à quelques années du moment où les
Néo-Calédoniens se prononceront sur
l’accession du territoire à l’indépendance tel
que prévu dans l’Accord de Nouméa. En
Polynésie française, semblables mouvements
s’affirment dans le contexte d’une autonomie
accrue (loi organique de 2004) et d’une
réduction considérable des transferts
financiers de l’État. Dans ces contextes, les
mobilisations et revendications qui empruntent
la voie (relativement) nouvelle de
l’autochtonie soulèvent donc plusieurs
questions autour desquelles s’articulera la
réflexion. L’approche de l’autochtonie
est-elle compatible avec celle de
l’indépendance nationale (ou de l’autonomie,
en Polynésie) ? Les deux approches
peuvent-elles être complémentaires ou ne
sont-elles pas plutôt fondamentalement
contradictoires ? Y a-t-il des risques à jouer
sur les deux tableaux ? Qui, sociologiquement,
porte ces revendications en termes
d’autochtonie ? Quels sont les intérêts que
certains acteurs peuvent en retirer ? Quels
sont les intérêts de l’État et de la
population majoritaire, par exemple ? Qu’en
est-il de l’étendue de la souveraineté que
sous-tend chaque approche ? Quelles en sont
les limites ? Et surtout, quels sont les
impacts sur le vivre-ensemble ou la
coexistence ? Comment
penser la citoyenneté ?
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Gaucher, Charles
École de travail social,
Université de Moncton
La quête identitaire des Sourds : entre
l’essentialisation et l’émancipation
Derrière l’affirmation « je suis Sourd » se
dessine la quête identitaire d’un groupe de
personnes dont la différence est invisible
lorsqu’elle se tait et percutante lorsqu’elle
s’exprime. Les personnes sourdes utilisant une
langue signée au Québec, c’est-à-dire ceux qui
se disent Sourds et fiers de l’être, refusant
toutes formes d’euphémisation de leur
spécificité, veulent de plus en plus affirmer
et être reconnues comme des individus à la
fois différents et égaux. Différents de qui?
Égaux à qui? L’« entendant », ethnonyme
désignant toutes les personnes qui vivent en
dehors du monde de la surdité, constitue la
figure de distinction par excellence de ce
groupe identitaire pour le moins singulier.
Elle est à l’origine du sentiment identitaire
sourd tout en étant productrice, pour beaucoup
de Sourds, d’une logique d’oppression, celle
du « monde entendant ». Oppression qui est
perçue à la fois comme un obstacle à la
reconnaissance de leur identité différenciée
et une entrave à leur plein accès à l’égalité.
Plusieurs milieux sourds vont, pour contrer
cette oppression, articuler leurs
revendications identitaires à partir de la
valorisation d’une différence culturelle
proprement sourde (la culture sourde devant
ici être considérée stricto sensu). Les
militants et les intellectuels sourds
considèrent ainsi, de par la langue qu’ils
utilisent et qui leur appartient, qu’ils
possèdent ou ont développée, des facultés qui
leur sont exclusives. Le désir de
reconnaissance de la différence sourde, à
partir des définitions endogènes du groupe
induites par ces experts, glisse facilement
dans une recherche essentialiste de ce qu’est
un « vrai » Sourd; recherche qui n’évite
généralement pas l’incorporation de la
différence dans l’expression de l’identité
sourde. L’émancipation sourde, et ceci est le
principal point qui sera défendu dans cette
communication, doit se faire par la
reconnaissance de leur langue, mais risque de
s’atrophier si elle épouse les rhétoriques
primordialistes voulant faire de la
spécificité linguistique et culturelle des
Sourds, une essence visant à déstigmatiser
leur différence.
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Gendreau, Caroline
Faculté de droit, Université de Montréal
De l’amour du droit et de la connaissance
sociologique du droit : aimer l’un est-il
trahir l’autre ?
Si la distinction entre l’amour du droit —de
quoi s’agit-il au juste ?— et la connaissance
sociologique du droit semble nécessaire,
l’affirmation qui consisterait à dire que
cette distinction est facile et qu’elle peut
être définitive paraît fort naïve. À
quelles conditions peut-on aimer l’un et
l’autre ? De quelle nature seraient ces
conditions ?
Certaines sociologies du droit se situent
d’emblée sur le terrain de la critique sociale
et visent l’amélioration du droit.
D’autres tentent de résister à cette
orientation pour favoriser une sociologie
a-normative du droit, que celle-ci soit
agréable ou désagréable en regard des intérêts
sociaux valorisés à une époque ou à une autre,
à gauche ou à droite, ainsi qu’en regard des
intérêts valorisés par le chercheur lui-même.
La distinction entre ces deux orientations de
recherche appelle un débat entre la critique
scientifique et la critique sociale. Ce
débat n’est pas nouveau et il mérite
l’attention des sociologues du droit.
Est-il possible d’apporter une contribution à
ce débat sans prétendre détenir LA manière de
pratiquer la sociologie du droit ?
Est-il possible de militer en faveur de
l’explicitation d’une telle distinction en
contribuant à jeter des ponts d’échanges et
non à ériger des murs isolants ? Est-il
exclu qu’un chercheur puisse produire des
travaux qui s’inscrivent dans une sociologie
sociale du droit et d’autres travaux qui
s’inscrivent dans une sociologie a-normative
du droit ? Est-il exclu qu’une
sociologie a-normative du droit soit
socialement utile ?
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Gentelet, Karine
Centre de recherche en droit public,
Université de Montréal
La construction sociale du droit, un pas
vers la critique ?
Dans cette présentation, je propose de
regarder comment depuis quelques années,
depuis entre autres le rapport Arthurs, le
regard des juristes sur le droit a évolué. Ce
nouveau regard plus critique sur le droit
laisse un peu plus de place à la pluralité et
à la complexité de la réalité et dont l’État
n’est plus le cœur de l’édifice juridique.
Pour ces juristes, le droit n’est plus cette
chose immuable et intemporel. Il leur permet
alors d’appréhender une nouvelle gestion des
rapports de pouvoir, ce qui a comme
conséquence de définir un autre chemin pour le
droit. Un chemin qui intègre davantage
l’identité des acteurs et qui tient un peu
plus compte de leurs besoins et de la
définition qu’eux-mêmes donnent de leur
identité. Un chemin qui part de la base, des
acteurs, pour ensuite remonter vers le Haut,
vers l’État qui se trouve alors à intégrer des
besoins et des critères qu’il n’a pas toujours
contribué à définir. En outre, l’apport des
juristes du Québec à une construction plus
sociale du droit apparaît important, de part
les questionnements sur l’identité que l’on
connaît ici, mais également grâce au
bijuridisme qui fait que ces juristes prennent
souvent conscience très tôt des tensions qu’il
peut exister au sein du droit. Que peuvent-ils
apporter de plus ou de moins dans l’étude du
droit et comment ils peuvent contribuer à
enrichir la critique sociale ?
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Guerra,
Vélez Jorge
Institut des
Hautes Études en Amérique Latine – Université
Paris III.
Variations dans
l’interprétation et la critique d’un conflit,
l’exemple de la Colombie
Les décennies 60
et 70 ont apporté énormément à la
consolidation des sciences sociales en
Colombie. Ils ont surtout permis, à ce moment
des vagues idéologiques de gauche, qu’un
nombre important d’hommes et femmes,
professeurs, étudiants, ou militants
d’organisations se confrontent à l’Etat à
partir de sources théoriques afin de rendre
compte des raisons de la conflictualité
colombienne. Pendant la décade suivante, la
situation variera : la réalité dépassera
l’abstraction ; un nouveau carburant au
conflit social colombien déjà allumé, le
phénomène du narcotrafic se consolidera. Les
recherches seront débordées ; ce qu’en
Colombie on appelle « la culture mafieuse » va
pénétrer dans l’ensemble des institutions et
classes sociales, en impliquant l’élaboration
de nouvelles propositions au-delà des
questions classiques telles que lutte de
classes, reforme agraire, impérialisme, pour
arguer face à ce phénomène qui traversait
l’économie, la politique, les rapports et les
mœurs colombiennes. Dans les années
quatre-vingt-dix, la perception du conflit
couvrira un éventail plus varié ; les
sciences sociales se partageront entre des
analyses tenant compte des caractères
régionaux et locaux, et celles qui
conserveront l’emphase sur la permanence de
caractères inhérents aux conflit(s), jusqu'à
aujourd’hui. Cette période sera particulière
par les rapports plus ou moins directs entre
centres de recherche et scientifiques sociaux
avec les institutions ou programmes
mises en œuvre par le gouvernement. Les années
du début 2000, s’identifient par les
discussions sur la caractérisation de ou des
conflits en Colombie, selon deux axes, l’un
ayant lien étroit avec des discours d’une
certaine officialité, sans pour autant être un
écho de l’establishment, l’autre, constitué à
partir des rapports directs entre
chercheurs(es) et mouvement sociaux ou formes
d’action collective.
Cette division
par décennies n’est pas close, nonobstant
elles est liée aux sursauts vécus par la
société ; en Colombie ils se définissent par
la formation des guérillas, l’extermination
des militants de gauche, la guerre des et
contre des cartels de la drogue, la
Constitution 1991, l’expansion paramilitaire,
ou l’ascension de la gauche à quelques charges
de l’administration politique ; les facteurs
exogènes étant la chute du mur de Berlin, la
fin de dictatures et la transition
démocratique dans le sud du continent
américain, le positionnement de la gauche dans
certains pays et l’internationalisation du
conflit colombien lui même.
Ma proposition
vise à une réflexion sur les paradigmes qui
ont particulièrement secondée la recherche sur
le conflit colombien et comment ils ont altéré
ou arbitré l’accueil des travaux provenant de
ce qui pourrait s’appeler le courant
intellectuel de gauche.
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GUAY, Françoise Guay
Université de Montréal
Dilemmes de la critique sociale : le cas des
discours sur la violence
Pour plusieurs, la pratique sociologique ne
saurait se réclamer d’aucune légitimité si
elle ne participe, explicitement ou
implicitement, à la critique sociale des
conditions faites à des populations ou des
groupes en situation inégalitaire. La
définition de ces groupes varie toutefois.
