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Colloque international de l'ACSALF

c

Montréal, 21, 22, 23 et 24 octobre 2008

Université de Montréal, Pavillon Lionel-Groulx

 

Résumés

(par ordre alphabétique des conférencières et conférenciers)

 

A  B  C  D  E  F  G  H  I  J  K  L  M  N  O  P  R  S  T  U  V  Y  Z

 

 

A

 

Abraham, Yves-Marie

HEC Montréal

 

Sacrée économie ! Ou comment l’approche durkheimienne du religieux peut contribuer à une sociologie de l’économie

 

Des classifications élémentaires qui constituent « l’esprit moderne », la distinction nature-culture est sans doute l’une des plus essentielles, sinon la plus essentielle à notre monde, comme le rappelle aujourd’hui Philippe Descola (Par delà nature et culture, 2006), après Latour (Nous n’avons jamais été modernes, 1991) ou encore Goffman (Les cadres de l’expérience, 1974). A bien des égards, on peut considérer que cette distinction fonde et ordonne notre rapport au monde d’une manière très semblable à l’opposition sacré-profane, telle qu’elle a été conceptualisée par Durkheim dans les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912).

 

Par ailleurs, depuis les origines de la science économique, les spécialistes de cette discipline travaillent à imposer l’idée que l’économique constitue un ordre de réalité distinct, séparé, qui relève du domaine de la nature plutôt que de celui de la culture ou du social (voir notamment Walras et sa définition de l’économie pure comme science physico-mathématique). Pour l’heure, cette idée est effectivement très largement partagée et acceptée par les « modernes », qui tendent à envisager en outre la « réalité économique » comme l’infrastructure essentielle de toute société humaine.

 

Dès lors, nous proposons d’envisager l’économique comme l’une des composantes fondamentales du sacré des « modernes ». Telle est la thèse que nous voudrions ici esquisser et discuter, en prenant appui, d’une part sur certaines remarques formulées par Durkheim à la fin des Formes élémentaires de la vie religieuse (les similitudes entre les notions de mana et de valeur économique, par exemple), et d’autre part sur la relecture que propose Mary Douglas de la conception du sacré développée par le fondateur de l’école française de sociologie. Nous tenterons de montrer ainsi que le schéma conceptuel durkheimien (hétérogénéité du sacré et du profane, contagiosité et ambivalence du sacré, mana, rites positifs et négatifs, …) s’avère éclairant lorsqu’il s’agit de penser notre rapport au « fait économique ».

 

Alors que Marx et Weber ont contribué à désacraliser le religieux en l’abordant avec les mots de l’économie, Durkheim nous permet, paradoxalement, de travailler à la désacralisation de l’économie avec les mots du religieux.

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AMIRAUX, Valérie

Département de sociologie, Université de Montréal

 

Du sens des figures polymorphes de la représentation de l’islam en France

 

La question de la représentation des musulmans en France a accompagné la période coloniale et occupé l’agenda des ministres de l’intérieur de la Vème République jusqu’à la mise en place d’un Conseil français du culte musulman en 2003. Sur ce plan, elle est une question éminemment politique. Les travaux de sciences sociales qui se sont intéressés à celle-ci ont donc privilégié l’angle de l’institutionnalisation du culte, de l’autorité et du pouvoir sur les communautés et de la concurrence des figures médiatiques. Nous proposons ici de considérer la représentation des musulmans de France, à partir d’une cartographie des figures types qui l’ont incarnée depuis le début du XXème siècle, sous l’angle des typifications qui les fondent et des normes qui cadrent leur légitimité dans un espace public sécularisé. La position (assignée ou choisie) de représentants servira de support empirique à une réflexion plus théorique sur les rôles de passeur, gardien, censeur, traducteur, médiateur dans un contexte colonial puis post-colonial. Que disent ces acteurs ? À qui s’adressent-ils ? Dans quelles arènes interviennent-ils ? Quelles fonctions remplissent-ils in fine dans la constitution d’un islam orthodoxe aux conventions républicaines ? Plusieurs perspectives théoriques convergent ici, de la piste de l’étiquetage à celle des cadrages, pour permettre de réfléchir aux interactions entre organisation de la représentation d’un culte minoritaire et stabilisation du régime de laïcité français.

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B

 

Bates, Karine

Département d’anthropologie, Université de Montréal

 

Contributions potentielles de l'anthropologie du droit à l'élaboration d’une analyse holistique de la justice sociale

 

Les questions d’ordre et de désordre marquèrent les premières analyses anthropologiques. Puis, l’approche empirique de l’analyse des pratiques juridiques permis d’établir de nouveaux paramètres d’analyse du droit. Non plus considéré comme un corpus de règles fixes lié à l’État, le droit se pose comme une dynamique sociale constituée d’un ensemble de pratiques. Le droit peut aussi être vécu comme un forum où diverses visions de l’ordre et du désordre, du juste et de l’injuste se confrontent et se façonnent, au gré du temps et des acteurs. Ce faisant, l’anthropologie du droit propose une perspective épistémologique et une approche méthodologique pouvant contribuer à mieux saisir l’effectivité des réformes sociales et les enjeux des débats(et non-débats) sur la justice sociale.

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Belleau, Hélène

Institut national de la recherche scientifique, Montréal

 

L’amour sans foi ni loi ? L’union de fait et le mariage au Québec

 

Dans le cadre d’une recherche portant sur les représentations sociales de la conjugalité chez les Québécois francophones, nous avons réalisé 60 entretiens semi dirigés auprès de 30 conjoints mariés et 30 conjoints de fait vivant en couple depuis au moins 3 ans ou ayant un enfant de la présente union. Il ressort de cette étude que les conjoints mariés et les conjoints de fait ayant partagé une certaine durée de vie commune (ou ayant eu un enfant) ont une vision très similaire de la conjugalité. La majorité estime d’ailleurs qu’il n’y a pas de différences entre les deux types d’union et ce, notamment au niveau de l’engagement, de la confiance, de la fidélité et de la solidarité entre conjoints.  La première partie de l’étude avait pour but d’analyser la terminologie choisie par les répondants pour désigner leur partenaire de même que les raisons invoquées pour justifier leurs choix. Ainsi avec les proches, qu’ils soient mariés ou non, les conjoints privilégient les mots chum/blonde, car ils les perçoivent comme étant plus décontractés. Dans les contextes plus formels, c’est le terme conjoint/conjointe ou mari/femme qui est utilisé. L’analyse révèle une très grande acceptation sociale des unions de fait au Québec et inversement, on constate que le mariage véhicule, pour certains, une connotation négative. Toutefois, une des lignes de force de cette étude est d’avoir montré que contrairement à ce que véhiculent les médias et un certain discours public, les questions juridiques sont prises en compte par une minorité de personnes dans la décision de se marier ou non. La grande méconnaissance de la loi mais aussi l’importance de l’idéologie amoureuse dans les rapports conjugaux que véhiculent le discours des répondants, appuient cette conclusion avec force. Comme nous le verrons, la conjugalité s’est transformée radicalement au cours du dernier siècle. Les transformations de l’intimité, signalées par les théoriciens de la modernité, se sont accompagnées d’un certain recul des normes sociales et des régulations institutionnelles de la vie maritale. Mais au-delà des choix individuels, on observe néanmoins que l’idéologie amoureuse, l’institution familiale, ainsi que plus largement les structures sociales, économiques et juridiques marquent profondément les choix en regard du marriage.

 

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Bernier, Bernard

Département d’anthropologie, Université de Montréal

 

Économie et rapports sociaux au Japon.  Une approche sociale et historique

 

L’économie de marché au Japon, avant la crise des années 1990, n’a jamais été considérée en tant que domaine autonome, comme dans le libéralisme et le néo-libéralisme occidentaux.  Les autorités japonaises ont vu le marché comme un ensemble de mécanismes utiles, mais imparfaits, qu’il fallait orienter vers des objectifs nationaux définis par l’État.  Cette conception stratégique du marché dans une idéologie quasi-militaire semble plus proche du fonctionnement réel du marché que celle du libéralisme ou du néo-libéralisme qui ignore les interventions continuelles de l’État dans l’économie. De plus, au Japon, l’appel à la culture pour expliquer la forme différente des institutions économiques date du début du 20e siècle.  Cet appel me semble exagéré, mais il ne fait pas de doute que le processus historique de mise en place de rapports sociaux spécifiques, bien que liés à l’économie de marché, a modelé les institutions économiques, dont la forme a été justifiées par la suite par l’appel à la culture spécifiquement japonaise. 

 

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BILGE, Sirma

Département de sociologie, Université de Montréal

 

Intermédiaire culturel : passeur, brouilleur ou patrouilleur de frontières ?

 

Il s’agira d’une réflexion sur la figure du passeur de frontières et les notions de copie (d’imitation) et d’original (d’authenticité) qui l’innervent à partir de deux entrées théoriques : le Queer et le postcolonial.

La première permettra de travailler la figure de drag qui joue un rôle important dans l’œuvre philosophique de Judith Butler, qui s’en sert pour développer son concept de performativité et assoir l’idée qu’en matière de genre tout est toujours déjà une copie.

La seconde conduira à l’œuvre du théoricien postcolonial Homi Bhabha, précisément à sa théorisation de l’ambivalence des relations entre colonisés et colonisateurs à partir du concept de mimétisme, qui ne donne jamais, selon l’auteur, un résultat conforme à l’original, mais une copie trouble qui contient un potentiel de menace par dérision et pastiche.

Cette confrontation théorique vise à éclairer quand et comment le passeur de frontières peut-il devenir brouilleur de frontières, et quelle menace pour l’ordre établi et quelle promesse d’émancipation, s’il en est, ce brouillage peut-il engendrer, et sous quelles conditions. L’actualité politique et épistémologique d’une telle comparaison réside dans le regard critique qu’elle permet de jeter sur le travail de médiation/représentation culturelle. En examinant les discours de/sur les figures féminines Hautement médiatisées, telles que Necla Kelek, Fadela Amara, Irshad Mandji, Ayaan Irsi Ali, qui bénéficient ou ont bénéficié d’une légitimité reconnue par le majoritaire en vertu de leur « authenticité », une approche informée par les théories Queer et postcoloniales est à même de révéler que le travail performatif de ces figures, qui réalise leur statut de porte-parole des femmes minoritaires opprimées, loin de provoquer une fissure dans la domination que vivent les immigrés, fortifie au contraire, en les patrouillant, les frontières qu’elles prétendent allier.

 

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Bilodeau, Pier-Luc

Département des relations industrielles, Université Laval

 

L’action syndicale face au néolibéralisme : actualité du « Deuxième Front »

 

Octobre 1968… La Confédération des syndicats nationaux (C.S.N.) tient, à Québec, la 43e session de son congrès. À cette occasion, dans le cadre son « rapport moral », le président Marcel Pepin soumet aux délégués des syndicats affiliés une proposition ambitieuse : investir, en tant qu’organisation syndicale, d’autres terrains de lutte sociale, tels que la consommation et le logement, afin de confronter diverses menaces auxquelles sont confrontés quotidiennement travailleuses et travailleurs. Il nomme « deuxième front » cette offensive devant compléter l’action syndicale traditionnelle dans les milieux de travail.

 

Octobre 2008… À l’aube du trentième anniversaire de ce que Duménil et Lévy (2000) ont nommé le coup de 1979, le néolibéralisme s’est imposé comme doctrine dominante dans la gouvernance des sociétés occidentales. Trois décennies de dé/re-régulation des activités économiques, d’imposition d’une discipline financière aux gestionnaires d’entreprises et de démantèlement des programmes sociaux étatiques ont entraîné des conséquences néfastes sur les conditions d’existence des populations concernées : appauvrissement, précarisation, surendettement, etc.

 

Cette communication portera sur l’action syndicale et la défense des intérêts des travailleuses et des travailleurs en contexte néolibéral, au Québec et ailleurs en Occident. Retournant à la proposition soumise par Pepin (1968), il sera tenté de montrer toute l’actualité de celle-ci, notamment en regard du débat actuel ayant lieu dans les milieux syndicaux et universitaires au sujet des voies à suivre par le syndicalisme (« communautaire », « à valeur ajoutée », etc.) pour assurer sa pérennité et sa pertinence.

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Bologo, Eric

Univeristé Catholique de Louvain-la-Neuve, Belgique

Mondain, Nathalie

Université d’Ottawa, Canada

Ouédraogo, Oussimane

Université de Ouagadougou / ISSP, Burkina Faso

Nana, Pascal

Université de Ouagadougou / ISSP, Burkina Faso

 

Intentionnalité des chercheurs et objectifs de réduction des inégalités sociales de santé : le cas d’un observatoire démographique et épidémiologique en milieu urbain africain

 

Les systèmes de surveillance démographique (SSD ou observatoires de population) grâce au suivi des indicateurs démographiques et épidémiologiques qu’ils permettent constituent une source de données intéressante pour la santé des populations. Ces systèmes s’avèrent toutefois extrêmement contraignants tant pour les équipes qui en assurent la réalisation que pour les populations qui y sont soumises. Par conséquent ce mode particulier de recueil d’information provoque une lassitude croissante des populations qui y sont incluses. Celles-ci, souvent peu instruites et vulnérables économiquement, ne perçoivent pas l’intérêt que de tels dispositifs de recherche peuvent procurer, les questions auxquelles elles doivent répondre systématiquement ne faisant pas toujours du sens compte tenu des impératifs de gestion du quotidien auxquels ces populations sont soumises.