L’observation du thème contemporain de la
"violence" met ainsi en tension deux discours
publics prépondérants : celui d'une
réprobation de toute violence, soutenu entre
autres par des chercheures, juristes et
intervenantes féministes, et celui d’une mise
en cause de la répression de la violence,
soutenu notamment par des sociologues et
criminologues critiques. On examinera comment
ces thématisations sont déterminées par les
exigences de l'espace public et comment elles
sont remodelées par la confrontation avec des
situations concrètes, toujours complexes et
singulières.
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H
Hass,
Catherine
Institut d’Études
Européennes, Centre d’Études des Mutations en
Europe, Université Paris 8
et
Hérard,
Marianne
La critique sociale à l’épreuve de la
jeunesse populaire. Le cas français
En quelques années, la catégorie de jeunes
de banlieues est devenue, en France, une
catégorie entièrement étatique. Cette
catégorie, fondée par la sociologie dans les
années 80 afin d’appréhender la jeunesse
populaire, a été récupérée par l’État dans les
années 90. Les jeunes de banlieues ont
été dès lors identifiés à des jeunes
dangereux. Les événements de 2005 ont
donné lieu à une caractérisation
supplémentaire de cette jeunesse, celle de
victimes : victimes de leurs origines
sociales, ethniques et résidentielles. Telles
sont aujourd’hui les représentations circulant
à l’endroit de ces jeunes, oscillant entre le
pôle sécuritaire et le pôle victimaire. Alors
que la situation de ces jeunes est extrêmement
dure (leur taux de chômage est de 50%, un face
à face avec la police s’est instauré dans
nombres de cités causant la mort de plusieurs
jeunes) la critique sociale est quasiment
inexistante et propose rarement une autre
approche de ces jeunes. Or, l’un des buts de
la critique sociale est, selon nous, de
remettre en cause ce « nomos », cet
ordre du réel proposé aujourd’hui par l’État.
Comment mener aujourd’hui des recherches en
direction de ces jeunes sans tomber sous le
sceau des catégories de l’État ? Comment
penser ces jeunes ?
Si l’un des préalables de la critique est
d’interroger la pertinence des catégories
instituées pour lire le social, c’est ce que
nous avons mis en pratique lors d’une enquête
menée auprès de ces jeunes dans un quartier de
Paris, Les Halles*. Nous les avons interrogés
sur la façon dont ils se pensaient et avons
appris que, loin de se penser comme un groupe
à l’identité partagée et structurée par leur
origine territoriale, ils se pensaient comme
des jeunes tout court récusant
l’existence d’une dualité de jeunesse, dans ce
quartier de Paris, mais également dans
l’espace de l’État et de la société dans son
ensemble.
En mettant à distance les catégories
instituées et en enquêtant sur la pensée des
gens, c’est un tout autre réel qui se
problématise et s’ordonne devant nous. Les
thèses énoncées dans notre enquête par les
jeunes invalident non seulement nombres de
thèses soutenues communément à leur endroit
mais, de surcroît, mettent au jour des
éléments de connaissances inédits. La
recherche dispose alors d’une véritable portée
critique.
La critique sociale doit renouveler ses
catégories. La question n’est pas tant que la
société ait changé mais celles de nos outils
pour la penser. Pour que la critique sociale
puisse continuer de s’exercer, il est
indispensable de réexaminer ses outils, ses
paradigmes, ses catégories, ses objets de
recherches. L’enquête auprès des jeunes venant
de banlieues nous a montré que selon l’entrée
mise en œuvre, des constructions distinctes du
réel et hétérogènes entre elles étaient
engagées.
*
Contrat de
recherche entre la Ville de Paris, le Centre
d’Étude des Mutations en Europe de
l’Université Paris 8 et le Laboratoire des
Théories des Mutations Urbaines, CNRS, UMR
7136
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HÉBERT, Kavin
Cérium/CCEAE, Université de
Montréal, Cégep de Sherbrooke
Les intellectuels comme médiateurs
culturels. Comment (sur)vivre entre le centre
et la périphérie ?
Cette communication portera sur le problème de
la redéfinition du statut de l’intellectuel
dans la société contemporaine. Si
l’intellectuel est toujours considéré
aujourd’hui comme étant le modèle par
excellence de représentation culturelle
(Weiss), c’est que la tradition sur laquelle
elle repose est encore bien vivante dans les
milieux littéraires et universitaires.
Pourtant, plusieurs signes nous montre que la
fonction médiatrice de l’intellectuel s’est
considérablement effacée dans le contexte de
la démocratisation de l’éducation et de la
diversification de l’industrie culturelle et
médiatique. La question que je tenterai de
développer est la suivante : est-il encore
possible aujourd’hui de penser l’intellectuel
comme un modèle de médiation culturelle ?
Quelles sont les circonstances qui ont
amené l’intellectuel à se penser non plus
comme le « canalisateur » de la dynamique
culturelle, mais comme une figure condamnée à
errer dans « l’extra-territorialité culturelle »
? Je pendrai comme témoin de cette évolution
le sociologue hongro-allemand Karl Mannheim
qui, à une époque (1930-1940) où on
considérait déjà l’intellectuel sur la voie de
sa perdition, tentait de redéfinir sa
centralité culturelle dans une société qui,
tant bien que mal, tentait de trouver le
chemin de sa démocratisation. Les malentendus
suscités par le concept mannheimien de
freischwebende Intelligenz chez certains
intellectuels contemporains (Said, Bourdieu)
me conduiront en conclusion à réévaluer le
rôle de l’intellectuel dans sa tentative
infructueuse de s’interposer aux frontières du
centre et de la périphérie.
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Hebert-Metthe, Katherine
Étude féministe et développement
international, Université Laval
en collaboration avec
SOSA, Itzel A.
Département de sociologie Université Laval,
CRIM-UNAM
Critique sociale et féminisme : la
marginalisation des apports féministes au sein
de la critique sociale
Une des
fonctions principales de la critique sociale
est précisément de remettre en question
l’ordre social établie et ses mécanismes de
reproduction. Les critiques féministes ont
souligné l’importance et le rôle des
diverses disciplines sociales dans la
reproduction des contraintes et des
oppressions de genre. En suivant cette
perspective, nous voulons démontrer qu’une
véritable critique sociale ne peut être
construite sans auparavant déconstruire les
biais sexistes intervenant dans la production
du savoir et le contexte social dans laquelle
elle est produite. Ceci implique de
reconnaître qu’une société sexiste, dans
laquelle les inégalités de genre ont été
invisibilisés et naturalisés, va aussi
produire des connaissances, des savoirs et des
pratiques scientifiques sexistes. À partir de
ce constat, nous pouvons induire que les
théories et questionnements féministes
devraient avoir une place centrale tant au
sein de la théorie critique que de la
construction contemporaine de la critique
sociale.
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I
Ibos, Caroline
Département de science politique, CRESS-Lessor,
Université de Rennes
La fabrique de la critique sociale entre
épistémè et mouvements politiques : l’exemple
du concept de « mépris »
Dans cette intervention, je propose
d’interroger les productions scientifiques des
anthropologues ou des sociologues et le
discours des acteurs sociaux dans la
perspective de leur historicité conceptuelle,
c’est-à-dire en ce qu’ils manipulent et par là
même construisent une constellation
paradigmatique commune (l’expression est de
Michael Walzer). L’objectif est donc, à partir
d’un exemple précis, de repérer les
croisements, télescopages et mutualisations
entre (1) les recherches empiriques du
chercheur, les outils critiques qu’il élabore,
et (2) le répertoire des acteurs engagés dans
des mobilisations politiques.
Ainsi, au même moment, le concept de « mépris »
articule des luttes politiques et culturelles
pour la reconnaissance (par exemple, en
France, les mouvements de « sans »), et
certains travaux académiques dont la portée
critique semble particulièrement importante,
tels que ceux de Charles Taylor, Richard
Sennett ou encore Axel Honneth.
Une constellation paradigmatique se dégage
donc autour d’un ensemble de notions telles
que le mépris, l’humiliation, la fierté ou la
considération, notions qu’utilisent les
travaux scientifiques aussi bien que les
discours politiques protestataires, sans qu’il
y ait pour autant de transmissions clairement
identifiables entre les uns et les autres.
Ainsi, dans mes recherches personnelles sur
les domestiques africaines à Paris, j’ai
repéré d’inattendues ressemblances entre les
récits des employées et la savante sociologie
de l’humiliation d’Axel Honneth, quand bien
même ces femmes n’avaient pas lu Honneth,
lequel n’est engagé dans aucune action
militante.
Ces confluences témoignent de la péremption de
l’intellectuel sartrien comme figure
aristocratique et messianique de l’engagement
politique. Elles relativisent également la
catégorie de « capital culturel » (Pierre
Bourdieu), qui dramatise la coupure entre le
peuple et les élites.
J’expliquerai cette socialisation des outils
cognitifs de la critique sociale à partir de
ce que Charles Taylor appelle l’ « affirmation
de la vie ordinaire » dans la modernité.
L’archéologie de la considération comme
revendication est liée à l’importance
croissante accordée au sentiment et à
l’expérience singulière. « Savante » ou
« profane », la critique sociale se nourrit
aujourd’hui d’une capacité à mettre en récit
l’expérience subjective. Or, du blog au livre,
de la chanson au tractatus, les formes de la
narration sont multiples. Dans la capacité de
dire la vie minuscule, là où les discours
génériques de l’expert ou du technocrate
échouent, des correspondances se nouent entre
l’artiste, le savant et l’humilié.
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J
Jean-Baptiste, Murielle
Département de sociologie, Université Laval /GREMCA
L’autonomie reproductive des femmes
haïtiennes au regard des décisions
internationales prises en matière de
santé sexuelle et reproductive
Depuis quelques années, les organismes
internationaux intervenant en Haïti dans le
domaine de la santé sexuelle et reproductive
sont de plus en plus nombreux. L’intérêt
qu’ils témoignent à l’égard de la situation
des femmes haïtiennes se traduit par un
certain nombre de décisions qui se
matérialisent en projets et en offres de
service, ce afin de permettre aux femmes
concernées d’acquérir une certaine autonomie
reproductive. Mais, jusqu’à quel point les
femmes haïtiennes parviennent-elles à assumer
cette autonomie ? Depuis les décisions prises
en amont jusqu’à l’utilisation ou non
des services en aval, quels sont les mobiles
de leur choix ? Précisément, notre
communication se veut un temps de “halte
critique” : un retour sur certaines décisions
prises par des organismes intervenant en santé
de la reproduction en Haïti – comme l’OMS –
permettra d’en dégager la portée et les
limites, afin d’en évaluer la réelle
efficacité.