 

On se trouve donc dans une situation apparemment paradoxale, où intentionnalité du chercheur (non questionnée car apparemment éthiquement inattaquable) et intérêts perçus et vécus par la population étudiée semblent entrer en conflit. Plus encore, la mise en œuvre de méthodes de recherche dites participatives visant à impliquer davantage les populations dans ce qui est présenté comme allant dans leur intérêt et « bien être commun », finit nous semble-t-il, par contribuer au maintien des formes d’inégalités sociales existantes. Ainsi, contrairement à leur vocation, l’application de ces méthodes, devenues extrêmement populaires dans le milieu du développement, risque d’aboutir à la production de connaissances décontextualisées, puisque les référents et catégories sur lesquels elles se fondent ne font pas de sens pour ces populations. L’intentionnalité du chercheur peut-elle suffire pour rendre compte des inégalités sociales locales ? Est-elle en mesure d’entraîner un changement relatif aux conditions objectives d’existence des populations locales ?

 

La mise en place de tels dispositifs pose donc des problèmes à la fois éthiques et scientifiques qui sont exacerbés en milieu urbain où les contraintes de la vie courante rendent la réalisation de telles enquêtes difficiles. Pour rendre compte de ces enjeux deux recherches qualitatives ont été menées dans le cadre de l’Observatoire de population de Ouagadougou (Burkina Faso), la première cherchant à évaluer dans quelle mesure des activités d’informations et de restitution (ou l’absence de telles activités) influent sur la participation durable des habitants au système et la seconde à montrer l’importance d’une compréhension des dynamiques sociales existant dans les quartiers inclus dans l’observatoire.

 

Sur la base de ces deux recherches nous chercherons à montrer que la construction d’une « sociologie de l’intentionnalité » s’avère essentielle pour mettre en évidence ces décalages entre les dispositifs de recherche ou d’intervention mis en place et qui ont des effets directs et indirects sur les populations auxquels ils s’adressent d’une part, et la complexité de la réalité vécue par les populations étudiées d’autre part. Une telle construction s’appuiera sur la notion de réflexivité ainsi que sur la démarche adoptée par Norman Long et qui repose sur un cadre analytique spécialement conçu pour saisir les rapports entre les différents acteurs impliqués dans un dispositif de recherche ou d’intervention dans le domaine du développement (actor-oriented approach).  

 

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Bradette, Julie

Département de sociologie, Université de Montréal

en collaboration avec

Sénéchal, Yan

Département de sociologie, Université de Montréal

et

Vibert, Stéphane

Département de sociologie et anthropologie, Université d’Ottawa

 

La théorisation des pratiques dans la réduction des inégalités sociales de santé

 

OBJECTIFS : Documenter et analyser les étapes initiales de la théorisation des pratiques dans une recherche participative. Permettre une meilleure connaissance de ce qu’implique cette démarche. Considérer la théorie comme une dimension centrale de la recherche participative et la théorisation ancrée comme un outil pour construire des pratiques réflexives.

MÉTHODES : Cette communication est basée sur l’étude d’une recherche participative en cours concernant les interventions de réductions des inégalités sociales de santé à Montréal. Elle repose sur une revue de littérature, une analyse de documents et l’observation participante.

RÉSULTATS : L’appel pour un usage de la théorie sociale est une préoccupation grandissante dans les recherches en santé publique. Bien souvent, la théorie sociale est utilisée pour orienter ces recherches en amont, comme en témoigne la théorie du capital social. Une telle démarche pose problème, dès lors qu’il s’agit de théoriser les pratiques qu’implique une recherche participative. De fait, comment tenir compte à la fois des divers intérêts et des différents objectifs des acteurs – chercheurs, gestionnaires, intervenants, bailleurs de fonds, etc. – participant à ce genre de recherche ? La « théorisation ancrée » permet de surmonter cette difficulté, par une démarche inductive dont le point de départ se situe dans les pratiques concrètes.

CONCLUSIONS : Si elle permet de théoriser les pratiques partenariales dans les espaces socio-sanitaires, la théorisation ancrée favorise également la généralisation des expériences. C’est dire qu’elle a le potentiel de permettre l’élaboration d’outils pour mener une recherche participative sur les interventions de réduction des inégalités sociales de santé.

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Brochu, Paul

Faculté des arts et d'administration des affaires, Collège universitaire de Saint-Boniface(Manitoba)

 

Émergence, institutionnalisation et croissance de l’économicisme contemporain : Analyse du développement d’une forme coopérative au Québec (1963-1996)

 

Pour que l’on conçoive une séparation entre l’économie et les autres domaines d’activités sociales, l’économie doit être vue comme formant un système autonome (Louis DUMONT 1977, Karel KOSIK 1978). Or cette vision est celle d’une pensée spécifique appliquée aux comportements humains et à l’échange, i.e. celle de la science physique. Que sa position soit celle du positivisme dur ou tempéré, l’économicisme assume donc un ordre naturel de fait. Or, malgré la ressemblance fondant l’analogie entre le monde de la nature physique et celui de l’économie, une différence fondamentale subsiste entre ces domaines de faits : Le système économique est fondé sur une institutionnalisation des règles du marché définies comme étant naturelles (Karl POLANYI 1944, Romain LAUFER 1990). Cette différence est plutôt importante du point de vue de la sociologie économique : Nous pourrons voir qu’elle permet de définir l’économie non plus comme étant relative à des lois de la nature (« économicisme ») mais plutôt à la culture d’une société, i.e. comme construction sociale. Ce processus d’institutionnalisation constitue pour la sociologie l’objet d’étude principal. Nous proposerons, à partir des travaux de Karl Polanyi (1944, 1957) et Mark Granovetter (1985, 1990, 1992), de renouer avec ce point de vue analytique de l’économie comme  « procès institutionnalisé » dans l’analyse d’une forme coopérative d’économie financière au Québec où émergera et se développera cet « économicisme » dans les années ‘80.

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C

 

Carpentier, Normand

Centre de recherche, Institut universitaire de gériatrie de Montréal

Département de sociologie, Université de Montréal

 

Une coexistence précaire entre le social et le médical dans le cas de maladies chroniques

 

Avec le vieillissement des populations, les sociétés occidentales sont plus que jamais appelées à effectuer une réflexion sur les personnes âgées, sur leur condition, leur sort ou les façons de les assister dans les épreuves qu’eux et leur famille auront à traverser.   Une de ces épreuves est l’apparition et le développement d’une maladie chronique, principalement celles pour lesquelles la médecine n’a pas encore de réponse et qui, par conséquent, vont mobiliser d’importantes dimensions sociales.   Il se développe ainsi un Modèle social des soins (MSS) qui se trouve, sous bien des aspects, à l’opposé d’un Modèle institutionnel modelé à l’intérieur du paradigme médical. À l’intérieur d’un MSS, les organisations d’assistance sont constituées en réseaux, dispersées géographiquement, sans tête dirigeante, et basées sur des approches ou des méthodes d’intervention qui peuvent se situer en opposition les unes avec les autres.  Certains services sont programmés par des décideurs, d’autres issus du privé ou émergeant d’une expérience communautaire.  Le monde médical doit progressivement s’adapter à ces changements en profondeur dans l’organisation des soins.  Cette communication s’inscrit dans la réflexion sur les services aux citoyens dans un contexte de vieillissement des populations.  Issue de diverses disciplines, une équipe de recherche a entrepris en 2003 un suivi longitudinal de 60 aidants de personnes atteintes de démence de type Alzheimer.  Nous présenterons dans cette communication les grandes lignes de ce projet avant de partager des réflexions sur la production des connaissances permettant d’alimenter les débats sur les grandes questions sociales, notamment le partage des responsabilités et les rapports marchands.  Les trajectoires de soins qui peuvent s’étendre sur plus de 10 ans et une forte proportion de l’aide s’inscrivent à l’intérieur de rapports humains.  Notre démarche analytique est basée sur une sociologie relationnelle (M. Emirbayer) et l’application de diverses méthodes : réseaux sociaux, représentations sociales et approches séquentielles.  Notre étude s’inscrit dans une démarche d’analyse des pratiques sociales et des conduites culturelles permettant de mettre à jour la diversité des réponses des familles, de révéler les solutions et les stratégies de chacune, compte tenu des ressources existantes (familiales, publiques, privées, communautaires).  Nous pensons que c’est à partir de la compréhension du fonctionnement des familles, et non pas à partir des logiques de fonctionnement des services publics, privés ou communautaires qui sera possible d’apporter des solutions novatrices à ces populations aux prises avec des problèmes de santé chronique.

 

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Collin, Johanne

Faculté de pharmacie, Université de Montréal

 

Les ambiguïtés du discours de santé publique face à la consommation de médicaments

 

Depuis le milieu du 20e siècle, les enjeux de la santé publique se sont réorganisés autour d’une série de transformations (essor de l’industrie pharmaceutique d’envergure internationale, développement des spécialités médicales, institutionnalisation des champs de l’épidémiologie et de la promotion de la santé) faisant de la santé, non pas un simple objectif, mais une véritable norme. La «nouvelle» santé publique se fonde dès lors sur une transformation épistémologique majeure de ce que signifie, socialement et médicalement, être malade (ou en santé) aujourd’hui. Passant d’entités discrètes à variables continues, les deux composantes du couple santé/maladie se voient désormais disposées sur un continuum borné, d’un côté, par le noyau dur de la maladie avérée et  de l’autre, pas sa valeur antinomique qu’incarne l’objectif de la santé parfaite. Entre ces deux pôles, l’identification de facteurs et de niveaux de risque constitue le principal dispositif à partir duquel se redessinent les contours de la maladie et se reconfigure la notion de prévention. Cette nouvelle conception de la prévention, à laquelle participe et souscrit la santé publique, place le médicament au cœur des interventions de santé. En effet, tant la détection des signes avant-coureurs de la maladie, que le contrôle de ses formes chroniques donnent désormais lieu à une prévention de type pharmacologique. Pourtant, la surconsommation et le mésusage des médicaments constituent l’un des problèmes majeurs identifiés par la santé publique au cours des dernières années. Cette communication visera à lever le voile sur cet apparent paradoxe.

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Coutu, Benoît

Département de sociologie, Université du Québec à Montréal

 

De l’intervention d’humanité à l’intervention humanitaire : essai de sociologie critique à propos de l’évolution d’une pratique internationale

 

Le sujet de notre thèse est l’intervention humanitaire. Appréhendant celle-ci comme une médiation, nous butons sur deux positions que nous cherchons à dépasser. D'un côté, les nombreux ouvrages de sciences politiques concernant l'interventionnisme humanitaire contemporain mettent généralement l'accent sur l'évolution de son cadre normatif, la transformation de ses modalités opérationnelles, la mutation de la nature des conflits ainsi que la multiplication des acteurs humanitaires. D'un autre côté, l'analyse sociologique et anthropologique de cette pratique est largement dominée par des paradigmes post-structuralistes (du procès sans sujet ni fin, de la subjectivité par la structure) qui reproduisent des apories épistémologiques qui évacuent des dimensions importantes d'une compréhension des transformations fondamentales que connaissent nos sociétés, surtout en ce qui concerne les relations internationales. Dans le cadre de ce colloque, nous proposons une analyse socio-historique de l'intervention humanitaire contemporaine en remontant au principe d'« intervention d'humanité » rattaché à l'impérialisme moderne du 19e siècle. Au travers cette évolution, nous postulons que nous passons d'un impérialisme du sujet (civilisationnel) à un impérialisme du projet (systémique). En partie inspiré par la sociologie dialectique freitagienne, c'est alors la question des transformations des modes de régulation et de reproduction de nos sociétés, telles qu'elles sont manifestées par l'interventionnisme, que nous devrons interroger.

Autre:

Champ de spécialisation : sociologie politique.

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Curty, Gaël

Institut de sociologie, Université de Neuchâtel

 

Critique de l’économie et économie de la critique. Une analyse des critiques sociologiques du capitalisme

 

Dès ses débuts la sociologie s’est constitué en opposition au champ économique et s’est illustrée par des critiques à son égard (Bourdieu, 1992, 1997 ; Laval, 2002). Son opposition principielle s’est maintenue jusqu’à nos jours au travers de nombreux courants allant –sans prétendre à l’exhaustivité- de l’École de Francfort (Adorno, Horkheimer, Honneth) à la sociologie pragmatique (Boltanski, Chiapello) en passant par le « poststructuralisme » (Foucault, Deleuze, Bourdieu). Les sociologues qui se sont penchés sur ce phénomène ont considéré les critiques sociologiques de l’économie comme l’expression d’un ressentiment et d’une frustration relative (individualisme méthodologique), d’une lutte pour la domination sociale et symbolique (structuralisme constructiviste) ou d’un sens aigu de la justice (sociologie pragmatique).À partir d’une recherche qualitative basée sur des entretiens semi-directifs avec des sociologues suisses, ma communication a pour objectif de tester ces différentes perspectives théoriques en faisant une analyse à la fois de la construction de l’habitus critique des sociologues et de leurs critiques de l’économie (capitalisme, globalisation, néolibéralisme).

Après avoir exposé et analysé les prises de position des sociologues en fonction de leurs caractéristiques sociales (origine, position et trajectoire) et leurs critiques par l’identification des sources d’indignation et des appuis normatifs qui les soutiennent, ma présentation aborde les formes spécifiques que prennent leurs discours (dévoilement, dénonciation, litige, différend) ainsi que les éventuels retours à l’accord (compromis, arrangement) imaginés par ces acteurs particuliers.

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D

 

de Almeida Júnior, Antônio Ribeiro

Sociology Department, Universidade de São Paulo (Brazil)

en collaboration avec

Lestinge, Roberto

Applied Ecology, Universidade de São Paulo (Brazil)

 

Brazilian journalism and environmental issues: the case of Jornal Nacional

 

Since 1985, Brazilian society is formally democratic with fairly free elections. The previous dictatorship established a large television system which was crucial to social control. This system covered the totality of Brazilian territory and had Rede Globo as its main player. In its beginnings Rede Globo received money from Time-Life Group (HERMAN; McCHESNEY, 1997) an action that was forbidden by the Brazilian law, which considered mandatory the property of mass communication companies by Brazilian born persons. A Parliamentary Commission investigated those connections and suggested the end of the association between Globo and Time-Life. But before that, the dictatorial government dissolved the Parliament and the connection was not officially questioned anymore.

Among Globo´s programs, Jornal Nacional (National News) is probably the most influent ideologically. Jornal Nacional is the television news with the biggest audience in Brazil, far ahead the second player. Some nights it reaches more than 80 million people simultaneously. Jornal Nacional is financed by explicit advertisers, mostly banks and car manufacturers.

We analyzed the news presented to the Brazilian population by Jornal Nacional with the Propaganda Model proposed by Edward Herman and Noam Chomsky in their book Manufacturing Consent. This model shows two different sets of assumptions about the news, when they are to be controlled by interested agents. The first one, that we can name filter theory, forecasts information suppression to conform news to the interests of powerful social agents. The second set forecasts exaggeration in the information publicized. In these two scenarios, the result is an intentional distortion of reality by the news program.

Specifically, we used the propaganda model to evaluate the messages produced by the Jornal Nacional about environmental issues. The results of this evaluation is revealing of distortions in the information offered to the public. For example, the information broadcasted about two dams to be built in the Madeira River (Amazon Basin) is severely incomplete and misleading, which probably impairs a correct understanding of those issues by the population and so compromises its political decisions.

References:

HERMAN, E.; CHOMSKY, N. Manufacturing consent: the political economy of media. New York: Pantheon, 1988.

HERMAN, E; McCHESNEY, R. Global media: the missionaries of global capitalism. Herndon: Cassel Academic, 1997.

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de Gaulejac, Clément

Artiste, Montréal

en collaboration avec

Uhl, Magali

Département de sociologie, Université du Québec à Montréal 

 

Formes et mutations de la critique sociale dans l’art contemporain

 

L’art constitue un champ de pratiques où se réinventent régulièrement des formes de critique sociale à travers des déplacements, des ruptures, des contestations des codes régissant à la fois les canons esthétiques et les règles de vie d’une époque. Ainsi les tableaux que Manet présenta dans les salons des années 1860 firent scandale pour leur critique du classicisme - « vous êtes le premier dans la décrépitude de votre art » lui dit Baudelaire admiratif - en même temps qu’ils amorçaient le mouvement impressionniste conjoint à l’invention d’un nouveau style de vie.

Qu’en est-il de l’art aujourd’hui ? Deux changements récents traversent ce champ. Le premier concerne l’intégration massive des artistes dans les circuits institutionnels avec l’importance de l’Etat par ses subventions et ses musées, et l’essor sans précédent des galeries privées. Le second, d’ordre contextuel, porte sur les mutations du monde contemporain, c’est-à-dire sur l’objet potentiel de la critique sociale : globalisation, sophistication des dispositifs organisationnels, individualisme, désymbolisation… Quels sont les effets de ces changements sur la manière de faire de la critique par l’art aujourd’hui ? L’institutionnalisation de l’art provoque-t-elle une domestication et un surcroît de contrôle des créations, un désamorçage de leur potentiel critique, ou plutôt une série de déplacements dans les formes artistiques elles-mêmes ?

Les travaux d’artistes contemporains s’inscrivant dans la quotidienneté avec une réflexion sur les modes opératoires, en s’appuyant sur les ressources du jeu, du décalage et de la mobilisation éphémère des spectateurs pour susciter leur réflexivité critique, nous donnent quelques indices. Sous cet angle, l’art contemporain n’apparaîtrait plus comme totalisant, à l’image des années soixante, mais fragmentaire, univoque mais équivoque, global mais micropolitique, unilatéral mais participatif, utopique mais hétérotopique.

Cette communication en binôme invite, par son dispositif même, à un dialogue entre l’art et la sociologie. C’est en particulier à partir du travail conceptuel de Clément de Gaulejac que nous donnerons des éléments de réponse à ces questions, afin de préciser les stratégies discursives et formelles sur lesquelles s’appuient certains créateurs contemporains pour exprimer leur conception du changement social et proposer des alternatives aux logiques socio-économiques d’aujourd’hui.

Autres :

www.calculmental.org

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Després, Carole

École d’architecture, Université Laval

een collaboration avec

Joerin, Florent

École supérieure d’aménagement, Université Laval

 

Transdisciplinarité et participation (recherche-action)

 

Comprendre les milieux urbains et y intervenir est plus facile lorsque non seulement on dépasse les approches disciplinaires, mais quand on adopte une approche transdisciplinaire, caractérisée par l’intégration des apports de plusieurs acteurs, porteurs de savoirs différents et de valeurs différentes, bref de rationalités différentes. Du croisement de quatre types de savoirs, scientifiques, techniques, esthétiques et éthiques, portés par divers groupes, scientifiques, fonctionnaires et politiciens, citoyens et créateurs, émerge un nouveau savoir, intersubjectif, qui est plus que la somme des précédents. Deux exemples de processus participatifs orchestrés par le Girba seront présentés : L’avenir des banlieues de première couronne et le Projet Pacte-Myrand. Dans les deux cas, des rencontres de travail échelonnées sur plusieurs mois ont abouti à l’élaboration d’un plan d’aménagement lors d’une session intensive de design participatif, ou charrette. Ce plan matérialise le consensus sur les orientations, les objectifs et les moyens d’action, graduellement atteint durant les étapes du processus.

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Dion, Richard

Département de sociologie, Université du Québec à Montréal

 

Violence et idéologie. Analyse de l’œuvre de René Girard comme pensée légitime de la lutte contre le terrorisme

 

René Girard est central pour une étude de la violence dans les sciences sociales. Sa notoriété et son influence ne cesse d’être démontrées par les nombreux colloques et groupes de recherches qu’inspirent l’œuvre de cet auteur. Cependant, il y a très peu de critiques par rapport au lien qui existerait entre l’œuvre de Girard et la conjoncture historique dans laquelle elle se produit. Il s’agit donc de démontrer l’existence d’un lien organique entre la pensée de cet auteur (particulièrement dans ses ouvrages publiés les dix dernières années) et la perspective de la fin de l’histoire. La pensée « scientifique » de Girard, axée sur l’héritage moral du christianisme, a la prétention de résoudre le problème moral et éthique de la violence. L’œuvre de Girard s’inscrit dans le contexte de la société américaine et par le fait même, sa pensée est typique à son pays d’accueil. Le darwinisme social auquel il se revendique est en réalité une forme de légitimation de la puissance des États-Unis qui sans directement le mentionner, fait une distinction entre un monde civilisé, qui nous aurait révélé les mécanismes de la violence et un monde barbare (ou archaïque), encore pris dans le piège du mimétisme social et de la logique du bouc émissaire.

Autre:

Champ de spécialisation : sociologie politique.

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DION, Rosalie

Département de sociologie, Université de Montréal

 

Le développement d’une pensée séculière par la diffusion de la religion : une sociologie des humanistes

 

Ancré dans une perspective historique, cette présentation cherche à mettre en application une relecture de la théorie wébérienne de la « rationalisation éthique » comme facteur explicatif de la reconfiguration moderne du rapport entretenu entre les individus et la religion. Un retour sur les changements survenus dans la pensée religieuse de la Renaissance — pensée mise en contraste avec la situation religieuse des populations du Moyen-Âge — permet de mettre en évidence le passage d’une religion syncrétique, ritualiste et imprégnée de magie, à un christianisme épuré, intériorisé et rationnel. L’étude de la pensée religieuse de l’humaniste Érasme de Rotterdam, pris comme « figure historique » porteuse de cette transformation, pointe vers la diffusion à la Renaissance d’un christianisme compris comme système philosophique compréhensif dépouillé de son caractère mystique. Cette diffusion d’un « esprit » chrétien, et l’importance accordée à la mise en œuvre d’une conduite de vie méthodique spécifiquement orientée vers le salut, participe au premier chef d’un processus de « quotidianisation » du charisme religieux, prélude essentiel, dans une perspective wébérienne, à la « rationalisation éthique » et à l’autonomisation de la sphère religieuse dans la vie sociale.

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Dubois, Dominic

Département de sociologie, Université du Québec à Montréal

 

Mouvements sociaux et identités sexuées. De l'identité pathologique au droit à l'identité

 

Le transsexualisme correspond en psychiatrie à un trouble de l'identité sexuelle caractérisé par un sentiment d'inconfort permanent relatif au sexe biologique, qu’on voudrait corriger pour qu'il corresponde au genre et au sexe revendiqués. Aujourd'hui, différents débats quant au transsexualisme, notamment sur la légitimité de sa pathologisation, laissent présager une transformation des enjeux sociaux qu'il suppose. On assiste à un déplacement de la problématisation du transsexualisme défini comme de l’identité pathologique à une revendication en terme de droit à l'identité. Il s'agit moins de définir le phénomène avec les termes du normal et du pathologique propres à la médecine et à la psychiatrie que dans ceux d'une quête de reconnaissance identitaire politique, juridique et sociale. Un arrêt récent de la Cour européenne des droits de l'homme vient appuyer un tel constat : la transformation du sexe y apparaît légitime selon la norme juridique d'autonomie de la personne qui affirme « le droit pour chacun d'établir les détails de son identité sexuelle » (Lochack, 2007). De la même manière, l'inscription du transsexualisme comme dimension du militantisme LGBT (pour lesbiennes, gays, bisexuelLEs et transsexuelLes / transgenres) suppose une évolution similaire. Il s'agit alors de faire reposer la légitimité de la revendication transsexuelle moins sur la souffrance que de la faire apparaître comme une identité possible et légitime, au même titre par exemple que l'homosexualité. C'est dans cette optique que le Conseil québécois des gais et lesbiennes, lors de la Consultation générale de la Commission des affaires sociales relativement au projet de loi n°63 (loi modifiant la charte des Droits et libertés de la personne), a revendiqué l'inscription de l'« identité de genre » comme motif de discrimination pour protéger les personnes transsexuelles et transgenres, « qui ne peuvent s'identifier en fonction de leur sexe de naissance » et ne seraient pas protégées par la Charte des droits et libertés. Cette communication permettra d'explorer et d'expliciter comment la problématisation du transsexualisme émergeant actuellement doit s'entendre en relation avec les mutations historiques de l'individualité et des formes identitaires (Dubar, 2000). Les identités transsexuelle et transgenre défendues par les mouvements LGBT supposent une transformation des formes de l'individualité ainsi que des modalités d'expression et de signification de l'identité personnelle comme expérience d'être soi sexuée. Au final, il s'agira de s'interroger sur la manière dont les discours des groupes de défenses des personnes transsexuelles et transgenres sont porteurs de ces mutations historiques.

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Duclos, Alexandre

Socio-anthropologie, Université Paris 1 Panthéon Sorbonn

 

Les formes modernes de cosmopolitisme. Un nouvel outil pour la critique sociale

 

Cette communication a pour but d’éclairer un fait social particulier que nous nommons cosmopolitisme. Par cosmopolitisme, nous désignons cette part du lien social qui définit ce qu’est, dans une communauté donnée, à un moment de son histoire, l’idée que l’on se fait du monde en général et de l’humain en général. Ainsi on pourra agir dans un monde clos, dans lequel l’humain est une créature de dieu, agir dans un monde exploitable peuplé d’êtres fonctionnels, ou agir dans un monde infini peuplé d’amis et d’imprévus. Il s’agit essentiellement pour nous de forger pour les Sciences Sociales un concept fécond théoriquement et utile pratiquement.

Déployer le concept de cosmopolitisme en socio-anthropologie consiste en un effort conceptuel pour investiguer une part de la culture : celle qui définit l’humain et le monde. Nous faisons l’hypothèse que les sociétés modernes connaissent une situation exceptionnelle dans leur relation à cette part de la culture. La Modernité comme exception du point de vue la culture ? Au-delà du légitime questionnement sur la crise de la culture ou la crise de l’humanisme*, nous nous proposons de créer un concept à même de rendre compte des conséquences sociales de ces crises. La culture mondialisée parle-t-elle seulement ? Peut-elle produire de l’intégration avec cette même facilité qui la caractérise dans la création de forme de régulation ? La culture mondiale comme fait ou comme projet est un objet aussi inévitable que difficile à identifier.  La mondialisation  a suscité une abondante littérature. Nous discuterons essentiellement les auteurs ayant pensé un lien entre mondialisation et cosmopolitisme : Ulrich Beck, Bertrand Badie, Etienne Tassin, et Jürgen Habermas**.

En s’attaquant à la question des modalités sociales d’une citoyenneté mondiale, ces quatre auteurs sont au cœur de notre problématique, ce d’autant plus que leurs réflexions ont une dimension programmatique. Pour discuter leurs conclusions, nous utiliserons nos récents terrains à Alexandrie, à New York et à Pristina. Au Kosovo notamment, notre terrain permet de mettre regard théorie et pratiques transnationales, idéologie et réalités sociales. Depuis 1999, un mode de gestion transnational a été importé au Kosovo. Il a probablement montré ses étroites limites. Incapable de donner naissance à une cité politique, il représente un risque pour l’existence même de liens sociaux au sein de ce territoire. Le questionnement cosmopolitique permet de faire apparaître la vision d’un monde carcéral, partagée par les communautés serbes, albanaises et les personnels internationaux.