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Joerin, Florent
École supérieure d’aménagement, Université
Laval
en collaboration avec
Després, Carole
École d’architecture,
Université Lava
Transdisciplinarité et participation (recherche-action)
Comprendre les milieux urbains et y intervenir
est plus facile lorsque non seulement on
dépasse les approches disciplinaires, mais
quand on adopte une approche
transdisciplinaire, caractérisée par
l’intégration des apports de plusieurs acteurs,
porteurs de savoirs différents et de valeurs
différentes, bref de rationalités différentes.
Du croisement de quatre types de savoirs,
scientifiques, techniques, esthétiques et
éthiques, portés par divers groupes,
scientifiques, fonctionnaires et politiciens,
citoyens et créateurs, émerge un nouveau
savoir, intersubjectif, qui est plus que la
somme des précédents. Deux exemples de
processus participatifs orchestrés par le
Girba seront présentés : L’avenir des
banlieues de première couronne et le Projet
Pacte-Myrand. Dans les deux cas, des
rencontres de travail échelonnées sur
plusieurs mois ont abouti à l’élaboration d’un
plan d’aménagement lors d’une session
intensive de design participatif, ou charrette.
Ce plan matérialise le consensus sur les
orientations, les objectifs et les moyens
d’action, graduellement atteint durant les
étapes du processus.
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K
Katell, Colin
Université d’Ottawa/GREMCA
Le roman antillais au miroir de sa
critique : quand la recherche se met au
service de la doxa
Dans le cadre de cette communication, nous
nous proposons de mettre en question un
certain nombre de paradigmes en us dans le
champ critique des littératures antillaises.
Il appert, en effet, que le discours
universitaire ayant pris pour objet le corpus
antillais fonctionne depuis plusieurs
décennies sur un principe binaire qui a
produit des catégories dont la pertinence ne
nous semble, aujourd’hui, plus avérée. Notre
“état des lieux” du discours critique institué
nous offrira l’occasion de proposer de
nouvelles avenues à la fois théoriques et
méthodologiques, telle qu’explorées dans le
cadre de notre recherche postdoctorale en
cours.
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L
Lacroix,
Jean-Guy
Département de sociologie, Université du
Québec à Montréal
La totalisation de l’aliénation,
l’ontologie de l’émancipation et la praxis
sociologique
Le but de cette communication est de traiter
des conséquences (déterminations) sur/pour la
praxis sociologique, du fait que la société,
si alors société il y a toujours, en est une
de totalisation de l’aliénation qui se bute de
façon antagonique (contradiction à qualifier)
à l’ontologie de l’émancipation (tendance
sociohistorique de l’humanité à l’émancipation),
et l’inverse. Elle se fera en trois temps.
D’abord, en décrivant sommairement comment
nous en sommes rendus à une « société » de
totalisation de l’aliénation, par la
multiplication des aliénations et, surtout,
par leur articulation en système totalisant et
tendanciellement et réellement totalitaire.
Ensuite, en précisant, encore là sommairement,
quel est le poids ontogénétique (de
l’ontogénèse) de l’émancipation dans le
mouvement sociohistorique (MSH) de l’humanité.
Finalement, en analysant en quoi et comment
cette dialectique « détermine », ou à tout le
moins conditionne (conditions de possibilité,
mais surtout de nécessité), ce que doit être
la praxis sociologique, c’est-à-dire une
sociologie de la conscientivité (de
re-production élargie de la conscience
conscientisante), arrimée sur et dans une
épistémologie politique, voire dialectique.
Autre:
Champs de spécialisation : sociologie de la
culture, sociologie de la communication,
sociologie de la santé et épistémologie.
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LANGEARD, Chloé
LAPSAC, Université
Victor Segalen Bordeaux 2
Le mouvement des intermittents du
spectacle à l’épreuve de ses contradictions
Les intermittents du spectacle sont apparus
sur la scène publique au début des années
1980 et leurs protestations endémiques ont
toujours émergé dans un contexte de menace :
la remise en question de leur régime juridique
spécifique par les partenaires sociaux. La
crise de 2003, provoquée par la signature du
protocole d’accord entre ces derniers –
excepté la CGT – le 26 juin 2003, trouve son
explication dans le renforcement des règles
d’accès à ce régime spécifique, régi par les
Annexes 8 et 10 de la convention Unedic, et la
redéfinition de son champ d’application*. En
effet, la massification du groupe
professionnel des salariés intermittents du
spectacle et du nombre de ses aspirants, la
croissance économique de ce secteur et les
politiques culturelles mises en œuvre ont
engendré une crise du système assurantiel sans
précédent (Menger, 2005). Bien que ce régime
de protection crée mécaniquement de la
précarité et accentue le risque d’emploi, il
représente pour les intermittents du spectacle
– groupe professionnel extrêmement hétérogène,
tant du point de vue socio-économique que du
point de vue des catégorisations
institutionnelles (Rannou, 2003) – le seul
« support » collectif dans un milieu où
l’hyperflexibilité de l’emploi, la diversité
des parcours professionnels, l’individualisme,
les inégalités sociales, la précarité
salariale et un turn-over conséquent,
prévalent.
Dans le cadre de cette communication, il
s’agira de mettre en avant les ambivalences
qui traversent le mouvement des intermittents
du spectacle, lesquelles expliquent les
obstacles à la critique sociale et les
difficultés de construire une action
collective intégrée et pérenne**. En effet, si
ces derniers défendent un système d’emploi
hyperflexible dans les secteurs du spectacle,
ils s’opposent conjointement au
néo-libéralisme au nom de la défense d’un bien
commun – la culture. De même, tout en
élargissant leur lutte aux précaires, ils
revendiquent la reconnaissance de leur
singularité en tant que créateurs. Enfin, bien
que défendant l’autonomie de la création
artistique, ils en appellent pourtant à la
protection de l’État. Ainsi, l’analyse du
mouvement des intermittents du spectacle fait
écho aux ambivalences d’un groupe
professionnel pris dans des contradictions
intenables, en-deçà et au-delà du social, à
l’image de bien d’autres mouvements sociaux.
* Un intermittent du
spectacle est un salarié en Contrat à Durée
Déterminée (artiste ou technicien) travaillant
dans le secteur du spectacle (spectacle
vivant, cinéma et audiovisuel). Depuis le
protocole du 26 juin 2003, c’est le cumul de
507 heures de travail dans le spectacle sur
10,5 mois (pour les techniciens) ou 11 mois
(pour les artistes)contre 12
mois précédemment, qui lui permet d’accéder à
l’assurance chômage, pour une période
d’indemnisation de 243 jours, contre 365 jours
précédemment
** Afin d’envisager le conflit social de
manière diachronique et synchronique, nous
avons opté pour la diversité des matériaux.
Les données qualitatives proviennent d’une
quarantaine d’entretiens semi-directifs, menés
auprès de salariés intermittents du spectacle
engagés au sein du conflit de 2003 à 2006
(artistes, techniciens et professionnels de la
production). Deux terrains d’enquête ont été
privilégiés dans un souci de comparaison :
d’une part, Paris, où la Coordination des
Intermittents et Précaires d’Île-de-France
(CIP-IDF) est la plus investie dans les
actions collectives du mouvement, la plus
organisée et la plus médiatisée ; d’autre
part, Bordeaux, où la coordination 33
disparaît rapidement au profit de
l’association Travail Ressources et Activités
de Création (Trac). L’observation répétée des
acteurs mobilisés, lors d’assemblées générales,
forums, débats, manifestations et occupations
de lieux, constitue des matériaux
supplémentaires. Enfin, le recueil de données
existantes a nécessité une analyse fine des
écrits de la presse nationale, professionnelle
et artistique, des tracts, journaux internes,
photos et vidéos, diffusés par la CIP-IDF, et
des nombreux rapports institutionnels
commandés par le gouvernement depuis les
années 1980. Ce corpus complémentaire a
permis une étude systématique de la production
discursive, des multiples actions collectives
et des décisions des autorités politiques. Les
données et résultats sont issus d’un travail
de thèse : « Le théâtre des tensions : les
intermittents du spectacle dans l’action
collective », Thèse de doctorat mention
Sociologie, Université Victor Segalen Bordeaux
2, 2007, 597 p.
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Lapointe, Marie-Ève
Département de sociologie, Université du
Québec à Montréal
L’oubli du sujet patient : la dissolution
de l’institution de l’hospitalité ?
Par-delà ses modalités de contrôle et de
réclusion qui ont été largement étudiées par
Foucault, Goffman et leurs successeurs,
l’institution hospitalière a revêtu depuis ses
origines une fonction symbolique essentielle
en Occident, celle d’être un espace d’accueil
et d’assistance du sujet souffrant tributaire
d’autrui, le patient, principalement incarné
dans la figure du pauvre, et plus récemment
dans celle du malade. Mais qu’advient-il de ce
sujet en mal d’agir et de parole, alors que
l’hôpital tend à devenir une « organisation »
anonyme et anomique sous l’emprise managériale
dont les modes d’intervention répondent aux
seuls impératifs de l’efficacité et de
l’efficience ? Pris dans les rets d’une
logique où rien ne semble échapper aux diktats
des calculs et des manipulations, ne serait-il
pas à son tour réduit au rôle de vecteurs
d’opération et à un magma de variables non
synthétisées, d’« informations » abstraites,
voire insignifiantes. Sans cesse décomposé
sans jamais être ensuite recomposé, le sujet
patient ne se trouverait-il pas désormais, non
pas dans une position d’objet inanimé – car en
l’objet on reconnaît son unité – mais
d’éclatement, de « hors corps » et de « hors
parole » ? À moins qu’il y ait résistance à sa
désymbolisation et que celui-ci retrouve une
certaine forme d’individualité à travers une
logique soignante qui, agissant en marge des
voies techniques, serait la seule à avoir pour
fondement, la sollicitude à l’égard d’autrui,
pour moyen et finalité, son autonomisation.
Autres :
Champ de spécialisation : socio-anthropologie
médicale.
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Lasvergnas, Isabelle
Département de sociologie, Université du
Québec à Montréal
Société psychanalytique de Montréal
En quoi le regard psychanalytique sur le
fonctionnement des groupes informe-t-il le
sociologue ?
Partant de l’analyse freudienne sur la
psychologie des masses et le destin de la
culture, ainsi que sur les prolongements
théoriques proposés notamment par Didier
Anzieu et René Kaës on s’interrogera sur la
part de la dynamique refoulée constituant le
ciment inconscient d’un groupe et de son
identité, ceci, à l’insu des acteurs. La
question du rapport entre logique instituante
et transmission de l’institué sera également
abordée.
Champs de spécialisation : psychanalyse,
épistémologie, méthodologie de la recherche en
sciences sociales et humaines, processus
sociaux et processus inconscients, sociologie
de la santé.
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Le Dévédec,
Nicolas
Département de
sociologie, Université de Montréal
Université de
Rennes 1
L’humain à
l’épreuve des technosciences : de la
perfectibilité humaine à l’adaptabilité
Jamais la
question de la perfectibilité humaine ne
s’est-elle posée avec autant d’acuité
qu’aujourd’hui. A l’heure où les nouvelles
technologies, des biotechnologies aux
nanotechnologies en passant par les
perspectives du clonage, réalisent des percées
inouïes, d’aucuns nourrissent désormais
l’espoir de perfectionner techniquement l’être
humain en vue de l’affranchir de tout
déterminisme naturel ou biologique. Créer un
être plus qu’humain, entièrement revu et
corrigé par la technique, soustrait de tout
ancrage biologique, ayant pris en main sa
propre évolution, tel est le fantasme ultime
des militants du posthumain. Mais la promotion
de cette perfectibilité technoscientifique
conduit-elle réellement à l’émancipation de
l’homme ? Pour tenter d’y répondre, il devient
plus que jamais nécessaire d’interroger la
pensée des Lumières qui a fait de cette notion
le cœur de sa philosophie et, par là, la
valeur fondatrice de l’humanisme moderne. Quel
sens l’humanisme moderne conférait-il à cette
notion ? En quoi l’homme était-il selon les
Lumières perfectible ? Nous tenterons ainsi
dans cette communication de retracer les
origines et le développement de cette croyance,
de la Renaissance au 19ème siècle
en passant par le siècle des Lumières qui l’a
vu naître, pour en saisir les significations
principales à l’ère de l’imaginaire du
posthumain. Si la volonté d’améliorer l’homme
par le biais des sciences et des techniques
est déjà clairement exprimée dans l’humanisme,
elle est toutefois indissociable d’un
perfectionnement politique et social. C’est
dans et par la société que l’homme est selon
les Lumières perfectible. Amputée de sa
dimension politique, absolument essentielle
dans l’humanisme, la perfectibilité
exclusivement technocientifique promue par les
posthumanistes conduit à inscrire l’homme dans
un devenir adaptatif radical, dissolvant la
liberté dans le règne de la nécessité.
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Lestinge, Roberto
Applied Ecology,
Universidade de São Paulo (Brazil)
en collaboration avec
de Almeida Júnior,
Antônio Ribeiro
Sociology Department,
Universidade de São Paulo (Brazil)
Brazilian journalism and
environmental issues: the case of Jornal
Nacional
Since 1985, Brazilian
society is formally democratic with fairly
free elections. The previous dictatorship
established a large television system which
was crucial to social control. This system
covered the totality of Brazilian territory
and had Rede Globo as its main player. In its
beginnings Rede Globo received money from
Time-Life Group (HERMAN; McCHESNEY, 1997) an
action that was forbidden by the Brazilian
law, which considered mandatory the property
of mass communication companies by Brazilian
born persons. A Parliamentary Commission
investigated those connections and suggested
the end of the association between Globo and
Time-Life. But before that, the dictatorial
government dissolved the Parliament and the
connection was not officially questioned
anymore.
Among Globo´s programs,
Jornal Nacional (National News) is probably
the most influent ideologically. Jornal
Nacional is the television news with the
biggest audience in Brazil, far ahead the
second player. Some nights it reaches more
than 80 million people simultaneously. Jornal
Nacional is financed by explicit advertisers,
mostly banks and car manufacturers.
We analyzed the news
presented to the Brazilian population by
Jornal Nacional with the Propaganda Model
proposed by Edward Herman and Noam Chomsky in
their book Manufacturing Consent. This model
shows two different sets of assumptions about
the news, when they are to be controlled by
interested agents. The first one, that we can
name filter theory, forecasts information
suppression to conform news to the interests
of powerful social agents. The second set
forecasts exaggeration in the information
publicized. In these two scenarios, the result
is an intentional distortion of reality by the
news program.
Specifically, we used the
propaganda model to evaluate the messages
produced by the Jornal Nacional about
environmental issues. The results of this
evaluation is revealing of distortions in the
information offered to the public. For
example, the information broadcasted about two
dams to be built in the Madeira River (Amazon
Basin) is severely incomplete and misleading,
which probably impairs a correct understanding
of those issues by the population and so
compromises its political decisions.
References:
HERMAN, E.; CHOMSKY, N.
Manufacturing consent: the political economy
of media. New York: Pantheon, 1988.
HERMAN, E; McCHESNEY, R.
Global media: the missionaries of global
capitalism. Herndon: Cassel Academic,
1997.
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López,
Leandro Sebastián
EHESS-CEMS
Vie
quotidienne et culture politique des classes
moyennes à Buenos Aires
Après la chute
des régimes autoritaires des années 80, les
débats actuels sur la démocratie en Amérique
Latine ont cessé généralement de se centrer
sur ce que l’on a dénommé la transition et la
consolidation pour se pencher plus
particulièrement sur les notions de
démocratie représentative et de
démocratie participative. Il s’agit de
catégories polysémiques qui ont cristallisé
certaines réflexions et en ont engendré
d’autres quant aux dispositifs de
représentation et de participation citoyenne
les plus communs du XXe siècle.
Cette étape de
débat au sein des sciences sociales dépassée,
il faut désormais se poser la question des
liens entre la culture politique et les
configurations morales présentes dans les
différents secteurs sociaux sous le régime
démocratique.
Au cours des
dernières années, l’étude des secteurs dits
populaires a concentré une grande partie des
recherches sur ce sujet en Argentine. C’est à
partir d’ici que nous voulons mener l’enquête
sociologique sur les modes de participation
des personnes et des groupes appartenant aux
classes moyennes de Buenos Aires dans l’espace
public à travers la réclamation sociale
émises auprès de l’Etat.
Nous voulons
ici approfondir l’analyse des pratiques
sociales établies telles que la revendication,
la plainte et la protestation exercées par les
personnes et les groupes qui composent ces
secteurs dans leur espace de résidence comme
un outil quotidien pour leur reconfiguration
et leur reproduction sociale.
Une fois
adoptée sa nouvelle constitution en 1996, la
Ville de Buenos Aires a rendu possible
l’institution de mécanismes de participation
pour réclamer et dont certains s’appuient sur
la demande individuelle que reçoivent les
actuels Centres de Gestion et de Participation
Communaux (CGPC). La conformation ou
l’extension de ces instruments a été
contemporaine de l’émergence, depuis la fin
2001 jusqu’en 2005, d’autres pratiques de
demande sociale et de participation telles les
Asambleas Barriales (Assemblées de
Quartier). Bien qu’ayant des caractéristiques
particulières, toutes deux se sont formées à
partir d’expériences préalables d’organisation
dans les quartiers, parmi lesquelles il faut
faire mention des Sociedades de Fomento (Sociétés
d’Encouragement), chapitre important de
l’histoire du rassemblement des habitants de
la ville appartenant aux classes moyennes.
C'est l’analyse comparée de ces modes de
participation citoyenne que nous avons choisie
pour enquêter sur les différents moyens
adoptés par les personnes et les groupes pour
intervenir dans des questions concernant la
communauté.
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Loranger-Saindon,
Arianne
Département
d’anthropologie, Université de la
Colombie-Britannique
Presse et
enjeux autochtones : Une anthropologie
critique de la représentation
La recherche
sur les médias, dans le champ de l’autochtonie,
est encore restreinte, et surtout encore
généralement soumise à la contrainte
contextuelle qu’est le conflit. Pourtant, il
s’agit d’un sujet dont la pertinence sociale
n’est plus à démontrer. Le Conseil de Presse
du Québec a tenu, le 17 octobre 2003, le
colloque La presse et la réalité autochtone.
Le site Internet du
Réseau éducation-médias, dont la mission
est de « favoriser chez les jeunes la
formation d'une pensée éclairée et critique à
l'endroit des médias »*, présente une section
concernant les représentations médiatiques des
populations autochtones au Canada et la
position de ces dernières à l’intérieur des
organismes de presse. Les journalistes, dans
le cadre du congrès annuel de la Fédération
professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ),
ont eux-mêmes abordé la question du racisme
dans les médias en 1988 et reçoivent, toujours
par le biais de leur Fédération, des
formations concernant les questions
autochtones**.
Dans un
contexte de négociation comme l’Approche
commune, où une nation ou un certain nombre de
communautés autochtones sont en pourparlers (ici
par leur association avec le Conseil Tribal
Mamuitun) avec les gouvernements sur des
sujets aussi sensibles que le territoire, la
politique et l’économie, la représentation
médiatique qui est faite des autochtones et la
définition qui est donnée des enjeux les
concernant sont cruciales. En effet, elles
peuvent grandement influencer l’issue des
négociations et l’appui qu’elles recevront de
la population non-autochtone. Il apparaît donc
primordial de s’intéresser à ces questions
pour 1) vérifier ce qu’il en est de la
situation actuelle; 2) cibler les points
faibles subsistant dans les médias aujourd’hui;
3) suggérer des améliorations à apporter afin
de parvenir à une représentation plus juste
des autochtones et des enjeux qui les touchent.
Utilisant une méthodologie inspirée de
l’analyse critique de discours (Fairclough),
le mémoire duquel est issu cette communication
(Université Laval 2007) offre une réponse à
ces questions en posant un regard critique sur
la production des nouvelles journalistiques
concernant les enjeux autochtones quotidiens
(en dehors de période de crise) au Québec et
sur les effets des représentations médiatiques
sur les relations entre autochtones et non-autochtones
sur la Côte-Nord.
*
Réseau Éducation-Médias : http://www.media-awareness.ca/francais/index.cfm
(consulté le 09-09-2007).
** Site Internet de la FPJQ : http://www.fpjq.org/index.php?id=1
(consulté le 09-09-2007).
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LOUIS, Ilionor
Département de sociologie, Université de
Montréal.