* Hannah Arendt décrit cette situation dans une formule laconique pour décrire le monde moderne « fuyant la terre pour l’univers et le monde pour le Moi ».(Cf. La condition de l’homme moderne, Prologue). Nous voulons nous donner les moyens d’enquêter sur la réalité dans la vie sociale de ces transformations de la culture et sur l’impact leurs impacts sur les processus de socialisation et de communalisation.

** Ulrich Beck, Qu’est ce que le cosmopolitisme (2006). Bertrand Badie : La Fin des territoires. 1995Un monde sans souveraineté, 1999. Etienne Tassin : Un monde commun, 2003. Jürgen Habermas, Après l’État Nation, une nouvelle constellation politique (2000) La technique et la science comme idéologie (1973), L’intégration Républicaine (1998).

Autres :

Je suis doctorant et enseignant en Socio-anthropologie à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Ater (professeur assistant) en socio-anthropologie à l’Université Paris Panthéon Sorbonne. Doctorant en Socio-anthropologie sous la direction de Sophie Poirot Delpech et Alain Gras. Je travaille sur les formes modernes de cosmpolitisme. En Octobre, j’aurai soutenu ma thèse et je commencerai un post doctorat à l’Université Laval (sous la direction de Marie France Maranda au CRIEVAT), sur le monde commun transmis dans les processus éducationnels dans la ville de Québec.

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E

 

Esquivel Sada, Daphné

Département de sociologie, Université de Montréal

 

Nature et technique d'après les nanotechnologies

 

La distinction entre nature et artifice est depuis au moins l’Antiquité fondée sur un rapport dialectique et mouvant. Suivant les époques, le naturel et l’artificiel étaient vus comme davantage correspondants ou antagonistes. Avec le développement des fondements de la science moderne, cependant, leur rapport dichotomique fut instauré. Les dualismes entre nature et artifice et entre sujet et objet ont en effet été parmi les conditions premières de l’institutionnalisation de la science moderne, légitimant la conception de la nature en objet de connaissance et de manipulation et celle de l’humain en sujet connaissant et agissant dans le monde. Ces catégories passent néanmoins par des transformations socio-symboliques importantes depuis la dernière moitié du XXe siècle. À l’heure actuelle, les nanotechnologies semblent constituer la radicalisation ultime du processus de renversement épistémologique de la nature et de la technique entamé notamment avec la cybernétique et la pensée postmoderne. D’une part, l’une des conditions heuristiques des nanotechnologies est l’équivalence épistémologique entre le naturel et l’artificiel, d’autre part, leur potentiel technologique dit révolutionnaire repose sur l’hybridation matérielle de ces entités elles-mêmes. L’objectif premier de notre présentation est de dégager les représentations de la nature et de la technologie dont les nanotechnologies sont porteuses. Il s’agira de décortiquer une dynamique à double-voie qui les caractérise, et qui est à première vue paradoxale, consistant en l’artificialisation de la nature et en la naturalisation de la technique. Une fois mieux saisie la spécificité du rapport entre nature et technique à l’ère des nanotechnologies, nous soulèverons des enjeux sociaux, culturels et éthiques qui en découlent.

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F

 

Filion, Jean François

Département de sociologie, Université du Québec à Montréal

 

Le réalisme ontologique comme fondement de la critique en sociologie selon Bhaskar et Freitag

 

En sociologie, le paradigme du «réalisme ontologique» consiste à admettre l'existence, par-delà la pratique empirique, d'une réalité objective de structures normatives de sens, par exemple, la société comme entité sui generis. Les deux principaux représentants actuels du réalisme en sociologie ont élaboré indépendamment l'un de l'autre dans les années 1980 des théories similaires de la connaissance sociologique; il s'agit du réalisme critique, fondé par le Britannique Roy Bhaskar, et la sociologie dialectique, fondée par le Canadien Michel Freitag. Ces deux écoles théoriques partent du même constat suivant lequel la théorie critique en sociologie doit se ressourcer à travers une réappropriation du réalisme propre à la tradition hégélianomarxiste.

Elles se présentent toutes deux comme des alternatives aux courants dominants du XXe siècle, à savoir le postmodernisme, le nihilisme et le néolibéralisme, qui partagent la caractéristique de se fonder sur la même ontologie antiréaliste, le nominalisme (López et Potter, 2001; Freitag, 2003). La présente proposition de communication vise à exposer les résultats préliminaires d'un projet de recherche amorcé en 2006 qui consiste en une étude comparative entre le réalisme critique et la sociologie dialectique, en tant que théories concrétisant le vœu qui fut émis il y a plus de vingt ans par Giddens pour que la théorie sociologique maintienne les questionnements ontologiques et n'en remette pas exclusivement aux épistémologies positivistes (Giddens, 1987). Le noyau de cette recherche vise à évaluer le rôle fondamental de la conception dialectique de la société à travers la dualité pratique/structure que l'on retrouve dans la connaissance de réalité sociétale, qui est présente à la fois hors de l'acteur et existant à travers sa pratique. Notre communication articulera les trois domaines suivants: (1) les fondements du réalisme ontologique en sciences sociales, (2) l'articulation entre le théorique et l'éthiconormatif, (3) les approches épistémologiques et méthodologiques. Essentiellement transdisciplinaires, les théories réalistes articulent épistémologie et éthique en renouant avec la tradition sociologique des grandes synthèses.

Selon Bhaskar et Freitag, la revivescence du réalisme, que l'on constatait chez Marx et Durkheim, est un paradigme qui permet de critiquer la fatalité de la mondialisation du capitalisme technologique qui s'alimente du nominalisme ontologique prédominant en sciences sociales, notamment en science économique. Le réalisme ouvrirait des horizons de sens pouvant contribuer à freiner l'artificialisation virtuellement illimitée de l'environnement social et naturel qui accroît les risques technologiques pour les générations futures (Beck, 2001).

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Fontar, Barbara

Elico – Université Jean Moulin, Lyon 3

 

La critique sociale et ses dimensions. Tentative de modélisation de la critique comme activité sociale

 

Dans le cadre de ma thèse de doctorat*, j’ai interrogé l’activité critique de l’émission de télévision française Arrêt sur images (ASI), présentée par Daniel Schneidermann. Je me suis notamment demandée dans quelle mesure une émission de télévision peut se poser comme un acteur critique de cette même télévision et dans quelle mesure un journaliste peut se poser comme un acteur critique du journalisme. Ces questionnements trouvaient leur origine dans les commentaires que l’émission suscite tant dans l’espace médiatique que dans l’espace universitaire. Concernant ce dernier, les quelques travaux qui s’intéressaient à l’activité critique d’ASI envisageaient cette émission à partir d’un présupposé, laissé à l’état d’implicite, issu de la théorie bourdieusienne, selon lequel on ne peut émettre de point de vue critique sur un champ dès lors que l’on appartient à ce champ. Cela m’a conduit à une question importante : existe-t-il une loi de la critique, en d’autres termes, un manuel strict, un modèle unique de la critique comme activité sociale ?

Pour répondre à cette question, j’ai exploré une littérature interrogeant l’activité critique et son auteur, le critique, afin de produire un état des lieux – non exhaustif  – de la pensée sur la critique. Le choix des auteurs repose sur le fait qu’ils pensent et approchent la critique comme une activité sociale : Reinhart Koselleck, Montesquieu, Roland Barthes, Pierre Bourdieu, Luc Boltanski et Michael Walzer. Chacun de ces auteurs dressent les caractéristiques de la critique et dessinent le portrait du critique.

Ce faisant, j’ai pu constater qu’il n’existe pas de modèle strict entre la distance du critique et son objet, et que parmi les auteurs sollicités, tous ne postulent pas une extériorité entre l’objet critiqué et le critique pour que sa critique soit véritable et légitime. Au contraire, certains auteurs remettent en cause ce qu’il considère être une idée toute faite selon laquelle le critique doit être distancié de son objet.

Mais ce ne fut pas la seule découverte. A l’aune de cette exploration, j’ai également constaté que la critique comme activité sociale comporte diverses dimensions dont les modalités peuvent varier, voire, à l’instar de la dimension « position énonciative », s’opposer d’une pensée, d’un modèle à l’autre. J’ai donc identifié des entrées, des clés d’analyse permettant de modéliser l’activité critique. Je souhaiterais, lors de cette communication, proposer un bilan de cette modélisation de la critique comme activité sociale.

 

* « Modèles de la critique et Arrêt sur images. Étude d’une entreprise critique comme activité sociale », Thèse de doctorat, sous la direction de Jean-Pierre Esquenazi, soutenue le 13 décembre 2007 – Mention Très Honorable avec Félicitations.

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Fontar, Barbara

Elico – Université Jean Moulin, Lyon 3

 

Arrêt sur images ou la difficulté de critiquer le travail des journalistes et plus largement les pratiques médiatiques dans et par l’espace médiatique

 

Les recherches sur la réflexivité télévisuelle française montrent que si la télévision se prend elle-même comme objet de discours, cette réflexivité n’est pas nécessairement critique. A quelques exceptions près, les programmes télévisuels dits « réflexifs » n’ont pas pour objet la critique des pratiques journalistiques et des discours télévisuels. On constate donc que la télévision française et ses faiseurs sont peu enclins à évaluer publiquement (insistons sur ce terme) leurs actes et à s’interroger sur ses pratiques et discours. L’arrivée d’Arrêt sur images (ASI) à la télévision française en 1995, mais surtout sa durée, douze ans d’existence, fait figure d’un ovni télévisuel.

Hormis à ASI*, les discours et les pratiques télévisuels sont en France, un objet dont on ne discute pas à la télévision, un objet « non-dit » et qui par là même ne fait pas débat à la télévision. Daniel Schneidermann ayant inventé ce référent télévisuel avec ASI, on peut dire qu’il prend pour objet ce dont on ne parle normalement pas à la télévision en mettant télévisuellement en jeu ce qui normalement télévisuellement hors-jeu. Que fait Schneidermann à ASI? Il critique les pratiques et les discours télévisuels qu’il considère comme problématiques au regard de la déontologie et de la grammaire du champ. C'est-à-dire qu’il prend pour objet ce qui va mal dans la (sa) société et le dévoile. Ce « ce qui va mal » est à la fois l’origine de sa volonté critique et son objet. Ce faisant, ASI illustre une dimension importante de la critique sociale que constitue son but : dévoiler ce qui va mal.

Mais prendre pour objet ce qui va mal dans les pratiques télévisuelles et le dévoiler publiquement est un exercice difficile pour la télévision elle-même. C’est dans une certaine mesure tendre le bâton pour se faire battre. Aussi est-il plus aisé de le taire. De fait, chercher à dévoiler publiquement ce qui va mal, prendre pour objet ce dont on ne discute pas s’avère un exercice difficile à réaliser, en tout cas publiquement. ASI a fait face à plusieurs conséquences majeures relatives à cet objet problématique normalement tu que Schneidermann veut dé-couvrir, dé-voiler, mettre en jeu alors qu’il est habituellement hors-jeu : la difficulté de faire venir pour dire, la difficulté de dire, le rejet de la critique par le milieu, la suppression de l’émission. Ce sont notamment ces réactions suscitées par cette activité critique que je souhaiterais développer.

* Puis à l’Hebdo du Médiateur à partir de 1997

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Fortier, Jean-François

Département de sociologie, Université du Québec à Montréal & professeur de sociologie, Cégep de Sherbrooke

 

No man’s land ou l’utopie de la gouvernance territoriale. Réflexion sur la désinstitutionnalisation des espaces de l’action politique

 

Notre thèse de doctorat questionne les transformations du statut de la spatialité, entre autres depuis que, de toutes parts, nombre d’élus, de gens d’affaires, de militants de droite comme de gauche, de chercheurs, d’aménagistes et autres spécialistes en « management des espaces », ont entonné un refrain étonnamment unanime : l’heure est à la « gouvernance territoriale ». En portant un regard critique sur le concept et quelques-unes de ses manifestations, nous proposons dans cette communication de dépasser l’idée d’une transition des espaces institutionnels en ancrant notre réflexion dans l’hypothèse radicale et négative de la « déterritorialisation », comprise comme désinstitutionnalisation des espaces de l’action politique. Radicale, cette hypothèse l’est à proportion de sa capacité à ressaisir le passage d’un statut de la spatialité ancré dans des modalités institutionnelles qui ont pris historiquement la forme de la territorialité stato-nationale, à un statut de la spatialité dont la logique dominante, organisationnelle, semble vouée à subvertir depuis l’intérieur le sens des dispositifs du premier. Négative, par ailleurs, elle n’induit rien quant aux modes de régulation qui en découlent, aux formes éventuelles de l’action politique ni quant au statut de la spatialité qui le supporte et en émane. C’est cela que nous voudrions soumettre à l’examen : et si nous faisions face à la « nouvelle frontière » des puissances technoéconomiques, elles-mêmes constitutivement engagées dans la décomposition des formes modernes de l’institutionnalisation politique de la société, la constitution du no man’s land de la gestion pragmatique du social ? Quand l’utopie déterritorialise… ?

Autre:

Champ de spécialisation : sociologie politique.

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Fortin, Andrée

Département de sociologie, Université Laval

en collaboration avec

Morin, Dominique

Département de sociologie, Université Laval

 

Penser la ville étalée

 

Dans un contexte de décroissance démographique et de changements climatiques, les villes québécoises s’étalent. Superficie de l’agglomération, nombre de ménages et véhicules y augmentent plus rapidement que la population. Résidences, commerces et lieux de travail se localisent de plus en plus en périphérie. Les aînés, de plus en plus nombreux, vivent désormais majoritairement en banlieue, et la perte de leur permis de conduire marque leur perte d’autonomie dans des milieux conçus pour des automobilistes. Les enfants, de moins en moins nombreux, grandissent surtout dans les secteurs les plus périphériques, et sont socialisés à un mode de vie reposant essentiellement sur l’usage de l’automobile individuelle. La majorité de la population, dans l’agglomération de Québec comme dans celle de Montréal, vit en banlieue et souhaiterait idéalement s’éloigner davantage du centre-ville. L’habitat, les fonctions urbaines, les modes de vie et les représentations sociales évoluent conjointement ; aussi la critique et l’action doivent les penser conjointement.

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G

 

Gagné, Natacha

Département de sociologie et anthropologie, Université d’Ottawa

 

L’appel à la coutume en Polynésie française et en Nouvelle - Calédonie : entre revendications de droits autochtones et destin commun 

 

En Nouvelle-Calédonie, on a assisté, depuis 2001, à la montée en puissance de mouvements disant agir au nom des intérêts du peuple kanak, « peuple autochtone », et qui se situent sur un tout autre registre que celui de la représentation kanak « traditionnelle » de la lutte indépendantiste depuis plus de vingt ans. L’Accord de Nouméa (1998) a rendu possible l’émergence de ce type de mouvement à deux titres : d’abord parce qu’il a ouvert la voie à des opérations industrielles minières de grande envergure dans le cadre du rééquilibrage économique entre les Provinces, ce qui a suscité des préoccupations environnementales sans précédent ; ensuite parce qu’il a engendré des reconfigurations politiques internes au monde kanak ayant fait passer les militants indépendantistes du statut d’activistes à celui de gestionnaires des institutions.

En Polynésie française, bien que plus timidement, plusieurs expriment aussi un intérêt grandissant pour les régimes d’exception, la coutume et la culture ancestrale ainsi que pour les droits autochtones. Les Polynésiens, comme les Kanak, sont d’ailleurs très intéressés par la reconnaissance accordée aux droits et identités autochtones dans d’autres pays.

En Nouvelle-Calédonie, ces mouvements qui s’articulent en termes d’autochtonie surviennent à quelques années du moment où les Néo-Calédoniens se prononceront sur l’accession du territoire à l’indépendance tel que prévu dans l’Accord de Nouméa. En Polynésie française, semblables mouvements s’affirment dans le contexte d’une autonomie accrue (loi organique de 2004) et d’une réduction considérable des transferts financiers de l’État. Dans ces contextes, les mobilisations et revendications qui empruntent la voie (relativement) nouvelle de l’autochtonie soulèvent donc plusieurs questions autour desquelles s’articulera la réflexion. L’approche de l’autochtonie est-elle compatible avec celle de l’indépendance nationale (ou de l’autonomie, en Polynésie) ? Les deux approches peuvent-elles être complémentaires ou ne sont-elles pas plutôt fondamentalement contradictoires ? Y a-t-il des risques à jouer sur les deux tableaux ? Qui, sociologiquement, porte ces revendications en termes d’autochtonie ? Quels sont les intérêts que certains acteurs peuvent en retirer ? Quels sont les intérêts de l’État et de la population majoritaire, par exemple ? Qu’en est-il de l’étendue de la souveraineté que sous-tend chaque approche ? Quelles en sont les limites ? Et surtout, quels sont les impacts sur le vivre-ensemble ou la coexistence ? Comment penser la citoyenneté ?

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Gaucher, Charles

École de travail social, Université de Moncton

 

La quête identitaire des Sourds : entre l’essentialisation et l’émancipation

 

Derrière l’affirmation « je suis Sourd » se dessine la quête identitaire d’un groupe de personnes dont la différence est invisible lorsqu’elle se tait et percutante lorsqu’elle s’exprime. Les personnes sourdes utilisant une langue signée au Québec, c’est-à-dire ceux qui se disent Sourds et fiers de l’être, refusant toutes formes d’euphémisation de leur spécificité, veulent de plus en plus affirmer et être reconnues comme des individus à la fois différents et égaux. Différents de qui? Égaux à qui? L’« entendant », ethnonyme désignant toutes les personnes qui vivent en dehors du monde de la surdité, constitue la figure de distinction par excellence de ce groupe identitaire pour le moins singulier. Elle est à l’origine du sentiment identitaire sourd tout en étant productrice, pour beaucoup de Sourds, d’une logique d’oppression, celle du « monde entendant ». Oppression qui est perçue à la fois comme un obstacle à la reconnaissance de leur identité différenciée et une entrave à leur plein accès à l’égalité. Plusieurs milieux sourds vont, pour contrer cette oppression, articuler leurs revendications identitaires à partir de la valorisation d’une différence culturelle proprement sourde (la culture sourde devant ici être considérée stricto sensu). Les militants et les intellectuels sourds considèrent ainsi, de par la langue qu’ils utilisent et qui leur appartient, qu’ils possèdent ou ont développée, des facultés qui leur sont exclusives. Le désir de reconnaissance de la différence sourde, à partir des définitions endogènes du groupe induites par ces experts, glisse facilement dans une recherche essentialiste de ce qu’est un « vrai » Sourd; recherche qui n’évite généralement pas l’incorporation de la différence dans l’expression de l’identité sourde. L’émancipation sourde, et ceci est le principal point qui sera défendu dans cette communication, doit se faire par la reconnaissance de leur langue, mais risque de s’atrophier si elle épouse les rhétoriques primordialistes voulant faire de la spécificité linguistique et culturelle des Sourds, une essence visant à déstigmatiser leur différence.

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Gendreau, Caroline

Faculté de droit, Université de Montréal

 

De l’amour du droit et de la connaissance sociologique du droit : aimer l’un est-il trahir l’autre ?

 

Si la distinction entre l’amour du droit —de quoi s’agit-il au juste ?— et la connaissance sociologique du droit semble nécessaire, l’affirmation qui consisterait à dire que cette distinction est facile et qu’elle peut être définitive paraît fort naïve.  À quelles conditions peut-on aimer l’un et l’autre ?  De quelle nature seraient ces conditions ?

Certaines sociologies du droit se situent d’emblée sur le terrain de la critique sociale et visent l’amélioration du droit.  D’autres tentent de résister à cette orientation pour favoriser une sociologie a-normative du droit, que celle-ci soit agréable ou désagréable en regard des intérêts sociaux valorisés à une époque ou à une autre, à gauche ou à droite, ainsi qu’en regard des intérêts valorisés par le chercheur lui-même.  La distinction entre ces deux orientations de recherche appelle un débat entre la critique scientifique et la critique sociale.  Ce débat n’est pas nouveau et il mérite l’attention des sociologues du droit.  Est-il possible d’apporter une contribution à ce débat sans prétendre détenir LA manière de pratiquer la sociologie du droit ?  Est-il possible de militer en faveur de l’explicitation d’une telle distinction en contribuant à jeter des ponts d’échanges et non à ériger des murs isolants ?  Est-il exclu qu’un chercheur puisse produire des travaux qui s’inscrivent dans une sociologie sociale du droit et d’autres travaux qui s’inscrivent dans une sociologie a-normative du droit ?  Est-il exclu qu’une sociologie a-normative du droit soit socialement utile ?

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Gentelet, Karine

Centre de recherche en droit public, Université de Montréal

 

La construction sociale du droit, un pas vers la critique ?

 

Dans cette présentation, je propose de regarder comment depuis quelques années, depuis entre autres le rapport Arthurs, le regard des juristes sur le droit a évolué. Ce nouveau regard plus critique sur le droit laisse un peu plus de place à la pluralité et à la complexité de la réalité et dont l’État n’est plus le cœur de l’édifice juridique. Pour ces juristes, le droit n’est plus cette chose immuable et intemporel. Il leur permet alors d’appréhender une nouvelle gestion des rapports de pouvoir, ce qui a comme conséquence de définir un autre chemin pour le droit. Un chemin qui intègre davantage l’identité des acteurs et qui tient un peu plus compte de leurs besoins et de la définition qu’eux-mêmes donnent de leur identité. Un chemin qui part de la base, des acteurs, pour ensuite remonter vers le Haut, vers l’État qui se trouve alors à intégrer des besoins et des critères qu’il n’a pas toujours contribué à définir. En outre, l’apport des juristes du Québec à une construction plus sociale du droit apparaît important, de part les questionnements sur l’identité que l’on connaît ici, mais également grâce au bijuridisme qui fait que ces juristes prennent souvent conscience très tôt des tensions qu’il peut exister au sein du droit. Que peuvent-ils apporter de plus ou de moins dans l’étude du droit et comment ils peuvent contribuer à enrichir la critique sociale ?

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Guerra, Vélez Jorge

Institut des Hautes Études en Amérique Latine – Université Paris III.

 

Variations dans l’interprétation et la critique d’un conflit, l’exemple de la Colombie

 

Les décennies 60 et 70 ont apporté énormément à la consolidation des sciences sociales en Colombie. Ils ont surtout permis, à ce moment des vagues idéologiques de gauche, qu’un nombre important d’hommes et femmes, professeurs, étudiants, ou militants d’organisations se confrontent à l’Etat à partir de sources théoriques afin de rendre compte des raisons de la conflictualité colombienne. Pendant la décade suivante, la situation variera : la réalité dépassera l’abstraction ; un nouveau carburant au conflit social colombien déjà allumé, le phénomène du narcotrafic se consolidera. Les recherches seront débordées ; ce qu’en Colombie on appelle « la culture mafieuse » va pénétrer dans l’ensemble des institutions et classes sociales, en impliquant l’élaboration de nouvelles propositions au-delà des questions classiques telles que lutte de classes, reforme agraire, impérialisme, pour arguer face à ce phénomène qui traversait l’économie, la politique, les rapports et les mœurs colombiennes. Dans les années quatre-vingt-dix, la perception du conflit couvrira  un éventail plus varié ; les sciences sociales se partageront entre des analyses tenant compte des caractères régionaux et locaux, et celles qui conserveront l’emphase sur la permanence de caractères inhérents aux conflit(s), jusqu'à aujourd’hui. Cette période sera particulière par les rapports plus ou moins directs entre centres de recherche et scientifiques sociaux avec les institutions ou  programmes mises en œuvre par le gouvernement. Les années du début 2000, s’identifient par les discussions sur la caractérisation de ou des conflits en Colombie, selon deux axes, l’un ayant lien étroit avec des discours d’une certaine officialité, sans pour autant être un écho de l’establishment, l’autre, constitué à partir des rapports directs entre chercheurs(es) et mouvement sociaux ou formes d’action collective.

Cette division par décennies n’est pas close, nonobstant elles est liée aux sursauts vécus par la société ; en Colombie ils se définissent par la formation des guérillas, l’extermination des militants de gauche, la guerre des et contre des cartels de la drogue, la Constitution 1991, l’expansion paramilitaire, ou l’ascension de la gauche à quelques charges de l’administration politique ; les facteurs exogènes étant la chute du mur de Berlin, la fin de dictatures et la transition démocratique dans le sud du continent américain, le positionnement de la gauche dans certains pays et l’internationalisation du conflit colombien lui même.

Ma proposition vise à une réflexion sur les paradigmes qui ont particulièrement secondée la recherche sur le conflit colombien et comment ils ont altéré ou arbitré l’accueil des travaux provenant de ce qui pourrait s’appeler le courant intellectuel de gauche.

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GUAY, Françoise Guay

Université de Montréal

 

Dilemmes de la critique sociale : le cas des discours sur la violence

 

Pour plusieurs, la pratique sociologique ne saurait se réclamer d’aucune légitimité si elle ne participe, explicitement ou implicitement, à la critique sociale des conditions faites à des populations ou des groupes en situation inégalitaire. La définition de ces groupes varie toutefois. L’observation du thème contemporain de la "violence" met ainsi en tension deux discours publics prépondérants : celui d'une réprobation de toute violence, soutenu entre autres par des chercheures, juristes et intervenantes féministes, et celui d’une mise en cause de la répression de la violence, soutenu notamment par des sociologues et criminologues critiques. On examinera comment ces thématisations sont déterminées par les exigences de l'espace public et comment elles sont remodelées par la confrontation avec des situations concrètes, toujours complexes et singulières.

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H

 

Hass, Catherine

Institut d’Études Européennes, Centre d’Études des Mutations en Europe, Université Paris 8

et

Hérard, Marianne

Centre d’Études des Mutations en Europe, Université Paris 8.

 

La critique sociale à l’épreuve de la jeunesse populaire. Le cas français

 

En quelques années, la catégorie de jeunes de banlieues est devenue, en France, une catégorie entièrement étatique. Cette catégorie, fondée par la sociologie dans les années 80 afin d’appréhender la jeunesse populaire, a été récupérée par l’État dans les années 90. Les jeunes de banlieues ont été dès lors identifiés à des jeunes dangereux. Les événements de 2005 ont donné lieu à une caractérisation supplémentaire de cette jeunesse, celle de victimes : victimes de leurs origines sociales, ethniques et résidentielles. Telles sont aujourd’hui les représentations circulant à l’endroit de ces jeunes, oscillant entre le pôle sécuritaire et le pôle victimaire. Alors que la situation de ces jeunes est extrêmement dure (leur taux de chômage est de 50%, un face à face avec la police s’est instauré dans nombres de cités causant la mort de plusieurs jeunes) la critique sociale est quasiment inexistante et propose rarement une autre approche de ces jeunes. Or, l’un des buts de la critique sociale est, selon nous, de remettre en cause ce « nomos », cet ordre du réel proposé aujourd’hui par l’État.