Agir aux frontières de la ville : entre le
politique et le socio-économique. Les cas de
Cité Lajoie à Port-au-Prince et de Santa Maria
de Los pinos au Mexique
À
Port-au-Prince, en 1985, des terrains, situés
en bordure du quai de Port-au-Prince ont été
occupés manu militari par des militaires.
Après la chute des Duvalier, en 1986, des
populations ont envahi une certaine partie de
ces terrains. Ceci a donné lieu à la formation
d’un nouveau bidonville. Jusqu’au début des
années 1990, on trouvait dans les bidonvilles
de Port-au-Prince des militants qui
travaillaient avec des organisations
populaires. Fascinés par l’idéologie de la
théologie de la libération et des idées
marxistes, ces militants prônaient la fin du
système capitaliste et un État socialiste.
Mais moins de deux décennies après, les
revendications ne sont plus les mêmes : ces
militants changent de pratiques et de
conviction. Tandis que l’État est affaibli,
les acteurs ne revendiquent plus son
remplacement. Se trouvant au contraire dans
d’autres sphères d’action, ils mettent sur
pied des comités de quartier qu’ils cherchent
à faire reconnaître par cet État et afin de
satisfaire eux-mêmes certains besoins des
populations qu’ils représentent.
À
Iztapalapa (Mexico) des populations dirigées
par des militants du Front Populaire Francisco
Villa, ont envahi des terrains, il y a plus de
douze ans. Ces terrains, situés à la Sierra
Santa Catarina, ont été déclarés zones de
réserve écologique par le gouvernement. Les
populations occupantes sont donc considérés
comme des hors la loi. Généralement, les deux
principaux partis politiques du Mexique : le
Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et
le Parti de la révolution démocratique (PRD)
soutiennent indirectement ces actions et
cherchent par là à recruter une clientèle
politique. Le Front, allié du PRD, possède
aujourd’hui bien des populations sous son
contrôle partout au Mexique. Mais à Santa
Maria, d’une part, des « militants-leaders »
tendent à se dissocier du Front pour former ce
qu’ils appellent des « asociacion civil »
critiquant les pratiques du Front, d’autre
part, la population, à son tour, critique à la
fois le Front et ses «militants-leaders».
Quelle est la capacité de critique et d’action
des populations ? Comment expliquer cette
tendance des militants à se focaliser
davantage sur le social que sur le politique ?
Pourquoi les militants ne continuent-ils plus
la critique de l’État et du système
capitaliste au moment même où l’État semble
très affaibli ?
Autre :
La présentation émane des enquêtes de terrain
menées respectivement à Port-au-Prince et à
Mexico dans le cadre de la rédaction de la
thèse intitulée « Capacité d’action collective
des population marginalisée dans le cadre des
luttes pour la reconnaissance : une étude de
cas de trois communautés à Cité de l’Éternel
(Port-au-Prince) au Centre-Sud de Montréal et
à la Sierra Santa Catarina (Iztapalapa Mexico)
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Lourdes, Stéphane Alix
Département de psychologie, Université Laval/
GREMCA
Construction de l’identité des adolescents
haïtiens de deuxième génération et pratiques
de socialisation des parents
Comment les adolescents nés au Québec de
parents haïtiens construisent-ils leur
identité en fonction des pratiques de
socialisation des parents ? Ce questionnement
est mené dans le contexte théorique de la
Niche Développementale (Super et Harkness,
1986), et des Stratégies Identitaires
(Camilleri,1989). La Niche Développementale
permet de comprendre des pratiques de
socialisation des parents en situation
d`acculturation en fonction de leur
compréhension du contexte où ils vivent et de
l`ensemble des interactions qui prennent forme
dans ce contexte. Les Stratégies Identitaires
permettent de poser l`individu comme principal
acteur de ce qu`il est, responsable de donner
une cohérence à l`ensemble de son expérience
et l`identité comme un construit dynamique en
perpétuel renouvellement.
Questionner un contexte à partir du point de
vue des personnes qui le constituent et en
collaboration avec eux, permet de renouveler
le regard de la Psychologie sur ce domaine.
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M
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Mascotto, Jacques-Alexandre
Département de sociologie, Université du
Québec à Montréal
Intellectuels et maladies
Résumé à venir
Champs de spécialisation : théories
sociologiques contemporaines, sociologie
allemande et sociologie politique.
Massé, Raymond
Département d’anthropologie, Université Laval
La santé publique :
d’objet de critique à sujet porteur d’une
critique sociale
Au cours des dernières
décennies, la santé publique a fait l’objet
d’une multitude de critiques en tant
qu’entreprise normative. Tout en reconnaissant
ses contributions au plan de l’amélioration de
l’état de santé et de bien-être de la
population, les scientifiques sociaux ont
déploré les empiètements des programmes de
prévention et de promotion de la santé sur
l’autonomie et la responsabilité individuelle.
De multiples enjeux éthiques ont été analysés
en termes de dérapage paternaliste ou de
sacrifice de la liberté sur l’autel du bien
commun. Toutefois, sociologues et
anthropologues ont délaissé une autre
dimension de cette entreprise normative, soit
son caractère subversif. Implicitement,
parfois explicitement, les normes et les
valeurs promues à travers les programmes font
de la santé publique un agent de changement
social, voire un sujet porteur d’une critique
sociale. Nous tenterons dans le cadre de cette
conférence de montrer qu’elle agit comme un
acteur institutionnel porteur de valeurs de
justice sociale, de protection des populations
vulnérables, de tolérance face aux
marginalités (ex. prostitution, utilisation de
drogues injectables, homosexualité),
d’engagement et de mobilisation communautaire,
de solidarité envers les populations
vulnérables, d’entraide (ex. groupes
communautaires, réseaux d’entraide, pairs
aidants), de bienfaisance ou de bien commun.
On pourrait, de même, y voir le lieu d’un
discours subversif contre le capitalisme
sauvage (ex. compagnies pharmaceutiques, de
tabac, automobile) et l’individualisme. Bref,
le lieu de renforcement d’une saine
réflexivité chez un citoyen invité à
développer un nouveau rapport à la
responsabilité.
Bien sûr, la santé
publique demeure une entreprise
fondamentalement moralisatrice, fleuretant
fréquemment avec un paternalisme fort, portée
sur le «victim blaming» et qui connaît
encore mal les limites acceptables entre
informer, convaincre et contraindre. Les
sciences sociales ne doivent pas abdiquer face
à un devoir de critique des enjeux politiques,
économiques et éthiques soulevés par les
interventions classiques et émergentes (ex. le
dépistage génétique des prédispositions).
Toutefois, nous défendrons ici qu’elles
doivent aussi adjoindre à ce regard critique
une lecture complémentaire traitant de la
santé publique comme porteuse d’une critique
sociale, voire de valeurs au potentiel
subversif.
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Meudec, Marie
Département d’anthropologie, Université Laval/
GREMCA
Contraintes de l'éthique de la recherche en
Anthropologie. Cas d'une étude sur la
sorcellerie à Ste-Lucie
La constitution des comités d'éthique est
assez récente dans le domaine de
l'anthropologie et elle soumet la recherche
dans ce domaine à bien des obligations – avant,
pendant et après le terrain. Une recherche à
Ste-Lucie en 2006, basée sur une compréhension
des discours et des rumeurs de sorcellerie et
des processus de construction du raisonnement
moral, servira ici, à partir de plusieurs
exemples, à montrer comment le respect des
règlements éthiques, non seulement est
quasiment impossible, mais en plus limite
considérablement une recherche qui porte sur
des pratiques "secrètes" ou moralement
dévalorisées. Cette communication montrera la
nécessité de se distancer de cette éthique
institutionnelle, au profit d'une éthique
personnelle.
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Mirza,
Vincent
Centre d’étude de l’Asie
de l’Est, Université McGill
Le sens du travail,
la crise et les jeunes adultes au Japon.
Réflexions vers une nouvelle approche en
anthropologie du travail
Cette présentation
portera sur la notion de travail qui se
définit en terme de matrice de sens. Ce que
cela implique, c’est que le travail n’est pas
simplement vu comme une activité de production
et une activité rémunératrice, mais aussi
comme un ensemble de pratiques et de
représentations par lesquelles les personnes
se définissent elles-mêmes et leur place dans
la société. Dans cette optique, je proposerai
une approche du travail qui tient compte de
l’articulation des rapports de domination qui
structurent la réalité sociale mais
aussi qui ne réduit pas le social à ces
structures et prend en compte le caractère
mouvant, fluide et ambigu des pratiques et des
représentations et les transformations de ces
rapports. Pour illustrer cette question, je
parlerai des effets de la crise économique sur
le sens du travail chez les jeunes adultes au
Japon.
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Misdrahi, Marian
Département de sociologie, Université de
Montréal
Les frontières de la sociologie : la
rationalité scientifique et l’engagement
sociale
L'identité disciplinaire de la sociologie est
fondée sur deux principes directeurs. Le
premier fait référence à son caractère de
producteur de connaissances. C'est-à-dire à
l'utilisation qui fait de la rationalité
scientifique pour l'orienter vers la
compréhension de l'action sociale. Le deuxième
principe indique que l'identité disciplinaire
est aussi fondée sur l’engagement social et
sur son potentiel subversif. De cette manière,
la sociologie a sa raison d’être en montrant
scientifiquement des aspects de la réalité
sociale qui peuvent potentiellement améliorer
cette réalité.
Toutefois, ceci n'est pas toujours ainsi. Les
causes de la relation compliquée de la
sociologie face à l’engagement social reposent
également dans des dimensions de caractère
politique et idéologique, et aussi
épistémologique. Dans cette communication,
nous nous concentrerons sur la dimension
épistémologique pour argumenter qu'une
relation plus proche entre la connaissance
sociologique avec l’engagement social doit
commencer avec la dimension épistémologique
inscrite dans la formulation des projets de
recherche de notre discipline. Nous suggérons
qu'il est nécessaire de s'occuper des
approches théoriques où la vérité ne contienne
pas un statut transcendantal et où les
principes de la connaissance scientifique
soient soigneusement distingués du plan de la
réalité sociale.
*Las fronteras de las Sociología : la
racionalidad científica y el compromiso con la
praxis
La identidad disciplinaria de la Sociología se
encuentra fundada bajo dos principios rectores.
Por una parte, su carácter de productora de
conocimiento científico, es decir, de
disciplina que utiliza como herramienta de
discernimiento una racionalidad orientada
hacia la comprensión de la acción social.
En este primer sentido, la Sociología
constituye un conocimiento elaborado a partir
de una racionalidad científica. Mientras que,
por otra parte, su identidad disciplinaria se
funda también en un objeto de estudio
particular: la acción social, frente a la cual
todo su bagaje científico le permite
comprender, señalar y emitir un discurso
legitimo sobre la misma. De tal suerte, la
razón de ser de la Sociología cobra sentido al
mostrar aspectos de la realidad social,
reconociéndola, sugiriendo y analizándola con
el fin de propugnar por su mejoramiento.
Sin embargo, esta Sociología detentadora de
una racionalidad científica presenta una
relación que, lejos de ser transparente, por
momentos entra en contradicción con su
carácter de disciplina comprometida con la
acción social. Problemática que responde a
múltiples causas, ubicadas en diferentes
dimensiones: la de la política, la de la
gestión social, la del experto y la de la
Sociología misma y dentro de ésta, la
dimensión epistemológica. Es en esta última
dimensión en la que me detendré y desde la
cual argumentaré en esta comunicación que una
relación más próxima del conocimiento
sociológico con la práctica debe comenzar
desde la dimensión epistemológica, en que se
atiendan planteamientos teóricos donde la
Verdad no contenga un estatuto trascendental y
donde los principios del conocimiento
científico sean cuidadosamente distinguidos
del plano de la Realidad.
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MONCEAU,Gilles
Université Paris 8
Education, socialisation, subjectivation,
institution - ESSI
L’analyse critique outil de la socio-clinique
institutionnelle
L’histoire des courants dits « institutionnels »
témoigne de l’attention portée par ceux-ci à
la manière dont des pratiques sociales
s’inscrivent dans des institutions qui les
déterminent en partie et contribuent à leur
donner sens. L’originalité de ces approches
est d’avoir considéré, dès les années 1940
dans le secteur psychiatrique, que
l’institution elle-même pouvait être objet de
la pratique. De la psychothérapie
institutionnelle à l’analyse institutionnelle
en situation d’intervention (socianalyse) en
passant par les différents courants de
pédagogie institutionnelle, la mise en œuvre
de dispositifs d’analyse critique de
l’institution est le principal trait commun.
En interrogeant l’effet des institutions sur
les subjectivités individuelles, ils
s’intéressent au quotidien de la vie sociale,
à la disposition des lieux, à la structuration
du temps, aux rapports économiques et
matériels entre les individus et plus
largement à tout ce qui participe, en continu,
à la production des institutions. Le travail
critique est donc un travail de
réappropriation de son devenir par l’individu
à travers l’analyse/transformation des
fonctionnements et des rapports institués. Ces
approches ont trouvé en Amérique latine un
écho important dans les milieux de la
psychologie sociale et institutionnelle que
l’expérience de la dictature a rendu
particulièrement sensibles à l’enchevêtrement
du politique et de l’analyse sociale.
Les pratiques de la socio-clinique
institutionnelle s’inscrivent aujourd’hui dans
le prolongement de cette histoire. Par la
recherche action, l’intervention et l’analyse
des pratiques professionnelles, les chercheurs
entrent en collaboration avec des individus en
demande d’une meilleure compréhension de
phénomènes institutionnels perçus comme
relevant de déterminations supérieures. Les
professionnels des secteurs de l’éducation, de
la santé et de l’action sociale sont
particulièrement confrontés aujourd’hui à
cette perte de sens produite par différents
processus institutionnels qu’ils vivent comme
leur étant imposé par des logiques exogènes à
leur propre milieu. Le sens (idéologique,
organisationnel voire libidinal) qu’ils
donnent à leurs pratiques se trouve sans cesse
à reconstruire, son obsolescence étant
désormais sa principale caractéristique. Nos
recherches interrogent ces transformations
subjectives et institutionnelles.
Autres :
Quelques unes de mes publications en France et
au Brésil concernant cette problématique :
*
Implication et
institution. L’œuvre de René Lourau,
(ouvrage
dirigé avec Ahmed Lamihi, Syllepse, Paris,
2002.
*« Pratiques
socianalytiques et socio-clinique
institutionnelle » in L’homme et la société,
n°147-148, .2003, pp. 11-33.
*«Transformar
as práticas para conhecê-las: pesquisa-ação e
profissionalização docente»
(«Transformer les pratiques pour les
connaître : recherche action et pratiques
enseignantes»),
Revista Educação e Pesquisa,
vol. 31, nº3, USP (Brésil), 2005, pp. 467-482.
*« Ethique et idéologie professionnelles » in
Recherche et formation, n°52, pp.
55-70.
*
« Como as
instituições permeiam as práticas
profissionais.Sócio-clínica institucional e
formação de professores » (« Comment les
institutions habitent les pratiques
professionnelles. Socio-clinique
institutionnelle et formation des enseignants »)
in Recherche-action et formation des
enseignants (S. Garrido et M.A. Franco,
dir.), Loyola, Sao Paulo, (Brésil), à paraître
en avril 2008.
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Mondain, Nathalie
Université d’Ottawa,
Canada
Bologo, Eric
Univeristé Catholique de
Louvain-la-Neuve, Belgique
Ouédraogo, Oussimane
Université de
Ouagadougou / ISSP, Burkina Faso
Nana, Pascal
Université de
Ouagadougou / ISSP, Burkina Faso
Intentionnalité
des chercheurs et objectifs de réduction des
inégalités sociales de santé : le cas d’un
observatoire démographique et épidémiologique
en milieu urbain africain
Les systèmes de
surveillance démographique (SSD ou
observatoires de population) grâce au suivi
des indicateurs démographiques et
épidémiologiques qu’ils permettent constituent
une source de données intéressante pour la
santé des populations. Ces systèmes s’avèrent
toutefois extrêmement contraignants tant pour
les équipes qui en assurent la réalisation que
pour les populations qui y sont soumises. Par
conséquent ce mode particulier de recueil
d’information provoque une lassitude
croissante des populations qui y sont incluses.
Celles-ci, souvent peu instruites et
vulnérables économiquement, ne perçoivent pas
l’intérêt que de tels dispositifs de recherche
peuvent procurer, les questions auxquelles
elles doivent répondre systématiquement ne
faisant pas toujours du sens compte tenu des
impératifs de gestion du quotidien auxquels
ces populations sont soumises.
On se trouve donc dans
une situation apparemment paradoxale, où
intentionnalité du chercheur (non questionnée
car apparemment éthiquement inattaquable) et
intérêts perçus
et vécus
par la population étudiée semblent entrer en
conflit. Plus encore, la mise en œuvre de
méthodes de recherche dites participatives
visant à impliquer davantage les populations
dans ce qui est présenté comme allant dans
leur intérêt et « bien être commun », finit
nous semble-t-il, par contribuer au maintien
des formes d’inégalités sociales existantes.
Ainsi, contrairement à leur vocation,
l’application de ces méthodes, devenues
extrêmement populaires dans le milieu du
développement, risque d’aboutir à la
production de connaissances décontextualisées,
puisque les référents et catégories sur
lesquels elles se fondent ne font pas de sens
pour ces populations. L’intentionnalité du
chercheur peut-elle suffire pour rendre compte
des inégalités sociales locales ? Est-elle en
mesure d’entraîner un changement relatif aux
conditions objectives d’existence des
populations locales ?
La mise en place de tels
dispositifs pose donc des problèmes à la fois
éthiques et scientifiques qui sont exacerbés
en milieu urbain où les contraintes de la vie
courante rendent la réalisation de telles
enquêtes difficiles. Pour rendre compte de ces
enjeux deux recherches qualitatives ont été
menées dans le cadre de l’Observatoire de
population de Ouagadougou (Burkina Faso), la
première cherchant à évaluer dans quelle
mesure des activités d’informations et de
restitution (ou l’absence de telles activités)
influent sur la participation durable des
habitants au système et la seconde à montrer
l’importance d’une compréhension des
dynamiques sociales existant dans les
quartiers inclus dans l’observatoire.
Sur la base de ces deux
recherches nous chercherons à montrer que la
construction d’une « sociologie de
l’intentionnalité » s’avère essentielle pour
mettre en évidence ces décalages entre les
dispositifs de recherche ou d’intervention mis
en place et qui ont des effets directs et
indirects sur les populations auxquels ils
s’adressent d’une part, et la complexité de la
réalité vécue par les populations étudiées
d’autre part. Une telle construction
s’appuiera sur la notion de réflexivité ainsi
que sur la démarche adoptée par Norman Long et
qui repose sur un cadre analytique
spécialement conçu pour saisir les rapports
entre les différents acteurs impliqués dans un
dispositif de recherche ou d’intervention dans
le domaine du développement (actor-oriented
approach).
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Mondoux,
André
Département de sociologie, École des médias,
Université du Québec à Montréal
Quand la sociologie dort, les technologies
dansent : pour une sociologie de la Technique
Le monde des TIC (Technologies de
l’information et de la communication) est -
encore une fois - secoué par une nouvelle «
révolution ». Cette fois-ci, il s’agit des
technologies du Web 2.0 dit aussi « Web social
» mettant en vedette des pratiques
prometteuses d’une société meilleure,
c’est-à-dire plus « participative ». Il est
pour le moins étonnant de constater qu’au
moment où les ténors des technologies
numériques « pensent » le social dans sa
globalité, la sociologie, au contraire, se
fait plutôt discrète lorsqu’il s’agit de
conceptualiser ces nouveaux phénomènes dans
leurs rapports avec la dynamique sociétale.
Que ce silence survienne au moment même où se
font entendre des voix prônant l’achèvement du
social dans sa propre autorégulation, et du
coup l’obsolescence de la sociologie, n’est
certes pas un hasard. Nous proposerons ici
quelques pistes et thèmes de réflexion qui
pourront baliser non seulement une éventuelle
réappropriation des enjeux technologiques
contemporains par la sociologie, mais
également raviver la problématique générale
des rapports dialectiques Technique/Société et
arrimer celle-ci avec la tradition
sociologique afin de réaffirmer
l’incontournable présence du social appelant
la nécessité d’une pensée sociologique.
Autres :
Champ de spécialisation : sociologie de la
communication et des médias, sociologie des
technologies.