Comment mener aujourd’hui des recherches en direction de ces jeunes sans tomber sous le sceau des catégories de l’État ? Comment penser ces jeunes ?

Si l’un des préalables de la critique est d’interroger la pertinence des catégories instituées pour lire le social, c’est ce que nous avons mis en pratique lors d’une enquête menée auprès de ces jeunes dans un quartier de Paris, Les Halles*. Nous les avons interrogés sur la façon dont ils se pensaient et avons appris que, loin de se penser comme un groupe à l’identité partagée et structurée par leur origine territoriale, ils se pensaient comme des jeunes tout court récusant l’existence d’une dualité de jeunesse, dans ce quartier de Paris, mais également dans l’espace de l’État et de la société dans son ensemble.

En mettant à distance les catégories instituées et en enquêtant sur la pensée des gens, c’est un tout autre réel qui se problématise et s’ordonne devant nous. Les thèses énoncées dans notre enquête par les jeunes invalident non seulement nombres de thèses soutenues communément à leur endroit mais, de surcroît, mettent au jour des éléments de connaissances inédits. La recherche dispose alors d’une véritable portée critique.

La critique sociale doit renouveler ses catégories. La question n’est pas tant que la société ait changé mais celles de nos outils pour la penser. Pour que la critique sociale puisse continuer de s’exercer, il est indispensable de réexaminer ses outils, ses paradigmes, ses catégories, ses objets de recherches. L’enquête auprès des jeunes venant de banlieues nous a montré que selon l’entrée mise en œuvre, des constructions distinctes du réel et hétérogènes entre elles étaient engagées.

 

* Contrat de recherche entre la Ville de Paris, le Centre d’Étude des Mutations en Europe de l’Université Paris 8 et le Laboratoire des Théories des Mutations Urbaines, CNRS, UMR 7136

 

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HÉBERT, Kavin

Cérium/CCEAE, Université de Montréal, Cégep de Sherbrooke

 

Les intellectuels comme médiateurs culturels. Comment (sur)vivre entre le centre et la périphérie ?

 

Cette communication portera sur le problème de la redéfinition du statut de l’intellectuel dans la société contemporaine. Si l’intellectuel est toujours considéré aujourd’hui comme étant le modèle par excellence de représentation culturelle (Weiss), c’est que la tradition sur laquelle elle repose est encore bien vivante dans les milieux littéraires et universitaires. Pourtant, plusieurs signes nous montre que la fonction médiatrice de l’intellectuel s’est considérablement effacée dans le contexte de la démocratisation de l’éducation et de la diversification de l’industrie culturelle et médiatique. La question que je tenterai de développer est la suivante : est-il encore possible aujourd’hui de penser l’intellectuel comme un modèle de médiation culturelle ? Quelles  sont les circonstances qui ont amené l’intellectuel à se penser non plus comme le « canalisateur » de la dynamique culturelle, mais comme une figure condamnée à errer dans « l’extra-territorialité culturelle » ? Je pendrai comme témoin de cette évolution le sociologue hongro-allemand Karl Mannheim qui, à une époque (1930-1940) où on considérait déjà l’intellectuel sur la voie de sa perdition, tentait de redéfinir sa centralité culturelle dans une société qui, tant bien que mal, tentait de trouver le chemin de sa démocratisation. Les malentendus suscités par le concept mannheimien de freischwebende Intelligenz chez certains intellectuels contemporains (Said, Bourdieu) me conduiront en conclusion à réévaluer le rôle de l’intellectuel dans sa tentative infructueuse de s’interposer aux frontières du centre et de la périphérie.

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Hebert-Metthe, Katherine

Étude féministe et développement international, Université Laval

en collaboration avec

SOSA, Itzel A.

Département de sociologie Université Laval, CRIM-UNAM

 

Critique sociale et féminisme : la marginalisation des apports féministes au sein de la critique sociale

 

Une des fonctions principales de la critique sociale est précisément de remettre en question l’ordre social établie et ses mécanismes de reproduction. Les critiques féministes ont souligné l’importance et le rôle  des diverses disciplines sociales dans la reproduction des contraintes et des oppressions de genre. En suivant cette perspective, nous voulons démontrer qu’une véritable critique sociale ne peut être construite sans auparavant déconstruire les biais sexistes intervenant dans la production du savoir et le contexte social dans laquelle elle est produite. Ceci implique de reconnaître qu’une société sexiste, dans laquelle les inégalités de genre ont été invisibilisés et naturalisés, va aussi produire des connaissances, des savoirs et des pratiques scientifiques sexistes. À partir de ce constat, nous pouvons induire que les théories et questionnements féministes devraient avoir une place centrale tant au sein de la théorie critique que de la construction contemporaine de la critique sociale.

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I

 

Ibos, Caroline

Département de science politique, CRESS-Lessor, Université de Rennes

 

La fabrique de la critique sociale entre épistémè et mouvements politiques : l’exemple du concept de « mépris »

 

Dans cette intervention, je propose d’interroger les productions scientifiques des anthropologues ou des sociologues et le discours des acteurs sociaux dans la perspective de leur historicité conceptuelle, c’est-à-dire en ce qu’ils manipulent et par là même construisent une constellation paradigmatique commune (l’expression est de Michael Walzer). L’objectif est donc, à partir d’un exemple précis, de repérer les croisements, télescopages et mutualisations entre (1) les recherches empiriques du chercheur, les outils critiques qu’il élabore, et (2) le répertoire des acteurs engagés dans des mobilisations politiques.

Ainsi, au même moment, le concept de « mépris » articule des luttes politiques et culturelles pour la reconnaissance (par exemple, en France, les mouvements de « sans »), et certains travaux académiques dont la portée critique semble particulièrement importante, tels que ceux de Charles Taylor, Richard Sennett ou encore Axel Honneth.

Une constellation paradigmatique se dégage donc autour d’un ensemble de notions telles que le mépris, l’humiliation, la fierté ou la considération, notions qu’utilisent les travaux scientifiques aussi bien que les discours politiques protestataires, sans qu’il y ait pour autant de transmissions clairement identifiables entre les uns et les autres. Ainsi, dans mes recherches personnelles sur les domestiques africaines à Paris, j’ai repéré d’inattendues ressemblances entre les récits des employées et la savante sociologie de l’humiliation d’Axel Honneth, quand bien même ces femmes n’avaient pas lu Honneth, lequel n’est engagé dans aucune action militante.

Ces confluences témoignent de la péremption de l’intellectuel sartrien comme figure aristocratique et messianique de l’engagement politique. Elles relativisent également la catégorie de « capital culturel » (Pierre Bourdieu), qui dramatise la coupure entre le peuple et les élites.

J’expliquerai cette socialisation des outils cognitifs de la critique sociale à partir de ce que Charles Taylor appelle l’ « affirmation de la vie ordinaire » dans la modernité. L’archéologie de la considération comme revendication est liée à l’importance croissante accordée au sentiment et à l’expérience singulière. « Savante » ou « profane », la critique sociale se nourrit aujourd’hui d’une capacité à mettre en récit l’expérience subjective. Or, du blog au livre, de la chanson au tractatus, les formes de la narration sont multiples. Dans la capacité de dire la vie minuscule, là où les discours génériques de l’expert ou du technocrate échouent, des correspondances se nouent entre l’artiste, le savant et l’humilié.

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J

 

Jean-Baptiste, Murielle

Département de sociologie, Université Laval /GREMCA

 

L’autonomie reproductive des femmes haïtiennes au regard  des décisions internationales prises  en matière de santé sexuelle et reproductive

 

Depuis quelques années, les organismes internationaux intervenant en Haïti dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive sont de plus en plus nombreux. L’intérêt qu’ils témoignent à l’égard de la situation des femmes haïtiennes se traduit par un certain nombre de décisions qui se matérialisent en projets et en offres de service, ce afin de permettre aux femmes concernées d’acquérir une certaine autonomie reproductive. Mais, jusqu’à quel point les femmes haïtiennes parviennent-elles à assumer cette autonomie ? Depuis les décisions prises en amont  jusqu’à l’utilisation ou non des services en aval, quels sont les mobiles de leur choix ? Précisément, notre communication se veut un temps de “halte critique” : un retour sur certaines décisions prises par des organismes intervenant en santé de la reproduction en Haïti – comme l’OMS – permettra d’en dégager la portée et les limites, afin d’en évaluer la réelle efficacité.

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Joerin, Florent

École supérieure d’aménagement, Université Laval

en collaboration avec

Després, Carole

École d’architecture, Université Lava

 

Transdisciplinarité et participation (recherche-action)

 

Comprendre les milieux urbains et y intervenir est plus facile lorsque non seulement on dépasse les approches disciplinaires, mais quand on adopte une approche transdisciplinaire, caractérisée par l’intégration des apports de plusieurs acteurs, porteurs de savoirs différents et de valeurs différentes, bref de rationalités différentes. Du croisement de quatre types de savoirs, scientifiques, techniques, esthétiques et éthiques, portés par divers groupes, scientifiques, fonctionnaires et politiciens, citoyens et créateurs, émerge un nouveau savoir, intersubjectif, qui est plus que la somme des précédents. Deux exemples de processus participatifs orchestrés par le Girba seront présentés : L’avenir des banlieues de première couronne et le Projet Pacte-Myrand. Dans les deux cas, des rencontres de travail échelonnées sur plusieurs mois ont abouti à l’élaboration d’un plan d’aménagement lors d’une session intensive de design participatif, ou charrette. Ce plan matérialise le consensus sur les orientations, les objectifs et les moyens d’action, graduellement atteint durant les étapes du processus.

 

 

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K

 

Katell, Colin

Université d’Ottawa/GREMCA

 

Le roman antillais au miroir de sa critique : quand la recherche se met au service de la doxa

 

Dans le cadre de cette communication, nous nous proposons de mettre en question un certain nombre de paradigmes en us dans le champ critique des littératures antillaises. Il appert, en effet, que le discours universitaire ayant pris pour objet le corpus antillais fonctionne depuis plusieurs décennies sur un principe binaire qui a produit des catégories dont la pertinence ne nous semble, aujourd’hui, plus avérée. Notre “état des lieux” du discours critique institué nous offrira l’occasion de proposer de nouvelles avenues à la fois théoriques et méthodologiques, telle qu’explorées dans le cadre de notre recherche postdoctorale en cours.

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L

 

Lacroix, Jean-Guy

Département de sociologie, Université du Québec à Montréal

 

La totalisation de l’aliénation, l’ontologie de l’émancipation et la praxis sociologique

 

Le but de cette communication est de traiter des conséquences (déterminations) sur/pour la praxis sociologique, du fait que la société, si alors société il y a toujours, en est une de totalisation de l’aliénation qui se bute de façon antagonique (contradiction à qualifier) à l’ontologie de l’émancipation (tendance sociohistorique de l’humanité à l’émancipation), et l’inverse. Elle se fera en trois temps. D’abord, en décrivant sommairement comment nous en sommes rendus à une « société » de totalisation de l’aliénation, par la multiplication des aliénations et, surtout, par leur articulation en système totalisant et tendanciellement et réellement totalitaire. Ensuite, en précisant, encore là sommairement, quel est le poids ontogénétique (de l’ontogénèse) de l’émancipation dans le mouvement sociohistorique (MSH) de l’humanité. Finalement, en analysant en quoi et comment cette dialectique « détermine », ou à tout le moins conditionne (conditions de possibilité, mais surtout de nécessité), ce que doit être la praxis sociologique, c’est-à-dire une sociologie de la conscientivité (de re-production élargie de la conscience conscientisante), arrimée sur et dans une épistémologie politique, voire dialectique.

Autre:

Champs de spécialisation : sociologie de la culture, sociologie de la communication, sociologie de la santé et épistémologie.

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LANGEARD, Chloé

LAPSAC, Université Victor Segalen Bordeaux 2

 

Le mouvement des intermittents du spectacle à l’épreuve de ses contradictions

 

Les intermittents du spectacle sont apparus sur la scène publique au début des années 1980 et leurs protestations endémiques ont toujours émergé dans un contexte de menace : la remise en question de leur régime juridique spécifique par les partenaires sociaux. La crise de 2003, provoquée par la signature du protocole d’accord entre ces derniers – excepté la CGT – le 26 juin 2003, trouve son explication dans le renforcement des règles d’accès à ce régime spécifique, régi par les Annexes 8 et 10 de la convention Unedic, et la redéfinition de son champ d’application*. En effet, la massification du groupe professionnel des salariés intermittents du spectacle et du nombre de ses aspirants, la croissance économique de ce secteur et les politiques culturelles mises en œuvre ont engendré une crise du système assurantiel sans précédent (Menger, 2005). Bien que ce régime de protection crée mécaniquement de la précarité et accentue le risque d’emploi, il représente pour les intermittents du spectacle – groupe professionnel extrêmement hétérogène, tant du point de vue socio-économique que du point de vue des catégorisations institutionnelles (Rannou, 2003) – le seul « support » collectif dans un milieu où l’hyperflexibilité de l’emploi, la diversité des parcours professionnels, l’individualisme, les inégalités sociales, la précarité salariale et un turn-over conséquent, prévalent.           