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Moretti, GianPiero
École d’architecture, Université Laval
en collaboration avec
Vachon, Geneviève
École d’architecture, Université Laval
Projets architecturaux et de design urbain
dans une perspective de développement durable
pour la banlieue et le périurbain (recherche
création)
Des solutions existent pour rendre la ville
étalée plus écologique, notamment la
transformation de bungalows en maisons
bigénérationnelles, la réfection écologique
des rues de banlieues et l’introduction de
gares intermodales (bus, autopartage, vélos)
en banlieue pour favoriser les transports en
commun et diminuer la dépendance à
l’automobile.
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MOSSIÈRE, Géraldine
Département d’anthropologie, Université de
Montréal
Discours critique et éducation à l’altérité :
les converties musulmanes incarnent-elles un
« moment de coexistence pacifique » entre
Islam et Occident ?
Dans un contexte où les
relations entre l’islam et l’Occident sont
généralement présentées selon une vision
essentialisée, fondée sur la sémantique du
conflit, certains observateurs tels Jocelyne
Césari évoquent à l’inverse le momentum
présent de « coexistence pacifique » entre ces
deux univers. En effet, les phénomènes actuels
de conversion à l’islam introduisent un cadre
conceptuel particulièrement opératoire pour
examiner la dynamique de cette rencontre islam-occident,
tandis que la figure de la femme cristallise
les enjeux qui lui sont relatifs. À partir
d’une
ethnographie
comparative menée auprès de femmes converties
à l’islam en France et au Québec, nous
discuterons la posture intermédiaire qu’elles
négocient entre deux groupes d’appartenance en
rapports de pouvoir, ainsi que leurs
mécanismes d’appropriation d’un nouveau mode
d’agentivité. L’identité stigmatisée qu’elles
prétendent endosser constitue autant un
langage d’expression d’un discours critique
des sociétés occidentales et de tradition
musulmane, que l’emblème du projet politique
alternatif qu’elles proposent.
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MOULIN, Stéphan
Département de sociologie,
Université de Montréal
Que reflètent les statistiques sociales sur
les parcours des jeunes ? Une comparaison
France/Canada
Cette
communication utilise une approche
sociologique de l’usage des statistiques
sociales et de la comparaison internationale
pour analyser la manière avec laquelle les
institutions statistiques nationales
présentent l’entrée des jeunes sur le marché
du travail en France et au Canada. L’histoire
des dispositifs d’enquête montre une
divergence qui s’est accentuée dans la manière
de concevoir l’insertion des jeunes dans les
deux espaces sociétaux. L’examen des variables
de calendrier utilisées dans quatre enquêtes
longitudinales françaises et canadiennes
permet dès lors de produire une vision
synthétique de la nature des normes et des
codes qui encadrent les parcours des jeunes
dans chaque espace national. Cette
confrontation d’enquêtes conduit à opposer la
logique d’insertion combinatoire et
professionnelle du Canada à la logique
d’insertion séquentielle et statutaire de la
France. Cette communication ouvre sur une
discussion sur la manière dont les jeunes
intériorisent ou réagissent à ces catégories
institutionnelles.
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N
Nana, Pascal
Université de
Ouagadougou / ISSP, Burkina Faso
Bologo, Eric
Univeristé Catholique de
Louvain-la-Neuve, Belgique
Mondain, Nathalie
Université d’Ottawa,
Canada
Ouédraogo, Oussimane
Université de
Ouagadougou / ISSP, Burkina Faso
Intentionnalité
des chercheurs et objectifs de réduction des
inégalités sociales de santé : le cas d’un
observatoire démographique et épidémiologique
en milieu urbain africain
Les systèmes de
surveillance démographique (SSD ou
observatoires de population) grâce au suivi
des indicateurs démographiques et
épidémiologiques qu’ils permettent constituent
une source de données intéressante pour la
santé des populations. Ces systèmes s’avèrent
toutefois extrêmement contraignants tant pour
les équipes qui en assurent la réalisation que
pour les populations qui y sont soumises. Par
conséquent ce mode particulier de recueil
d’information provoque une lassitude
croissante des populations qui y sont incluses.
Celles-ci, souvent peu instruites et
vulnérables économiquement, ne perçoivent pas
l’intérêt que de tels dispositifs de recherche
peuvent procurer, les questions auxquelles
elles doivent répondre systématiquement ne
faisant pas toujours du sens compte tenu des
impératifs de gestion du quotidien auxquels
ces populations sont soumises.
On se trouve donc dans
une situation apparemment paradoxale, où
intentionnalité du chercheur (non questionnée
car apparemment éthiquement inattaquable) et
intérêts perçus
et vécus
par la population étudiée semblent entrer en
conflit. Plus encore, la mise en œuvre de
méthodes de recherche dites participatives
visant à impliquer davantage les populations
dans ce qui est présenté comme allant dans
leur intérêt et « bien être commun », finit
nous semble-t-il, par contribuer au maintien
des formes d’inégalités sociales existantes.
Ainsi, contrairement à leur vocation,
l’application de ces méthodes, devenues
extrêmement populaires dans le milieu du
développement, risque d’aboutir à la
production de connaissances décontextualisées,
puisque les référents et catégories sur
lesquels elles se fondent ne font pas de sens
pour ces populations. L’intentionnalité du
chercheur peut-elle suffire pour rendre compte
des inégalités sociales locales ? Est-elle en
mesure d’entraîner un changement relatif aux
conditions objectives d’existence des
populations locales ?
La mise en place de tels
dispositifs pose donc des problèmes à la fois
éthiques et scientifiques qui sont exacerbés
en milieu urbain où les contraintes de la vie
courante rendent la réalisation de telles
enquêtes difficiles. Pour rendre compte de ces
enjeux deux recherches qualitatives ont été
menées dans le cadre de l’Observatoire de
population de Ouagadougou (Burkina Faso), la
première cherchant à évaluer dans quelle
mesure des activités d’informations et de
restitution (ou l’absence de telles activités)
influent sur la participation durable des
habitants au système et la seconde à montrer
l’importance d’une compréhension des
dynamiques sociales existant dans les
quartiers inclus dans l’observatoire.
Sur la base de ces deux
recherches nous chercherons à montrer que la
construction d’une « sociologie de
l’intentionnalité » s’avère essentielle pour
mettre en évidence ces décalages entre les
dispositifs de recherche ou d’intervention mis
en place et qui ont des effets directs et
indirects sur les populations auxquels ils
s’adressent d’une part, et la complexité de la
réalité vécue par les populations étudiées
d’autre part. Une telle construction
s’appuiera sur la notion de réflexivité ainsi
que sur la démarche adoptée par Norman Long et
qui repose sur un cadre analytique
spécialement conçu pour saisir les rapports
entre les différents acteurs impliqués dans un
dispositif de recherche ou d’intervention dans
le domaine du développement (actor-oriented
approach).
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NICOLAS-LE STRAT, Pascal
Département de science politique, l'Université
Montpellier 3
La sensibilité "expérientielle" dans
l'engagement critique (l'expérimentation
politique dans les pratiques artistiques et
urbaines)
Cette contribution se propose d'interroger
l'articulation entre critique sociale et "expérimentation
politique" à partir des initiatives prises par
de nombreux artistes et activistes urbains qui
s'attachent à contredire les formes dominantes
de faire la ville et de la vivre. A l'occasion
de ces expérimentations, ils mettent en
quelque sorte leur intention critique à
l'épreuve des situations rencontrées, à
l'épreuve des situations urbaines qu'ils
partagent avec des habitants. Ils ne se
contentent pas de désavouer une réalité mais
ils s'efforcent de la moduler en termes
différents et de l'inscrire dans de nouvelles
perspectives.
Leur posture critique ne se résume donc pas à
une position de refus. Au contraire, ils
s'approprient une situation mais pour mieux en
contrecarrer la logique. On peut dire qu'ils
cherchent à retourner la situation contre
elle-même en la mettant en jeu dans des formes
nouvelles ou en la confrontant à un contexte
inhabituel.
Ils n'agissent pas dans les marges,
certainement pas dans la marginalité. Ils
agissent en situation, à la fois dans
et contre la situation. Ils s'emparent
de l'existant pour lui faire signifier quelque
chose de radicalement autre.
Ces artistes et activistes urbains
expérimentent les situations dans la mesure où
ils doivent évaluer et ré-évaluer
régulièrement l'environnement dans lequel ils
agissent, rester suffisamment receptifs aux
événements qui ne manquent pas de survenir,
réajuster leur action en regard des
oppositions rencontrées... Ils ne peuvent pas
se contenter d'assumer un rapport d'opposition
ni simplement d'endosser une position
alternative. Ils se confrontent nécessairement
à l'indétermination de la situation. Et cette
indétermination les contraint à reconsidérer
régulièrement leur point de vue et à poser de
nouvelles hypothèses, à tester d'autres
modalités d'action et à reconfigurer, en
conséquence, leur mode d'intervention.
Cette sensibilité "expérientielle" dans
l'engagement critique puise à plusieurs
sources théoriques : par exemple, du côté de
Michel de Certeau, la force critique et
transformatrice des usages silencieux et des
pratiques quotidiennes; du côté de Michel
Foucault, une conception du pouvoir de
résistance en rien identique ou similaire au
pouvoir qui opprime; du côté de Félix Guattari,
l'importance des micropolitiques qui ne
correspondent nullement à une miniaturisation
des enjeux; du côté de John Dewey, le rôle de
l'enquête en tant que processus continu de
formulation et reformulation des situations.
Cette proposition de contribution s'appuie sur
plusieurs années de recherche auprès de
collectifs d'artistes et/ou d'activistes
urbains : par exemple avec le collectif aaa
créé par Doina Petrescu et Constantin Petcou
dans le quartier La Chapelle à Paris (http://peprav.net/tool/)
ou le dispositif d'expérimentation artistique
et sociale Protocoles Méta initié par
Jean-Paul Thibeau, professeur à l'École
supérieure d'Art d'Aix-en-Provence (http://www.protocolesmeta.com/)
Autres :
Site personnel :
www.iscra.fr
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Noury,
Mathieu
Département de
sociologie, Université de Montréal
Paris-X Nanterre
Le corps de la
nanomédecine. Politique, Nanotechnologies et
nouvelles pratiques biomédicales
Parmi la
multitude des domaines que les
nanotechnologies prévoient bouleverser, la
médecine est sans conteste le domaine où les
attentes et espoirs sont les plus grands.