Dans le cadre de cette communication, il s’agira de mettre en avant les ambivalences qui traversent le mouvement des intermittents du spectacle, lesquelles expliquent les obstacles à la critique sociale et les difficultés de construire une action collective intégrée et pérenne**. En effet, si ces derniers défendent un système d’emploi hyperflexible dans les secteurs du spectacle, ils s’opposent conjointement au néo-libéralisme au nom de la défense d’un bien commun – la culture. De même, tout en élargissant leur lutte aux précaires, ils revendiquent la reconnaissance de leur singularité en tant que créateurs. Enfin, bien que défendant l’autonomie de la création artistique, ils en appellent pourtant à la protection de l’État. Ainsi, l’analyse du mouvement des intermittents du spectacle fait écho aux ambivalences d’un groupe professionnel pris dans des contradictions intenables, en-deçà et au-delà du social, à l’image de bien d’autres mouvements sociaux.

* Un intermittent du spectacle est un salarié en Contrat à Durée Déterminée (artiste ou technicien) travaillant dans le secteur du spectacle (spectacle vivant, cinéma et audiovisuel). Depuis le protocole du 26 juin 2003, c’est le cumul de 507 heures de travail dans le spectacle sur 10,5 mois (pour les techniciens) ou 11 mois (pour les artistes) contre 12 mois précédemment, qui lui permet d’accéder à l’assurance chômage, pour une période d’indemnisation de 243 jours, contre 365 jours précédemment

** Afin d’envisager le conflit social de manière diachronique et synchronique, nous avons opté pour la diversité des matériaux. Les données qualitatives proviennent d’une quarantaine d’entretiens semi-directifs, menés auprès de salariés intermittents du spectacle engagés au sein du conflit de 2003 à 2006 (artistes, techniciens et professionnels de la production). Deux terrains d’enquête ont été privilégiés dans un souci de comparaison : d’une part, Paris, où la Coordination des Intermittents et Précaires d’Île-de-France (CIP-IDF) est la plus investie dans les actions collectives du mouvement, la plus organisée et la plus médiatisée ; d’autre part, Bordeaux, où la coordination 33 disparaît rapidement au profit de l’association Travail Ressources et Activités de Création (Trac). L’observation répétée des acteurs mobilisés, lors d’assemblées générales, forums, débats, manifestations et occupations de lieux, constitue des matériaux supplémentaires. Enfin, le recueil de données existantes a nécessité une analyse fine des écrits de la presse nationale, professionnelle et artistique, des tracts, journaux internes, photos et vidéos, diffusés par la CIP-IDF, et des nombreux rapports institutionnels commandés par le gouvernement depuis les années 1980. Ce corpus complémentaire a permis une étude systématique de la production discursive, des multiples actions collectives et des décisions des autorités politiques. Les données et résultats sont issus d’un travail de thèse : « Le théâtre des tensions : les intermittents du spectacle dans l’action collective », Thèse de doctorat mention Sociologie, Université Victor Segalen Bordeaux 2, 2007, 597 p.

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Lapointe, Marie-Ève

Département de sociologie, Université du Québec à Montréal

 

L’oubli du sujet patient : la dissolution de l’institution de l’hospitalité ?

 

Par-delà ses modalités de contrôle et de réclusion qui ont été largement étudiées par Foucault, Goffman et leurs successeurs, l’institution hospitalière a revêtu depuis ses origines une fonction symbolique essentielle en Occident, celle d’être un espace d’accueil et d’assistance du sujet souffrant tributaire d’autrui, le patient, principalement incarné dans la figure du pauvre, et plus récemment dans celle du malade. Mais qu’advient-il de ce sujet en mal d’agir et de parole, alors que l’hôpital tend à devenir une « organisation » anonyme et anomique sous l’emprise managériale dont les modes d’intervention répondent aux seuls impératifs de l’efficacité et de l’efficience ? Pris dans les rets d’une logique où rien ne semble échapper aux diktats des calculs et des manipulations, ne serait-il pas à son tour réduit au rôle de vecteurs d’opération et à un magma de variables non synthétisées, d’« informations » abstraites, voire insignifiantes. Sans cesse décomposé sans jamais être ensuite recomposé, le sujet patient ne se trouverait-il pas désormais, non pas dans une position d’objet inanimé – car en l’objet on reconnaît son unité – mais d’éclatement, de « hors corps » et de « hors parole » ? À moins qu’il y ait résistance à sa désymbolisation et que celui-ci retrouve une certaine forme d’individualité à travers une logique soignante qui, agissant en marge des voies techniques, serait la seule à avoir pour fondement, la sollicitude à l’égard d’autrui, pour moyen et finalité, son autonomisation.

Autres :

Champ de spécialisation : socio-anthropologie médicale.

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Lasvergnas, Isabelle

Département de sociologie, Université du Québec à Montréal

Société psychanalytique de Montréal

 

En quoi le regard psychanalytique sur le fonctionnement des groupes informe-t-il le sociologue ?

 

Partant de l’analyse freudienne sur la psychologie des masses et le destin de la culture, ainsi que sur les prolongements théoriques proposés notamment par Didier Anzieu et René Kaës on s’interrogera sur la part de la dynamique refoulée constituant le ciment inconscient d’un groupe et de son identité, ceci, à l’insu des acteurs. La question du rapport entre logique instituante et transmission de l’institué sera également abordée.

 

Champs de spécialisation : psychanalyse, épistémologie, méthodologie de la recherche en sciences sociales et humaines, processus sociaux et processus inconscients, sociologie de la santé.

 

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Le Dévédec, Nicolas

Département de sociologie, Université de Montréal

Université de Rennes 1   

 

L’humain à l’épreuve des technosciences : de la perfectibilité humaine à l’adaptabilité

 

Jamais la question de la perfectibilité humaine ne s’est-elle posée avec autant d’acuité qu’aujourd’hui. A l’heure où les nouvelles technologies, des biotechnologies aux nanotechnologies en passant par les perspectives du clonage, réalisent des percées inouïes, d’aucuns nourrissent désormais l’espoir de perfectionner techniquement l’être humain en vue de l’affranchir de tout déterminisme naturel ou biologique. Créer un être plus qu’humain, entièrement revu et corrigé par la technique, soustrait de tout ancrage biologique, ayant pris en main sa propre évolution, tel est le fantasme ultime des militants du posthumain. Mais la promotion de cette perfectibilité technoscientifique conduit-elle réellement à l’émancipation de l’homme ? Pour tenter d’y répondre, il devient plus que jamais nécessaire d’interroger la pensée des Lumières qui a fait de cette notion le cœur de sa philosophie et, par là, la valeur fondatrice de l’humanisme moderne. Quel sens l’humanisme moderne conférait-il à cette notion ? En quoi l’homme était-il selon les Lumières perfectible ? Nous tenterons ainsi dans cette communication de retracer les origines et le développement de cette croyance, de la Renaissance au 19ème siècle en passant par le siècle des Lumières qui l’a vu naître, pour en saisir les significations principales à l’ère de l’imaginaire du posthumain. Si la volonté d’améliorer l’homme par le biais des sciences et des techniques est déjà clairement exprimée dans l’humanisme, elle est toutefois indissociable d’un perfectionnement politique et social. C’est dans et par la société que l’homme est selon les Lumières perfectible. Amputée de sa dimension politique, absolument essentielle dans l’humanisme, la perfectibilité exclusivement technocientifique promue par les posthumanistes conduit à inscrire l’homme dans un devenir adaptatif radical, dissolvant la liberté dans le règne de la nécessité.

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Lestinge, Roberto

Applied Ecology, Universidade de São Paulo (Brazil)

en collaboration avec

de Almeida Júnior, Antônio Ribeiro

Sociology Department, Universidade de São Paulo (Brazil)

 

Brazilian journalism and environmental issues: the case of Jornal Nacional

 

Since 1985, Brazilian society is formally democratic with fairly free elections. The previous dictatorship established a large television system which was crucial to social control. This system covered the totality of Brazilian territory and had Rede Globo as its main player. In its beginnings Rede Globo received money from Time-Life Group (HERMAN; McCHESNEY, 1997) an action that was forbidden by the Brazilian law, which considered mandatory the property of mass communication companies by Brazilian born persons. A Parliamentary Commission investigated those connections and suggested the end of the association between Globo and Time-Life. But before that, the dictatorial government dissolved the Parliament and the connection was not officially questioned anymore.

Among Globo´s programs, Jornal Nacional (National News) is probably the most influent ideologically. Jornal Nacional is the television news with the biggest audience in Brazil, far ahead the second player. Some nights it reaches more than 80 million people simultaneously. Jornal Nacional is financed by explicit advertisers, mostly banks and car manufacturers.

We analyzed the news presented to the Brazilian population by Jornal Nacional with the Propaganda Model proposed by Edward Herman and Noam Chomsky in their book Manufacturing Consent. This model shows two different sets of assumptions about the news, when they are to be controlled by interested agents. The first one, that we can name filter theory, forecasts information suppression to conform news to the interests of powerful social agents. The second set forecasts exaggeration in the information publicized. In these two scenarios, the result is an intentional distortion of reality by the news program.

Specifically, we used the propaganda model to evaluate the messages produced by the Jornal Nacional about environmental issues. The results of this evaluation is revealing of distortions in the information offered to the public. For example, the information broadcasted about two dams to be built in the Madeira River (Amazon Basin) is severely incomplete and misleading, which probably impairs a correct understanding of those issues by the population and so compromises its political decisions.

References:

HERMAN, E.; CHOMSKY, N. Manufacturing consent: the political economy of media. New York: Pantheon, 1988.

HERMAN, E; McCHESNEY, R. Global media: the missionaries of global capitalism. Herndon: Cassel Academic, 1997.

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López, Leandro Sebastián

EHESS-CEMS

 

Vie quotidienne et culture politique des classes moyennes à Buenos Aires

 

Après la chute des régimes autoritaires des années 80, les débats actuels sur la démocratie en Amérique Latine ont cessé généralement de se centrer sur ce que l’on a dénommé la transition et la consolidation pour se pencher plus particulièrement sur les notions de démocratie représentative et de démocratie participative. Il s’agit de catégories polysémiques qui ont cristallisé certaines réflexions et en ont engendré d’autres quant aux dispositifs de représentation et de participation citoyenne les plus communs du XXe siècle.

Cette étape de débat au sein des sciences sociales dépassée, il faut désormais se poser la question des liens entre la culture politique et les configurations morales présentes dans les différents secteurs sociaux sous le régime démocratique.

Au cours des dernières années, l’étude des secteurs dits populaires a concentré une grande partie des recherches sur ce sujet en Argentine. C’est à partir d’ici que nous voulons mener l’enquête sociologique sur les modes de participation des personnes et des groupes appartenant aux classes moyennes de Buenos Aires dans l’espace public à travers la réclamation sociale émises auprès de l’Etat.

Nous voulons ici approfondir l’analyse des pratiques sociales établies telles que la revendication, la plainte et la protestation exercées par les personnes et les groupes qui composent ces secteurs dans leur espace de résidence comme un outil quotidien pour leur reconfiguration et leur reproduction sociale.

Une fois adoptée sa nouvelle constitution en 1996, la Ville de Buenos Aires a rendu possible l’institution de mécanismes de participation pour réclamer et dont certains s’appuient sur la demande individuelle que reçoivent les actuels Centres de Gestion et de Participation Communaux (CGPC). La conformation ou l’extension de ces instruments a été contemporaine de l’émergence, depuis la fin 2001 jusqu’en 2005, d’autres pratiques de demande sociale et de participation telles les Asambleas Barriales (Assemblées de Quartier). Bien qu’ayant des caractéristiques particulières, toutes deux se sont formées à partir d’expériences préalables d’organisation dans les quartiers, parmi lesquelles il faut faire mention des Sociedades de Fomento (Sociétés d’Encouragement), chapitre important de l’histoire du rassemblement des habitants de la ville appartenant aux classes moyennes. C'est l’analyse comparée de ces modes de participation citoyenne que nous avons choisie pour enquêter sur les différents moyens adoptés par les personnes et les groupes pour intervenir dans des questions concernant la communauté.

 

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Loranger-Saindon, Arianne

Département d’anthropologie, Université de la Colombie-Britannique

 

Presse et enjeux autochtones : Une anthropologie critique de la représentation

 

La recherche sur les médias, dans le champ de l’autochtonie, est encore restreinte, et surtout encore généralement soumise à la contrainte contextuelle qu’est le conflit. Pourtant, il s’agit d’un sujet dont la pertinence sociale n’est plus à démontrer. Le Conseil de Presse du Québec a tenu, le 17 octobre 2003, le colloque La presse et la réalité autochtone. Le site Internet du Réseau éducation-médias, dont la mission est de « favoriser chez les jeunes la formation d'une pensée éclairée et critique à l'endroit des médias »*, présente une section concernant les représentations médiatiques des populations autochtones au Canada et la position de ces dernières à l’intérieur des organismes de presse. Les journalistes, dans le cadre du congrès annuel de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), ont eux-mêmes abordé la question du racisme dans les médias en 1988 et reçoivent, toujours par le biais de leur Fédération, des formations concernant les questions autochtones**.