Promettant de révolutionner la pratique
médicale, la fabrication de Drugs Delivery
Technology ou de nanorobots devrait permettre
d'effectuer des interventions de nature
thérapeutique, diagnostique ou préventive au
niveau moléculaire ou cellulaire. Les
promesses annoncées par la nanomédecine
ouvrent ainsi un espace de discours spéculatif
technoscientifique qui permet à certains
médecins, scientifiques, ingénieurs ou
politiciens d'affirmer que les
nanotechnologies permettront d'améliorer
considérablement la santé, la longévité et les
capacités physiques et mentales des êtres
humains par le contrôle et la manipulation du
biologique. Mais si le rêve de la santé
parfaite semble enfin à portée de main, ces
nouveaux types de pratiques biomédicales n'en
soulèvent pas moins nombre de questions, parmi
lesquelles le contrôle technoscientifique des
corps et de la vie à l'échelle nanométrique se
détachent en arrière en fond comme
problématiques et enjeux sociologiques majeurs.
Cette présentation aura ainsi un double
objectif. Tout d'abord, démontrer la
spécificité de ces nouveaux types
d'interventions en établissant le lien entre,
d'une part, la représentation particulière du
biologique qui permet d'envisager le contrôle
et la manipulation des mécanismes vitaux et,
d'autre part, le passage d'une pratique
médicale s'orientant désormais beaucoup plus
vers l'amélioration du corps et de la vie en
soi que vers la guérison. Une fois ce lien
établi, nous montrerons que ces nouvelles (nano)technologies
de la vie sont les vecteurs d'une nouvelle
représentation de l'être humain et de son
devenir qui offrent un nouvel espace au
biopolitique envisagée comme « politique de la
vie en soi ».
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O
Ouédraogo, Oussimane
Université de
Ouagadougou / ISSP, Burkina Faso
Bologo, Eric
Univeristé Catholique de
Louvain-la-Neuve, Belgique
Mondain, Nathalie
Université d’Ottawa,
Canada
Nana, Pascal
Université de
Ouagadougou / ISSP, Burkina Faso
Intentionnalité
des chercheurs et objectifs de réduction des
inégalités sociales de santé : le cas d’un
observatoire démographique et épidémiologique
en milieu urbain africain
Les systèmes de
surveillance démographique (SSD ou
observatoires de population) grâce au suivi
des indicateurs démographiques et
épidémiologiques qu’ils permettent constituent
une source de données intéressante pour la
santé des populations. Ces systèmes s’avèrent
toutefois extrêmement contraignants tant pour
les équipes qui en assurent la réalisation que
pour les populations qui y sont soumises. Par
conséquent ce mode particulier de recueil
d’information provoque une lassitude
croissante des populations qui y sont incluses.
Celles-ci, souvent peu instruites et
vulnérables économiquement, ne perçoivent pas
l’intérêt que de tels dispositifs de recherche
peuvent procurer, les questions auxquelles
elles doivent répondre systématiquement ne
faisant pas toujours du sens compte tenu des
impératifs de gestion du quotidien auxquels
ces populations sont soumises.
On se trouve donc dans
une situation apparemment paradoxale, où
intentionnalité du chercheur (non questionnée
car apparemment éthiquement inattaquable) et
intérêts perçus
et vécus
par la population étudiée semblent entrer en
conflit. Plus encore, la mise en œuvre de
méthodes de recherche dites participatives
visant à impliquer davantage les populations
dans ce qui est présenté comme allant dans
leur intérêt et « bien être commun », finit
nous semble-t-il, par contribuer au maintien
des formes d’inégalités sociales existantes.
Ainsi, contrairement à leur vocation,
l’application de ces méthodes, devenues
extrêmement populaires dans le milieu du
développement, risque d’aboutir à la
production de connaissances décontextualisées,
puisque les référents et catégories sur
lesquels elles se fondent ne font pas de sens
pour ces populations. L’intentionnalité du
chercheur peut-elle suffire pour rendre compte
des inégalités sociales locales ? Est-elle en
mesure d’entraîner un changement relatif aux
conditions objectives d’existence des
populations locales ?
La mise en place de tels
dispositifs pose donc des problèmes à la fois
éthiques et scientifiques qui sont exacerbés
en milieu urbain où les contraintes de la vie
courante rendent la réalisation de telles
enquêtes difficiles. Pour rendre compte de ces
enjeux deux recherches qualitatives ont été
menées dans le cadre de l’Observatoire de
population de Ouagadougou (Burkina Faso), la
première cherchant à évaluer dans quelle
mesure des activités d’informations et de
restitution (ou l’absence de telles activités)
influent sur la participation durable des
habitants au système et la seconde à montrer
l’importance d’une compréhension des
dynamiques sociales existant dans les
quartiers inclus dans l’observatoire.
Sur la base de ces deux
recherches nous chercherons à montrer que la
construction d’une « sociologie de
l’intentionnalité » s’avère essentielle pour
mettre en évidence ces décalages entre les
dispositifs de recherche ou d’intervention mis
en place et qui ont des effets directs et
indirects sur les populations auxquels ils
s’adressent d’une part, et la complexité de la
réalité vécue par les populations étudiées
d’autre part. Une telle construction
s’appuiera sur la notion de réflexivité ainsi
que sur la démarche adoptée par Norman Long et
qui repose sur un cadre analytique
spécialement conçu pour saisir les rapports
entre les différents acteurs impliqués dans un
dispositif de recherche ou d’intervention dans
le domaine du développement (actor-oriented
approach).
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P
Palenzuela, Pablo
Departamento de Antropología Social,
Universidad de Sevilla
Nouvelles cultures du
travail dans l’économie émergente cubaine
En 1993, le gouvernement
cubain se voit forcé d’adopter des nouvelles
mesures de politique économique dans le but
d’affronter la descente du PIB en 24% suite à
la disparition des accords commerciaux
privilégiés maintenus avec l’ancienne
URSS.
Parmi ces mesures, l’ouverture
aux investissements étrangers, surtout dans le
secteur touristique auquel on accorde une
importance stratégique, prend le premier rang.
Ce sont surtout des compagnies
touristiques espagnoles (Sol-Meliá, NH Hoteles,
Barceló S.A., etc) qui vont profiter de cette
nouvelle politique de captation
d’investissements pour signer des accords avec
le gouvernement cubain, afin de constituer des
entreprises mixtes (joint-ventures) ou
des contrats d’administration des hôtels à
titularité publique.
Ces entreprises font partie de
ce qu’on appelle «l’économie émergente» et
fourniront de l’emploi à plus de 100.000
travailleurs cubains avec un Haut degré de
formation académique, mais avec une très
faible qualification dans le secteur hôtelier
et, surtout, avec une expérience de travail
dans l’emploi publique.
À partir du concept « cultures
du travail », que nous considérons un outil
épistémologique fondamental pour
l‘Anthropologie du Travail, nous avons réalisé
durant trois ans un projet de recherche dont
l’objectif était de vérifier les changements,
autant au niveau matériel (le savoir faire)
qu’idéationnel, des cultures du travail des
employés cubains maintenant intégrés dans des
relations de travail capitalistes, après avoir
été auparavant socialisés dans un système
d’économie planifiée où le travail était
considéré comme un devoir avec la révolution.
Les résultats de cette
recherche nous montrent une nouvelle fracture
dans la structure sociale cubaine, présumée
comme égalitaire dans les discours officiels.
Ce collectif des travailleurs cubains, à
partir de leur expérience de travail dans
l’économie émergente, ont subis un profond
changement, autant dans leurs conditions
matérielles d’existence que dans leurs
rapports sociaux et, finalement, dans sa
cosmovision, pour devenir un nouveau secteur
dans une structure sociale de plus en plus
diversifiée.
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Pantaleón, Jorge
Université de Montréal,
Département d’anthropologie
Domestication
économique et
monétarisation de la vie
sociale: les transferts d’argent et de
biens parmi les immigrants latinos à Montréal
Depuis plus de
quatre décennies, l’anthropologie et la
sociologie d’une part, et l’économie, d’autre
part, ont institué leurs légitimités
disciplinaires de façon à segmenter certains
comportements humains selon une logique
dichotomique : celle que opposerait les
actions sociales au sein du marché des actions
à l’intérieur des liens familiers. Les
transferts monétaires et de biens effectués de
la part des immigrants latino-américains à
Montréal exhibent les limitations de ce modèle
oppositionnel. Les pratiques qui entraînent
l’envoi d’argent dans le champ social
transnational permettent de les comprendre
comme étant aussi un phénomène domestique, en
faisant également partie du monde marchand.
Nonobstant, cette superposition
n'autorise pas à la qualifier comme une simple
entité hybride.
Par
conséquent, dans l’observation de ce processus
d’imbrication mutuelle, une perspective (interdisciplinaire)
qui vise capturer les pratiques économiques
empiriques, s’oblige à porter une attention
particulière aux situations de jonctions et de
séparations natives, c'est-à-dire, celles
développées par les acteurs sociaux engagés
dans cet univers d’échange.
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Pelchat, Yolande (*)
Centre de santé
et de services sociaux de la Vieille-Capitale
La participation, un
vocabulaire à portée critique ?
En 1983, Jacques T.
Godbout publiait La participation contre la
démocratie. Au terme de plusieurs
recherches sur diverses expériences
québécoises de participation d’usagers ou de
résidants d’un territoire donné, il formulait
une conclusion en deux volets : 1) « les
expériences de la participation ont été
essentiellement les instruments de
légitimation du pouvoir d’un groupe social »;
2) « mais l’idée de participation
demeure très riche en capacité de
transformation de la société actuelle ».
Vingt-cinq ans plus tard, quel bilan peut-on
faire du chemin parcouru par cette idée
et de la perspective critique qu’elle a
transportée avec elle? De quelle façon les
significations attribuées, de façon implicite
ou explicite, à la participation viennent-elle
soutenir les pratiques d’interpellation et de
revendication aussi diverses qu’incessantes
que suppose le projet démocratique? À partir
d’une analyse de diverses méthodes et outils
proposés pour favoriser la « participation
citoyenne » dans le domaine de la santé et des
services sociaux, cet exposé propose
d’examiner en quoi la promotion de la
participation s’accompagne de l’exigence de (re)tisser
des « chaînages longs » capables de « porter
une action au loin » (Boltanski et Chiapello,1999)
transformatrice des
injustices et des inégalités.
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