Dans un contexte de négociation comme l’Approche commune, où une nation ou un certain nombre de communautés autochtones sont en pourparlers (ici par leur association avec le Conseil Tribal Mamuitun) avec les gouvernements sur des sujets aussi sensibles que le territoire, la politique et l’économie, la représentation médiatique qui est faite des autochtones et la définition qui est donnée des enjeux les concernant sont cruciales. En effet, elles peuvent grandement influencer l’issue des négociations et l’appui qu’elles recevront de la population non-autochtone. Il apparaît donc primordial de s’intéresser à ces questions pour 1) vérifier ce qu’il en est de la situation actuelle; 2) cibler les points faibles subsistant dans les médias aujourd’hui; 3) suggérer des améliorations à apporter afin de parvenir à une représentation plus juste des autochtones et des enjeux qui les touchent.

Utilisant une méthodologie inspirée de l’analyse critique de discours (Fairclough), le mémoire duquel est issu cette communication (Université Laval 2007) offre une réponse à ces questions en posant un regard critique sur la production des nouvelles journalistiques concernant les enjeux autochtones quotidiens (en dehors de période de crise) au Québec et sur les effets des représentations médiatiques sur les relations entre autochtones et non-autochtones sur la Côte-Nord.

* Réseau Éducation-Médias : http://www.media-awareness.ca/francais/index.cfm (consulté le 09-09-2007).

** Site Internet de la FPJQ : http://www.fpjq.org/index.php?id=1 (consulté le 09-09-2007).

 

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LOUIS, Ilionor

Département de sociologie, Université de Montréal.

 

Agir aux frontières de la ville : entre le politique et le socio-économique. Les cas de Cité Lajoie à Port-au-Prince et de Santa Maria de Los pinos au Mexique

 

À Port-au-Prince, en 1985, des terrains, situés en bordure du quai de Port-au-Prince ont été occupés manu militari par des militaires. Après la chute des Duvalier, en 1986, des populations ont envahi une certaine partie de ces terrains. Ceci a donné lieu à la formation d’un nouveau bidonville. Jusqu’au début des années 1990, on trouvait dans les bidonvilles de Port-au-Prince des militants qui travaillaient avec des organisations populaires. Fascinés par l’idéologie de la théologie de la libération et des idées marxistes, ces militants prônaient la fin du système capitaliste et un État socialiste. Mais moins de deux décennies après, les revendications ne sont plus les mêmes : ces militants changent de pratiques et de conviction. Tandis que l’État est affaibli, les acteurs ne revendiquent plus son remplacement. Se trouvant au contraire dans d’autres sphères d’action, ils mettent sur pied des comités de quartier qu’ils cherchent à faire reconnaître par cet État et afin de satisfaire eux-mêmes certains besoins des populations qu’ils représentent.

À Iztapalapa (Mexico) des populations dirigées par des militants du Front Populaire Francisco Villa, ont envahi des terrains, il y a plus de douze ans. Ces terrains, situés à la Sierra Santa Catarina, ont été déclarés zones de réserve écologique par le gouvernement. Les populations occupantes sont donc considérés comme des hors la loi. Généralement, les deux principaux partis politiques du Mexique : le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et le Parti de la révolution démocratique (PRD) soutiennent indirectement ces actions et cherchent par là à recruter une clientèle politique. Le Front, allié du PRD, possède aujourd’hui bien des populations sous son contrôle partout au Mexique. Mais à Santa Maria, d’une part, des « militants-leaders » tendent à se dissocier du Front pour former ce qu’ils appellent des « asociacion civil » critiquant les pratiques du Front, d’autre part, la population, à son tour, critique à la fois le Front et ses «militants-leaders».

Quelle est la capacité de critique et d’action des populations ? Comment expliquer cette tendance des militants à se focaliser davantage sur le social que sur le politique ? Pourquoi les militants ne continuent-ils plus la critique de l’État et du système capitaliste au moment même où l’État semble très affaibli ?

Autre :

La présentation émane des enquêtes de terrain menées respectivement à Port-au-Prince et à Mexico dans le cadre de la rédaction de la thèse intitulée « Capacité d’action collective des population marginalisée dans le cadre des luttes pour la reconnaissance : une étude de cas de trois communautés à Cité de l’Éternel (Port-au-Prince) au Centre-Sud de Montréal et à la Sierra Santa Catarina (Iztapalapa Mexico)

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Lourdes, Stéphane Alix

Département de psychologie, Université Laval/ GREMCA

 

Construction de l’identité des adolescents haïtiens de deuxième génération et pratiques de socialisation des parents

 

Comment les adolescents nés au Québec de parents haïtiens construisent-ils leur identité en fonction des pratiques de socialisation des parents ? Ce questionnement est mené dans le contexte théorique de la Niche Développementale (Super et Harkness, 1986), et des Stratégies Identitaires (Camilleri,1989). La Niche Développementale permet de comprendre des pratiques de socialisation des parents en situation d`acculturation en fonction de leur compréhension du contexte où ils vivent et de l`ensemble des interactions qui prennent forme dans ce contexte. Les Stratégies Identitaires permettent de poser l`individu comme principal acteur de ce qu`il est, responsable de donner une cohérence à l`ensemble de son expérience et l`identité comme un construit dynamique en perpétuel renouvellement.

Questionner un contexte à partir du point de vue des personnes qui le constituent et en collaboration avec eux, permet de renouveler le regard de la Psychologie sur ce domaine.

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M

 

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Mascotto, Jacques-Alexandre

Département de sociologie, Université du Québec à Montréal

 

Intellectuels et maladies

Résumé à venir

Champs de spécialisation : théories sociologiques contemporaines, sociologie allemande et sociologie politique.

 

Massé, Raymond

Département d’anthropologie, Université Laval

 

La santé publique : d’objet de critique à sujet porteur d’une critique sociale

 

Au cours des dernières décennies, la santé publique a fait l’objet d’une multitude de critiques en tant qu’entreprise normative. Tout en reconnaissant ses contributions au plan de l’amélioration de l’état de santé et de bien-être de la population, les scientifiques sociaux ont déploré les empiètements des programmes de prévention et de promotion de la santé sur l’autonomie et la responsabilité individuelle. De multiples enjeux éthiques ont été analysés en termes de dérapage paternaliste ou de sacrifice de la liberté sur l’autel du bien commun. Toutefois, sociologues et anthropologues ont délaissé une autre dimension de cette entreprise normative, soit son caractère subversif. Implicitement, parfois explicitement, les normes et les valeurs promues à travers les programmes font de la santé publique un agent de changement social, voire un sujet porteur d’une critique sociale. Nous tenterons dans le cadre de cette conférence de montrer qu’elle agit comme un acteur institutionnel porteur de valeurs de justice sociale, de protection des populations vulnérables, de tolérance face aux marginalités (ex. prostitution, utilisation de drogues injectables, homosexualité), d’engagement et de mobilisation communautaire, de solidarité envers les populations vulnérables, d’entraide (ex. groupes communautaires, réseaux d’entraide, pairs aidants), de bienfaisance ou de bien commun. On pourrait, de même, y voir le lieu d’un discours subversif contre le capitalisme sauvage (ex. compagnies pharmaceutiques, de tabac,  automobile) et l’individualisme. Bref, le lieu de renforcement d’une saine réflexivité chez un citoyen invité à développer un nouveau rapport à la responsabilité.

 

Bien sûr, la santé publique demeure une entreprise fondamentalement moralisatrice, fleuretant  fréquemment avec un paternalisme fort, portée sur le «victim blaming» et qui connaît encore mal les limites acceptables entre informer, convaincre et contraindre. Les sciences sociales ne doivent pas abdiquer face à un devoir de critique des enjeux politiques, économiques et éthiques soulevés par les interventions classiques et émergentes (ex. le dépistage génétique des prédispositions). Toutefois, nous défendrons ici qu’elles doivent aussi adjoindre à ce regard critique une lecture complémentaire traitant de la santé publique comme porteuse d’une critique sociale, voire de valeurs au potentiel subversif.

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Meudec, Marie

Département d’anthropologie, Université Laval/ GREMCA

 

Contraintes de l'éthique de la recherche en Anthropologie. Cas d'une étude sur la sorcellerie à Ste-Lucie

 

La constitution des comités d'éthique est assez récente dans le domaine de l'anthropologie et elle soumet la recherche dans ce domaine à bien des obligations – avant, pendant et après le terrain. Une recherche à Ste-Lucie en 2006, basée sur une compréhension des discours et des rumeurs de sorcellerie et des processus de construction du raisonnement moral, servira ici, à partir de plusieurs exemples, à montrer comment le respect des règlements éthiques, non seulement est quasiment impossible, mais en plus limite considérablement une recherche qui porte sur des pratiques "secrètes" ou moralement dévalorisées. Cette communication montrera la nécessité de se distancer de cette éthique institutionnelle, au profit d'une éthique personnelle.

 

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Mirza, Vincent

Centre d’étude de l’Asie de l’Est, Université McGill

 

Le sens du travail, la crise et les jeunes adultes au Japon. Réflexions vers une nouvelle approche en anthropologie du travail

 

Cette présentation portera sur la notion de travail qui se définit en terme de matrice de sens. Ce que cela implique, c’est que le travail n’est pas simplement vu comme une activité de production et une activité rémunératrice, mais aussi comme un ensemble de pratiques et de représentations par lesquelles les personnes se définissent elles-mêmes et leur place dans la société. Dans cette optique, je proposerai une approche du travail qui tient compte de l’articulation des rapports de domination qui structurent la réalité sociale mais aussi qui ne réduit pas le social à ces structures et prend en compte le caractère mouvant, fluide et ambigu des pratiques et des représentations et les transformations de ces rapports. Pour illustrer cette question, je parlerai des effets de la crise économique sur le sens du travail chez les jeunes adultes au Japon.

 

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Misdrahi, Marian

Département de sociologie, Université de Montréal

 

Les frontières de la sociologie : la rationalité scientifique et l’engagement sociale 

 

L'identité disciplinaire de la sociologie est fondée sur deux principes directeurs. Le premier fait référence à son caractère de producteur de connaissances. C'est-à-dire à l'utilisation qui fait de la rationalité scientifique pour l'orienter vers la compréhension de l'action sociale. Le deuxième principe indique que l'identité disciplinaire est aussi fondée sur l’engagement social et sur son potentiel subversif. De cette manière, la sociologie a sa raison d’être en montrant scientifiquement des aspects de la réalité sociale qui peuvent potentiellement améliorer cette réalité.

Toutefois, ceci n'est pas toujours ainsi. Les causes de la relation compliquée de la sociologie face à l’engagement social reposent également dans des dimensions de caractère politique et idéologique, et aussi épistémologique. Dans cette communication, nous nous concentrerons sur la dimension épistémologique pour argumenter qu'une relation plus proche entre la connaissance sociologique avec l’engagement social doit commencer avec la dimension épistémologique inscrite dans la formulation des projets de recherche de notre discipline. Nous suggérons qu'il est nécessaire de s'occuper des approches théoriques où la vérité ne contienne pas un statut transcendantal et où les principes de la connaissance scientifique soient soigneusement distingués du plan de la réalité sociale.

 

*Las fronteras de las Sociología : la racionalidad científica y el compromiso con la praxis

 

La identidad disciplinaria de la Sociología se encuentra fundada bajo dos principios rectores. Por una parte, su carácter de productora de conocimiento científico, es decir, de disciplina que utiliza como herramienta de discernimiento una racionalidad orientada hacia la comprensión de la acción social.  En este primer sentido, la Sociología constituye un conocimiento elaborado a partir de una racionalidad científica. Mientras que, por otra parte, su identidad disciplinaria se funda también en un objeto de estudio particular: la acción social, frente a la cual todo su bagaje científico le permite comprender, señalar y emitir un discurso legitimo sobre la misma. De tal suerte, la razón de ser de la Sociología cobra sentido al mostrar aspectos de la realidad social, reconociéndola, sugiriendo y analizándola con el fin de propugnar por su mejoramiento.

Sin embargo, esta Sociología detentadora de una racionalidad científica presenta una relación que, lejos de ser transparente, por momentos entra en contradicción con su carácter de disciplina comprometida con la acción social. Problemática que responde a múltiples causas, ubicadas en diferentes dimensiones: la de la política, la de la gestión social, la del experto y la de la Sociología misma y dentro de ésta, la dimensión epistemológica. Es en esta última dimensión en la que me detendré y desde la cual argumentaré en esta comunicación que una relación más próxima del conocimiento sociológico con la práctica debe comenzar desde la dimensión epistemológica, en que se atiendan planteamientos teóricos donde la Verdad no contenga un estatuto trascendental y donde los principios del conocimiento científico sean cuidadosamente distinguidos del plano de la Realidad.

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MONCEAU,Gilles

Université Paris 8

Education, socialisation, subjectivation, institution - ESSI

 

L’analyse critique outil de la socio-clinique institutionnelle

 

L’histoire des courants dits « institutionnels » témoigne de l’attention portée par ceux-ci à la manière dont des pratiques sociales s’inscrivent dans des institutions qui les déterminent en partie et contribuent à leur donner sens. L’originalité de ces approches est d’avoir considéré, dès les années 1940 dans le secteur psychiatrique, que l’institution elle-même pouvait être objet de la pratique. De la psychothérapie institutionnelle à l’analyse institutionnelle en situation d’intervention (socianalyse) en passant par les différents courants de pédagogie institutionnelle, la mise en œuvre de dispositifs d’analyse critique de l’institution est le principal trait commun. En interrogeant l’effet des institutions sur les subjectivités individuelles, ils s’intéressent au quotidien de la vie sociale, à la disposition des lieux, à la structuration du temps, aux rapports économiques et matériels entre les individus et plus largement à tout ce qui participe, en continu, à la production des institutions. Le travail critique est donc un travail de réappropriation de son devenir par l’individu à travers l’analyse/transformation des fonctionnements et des rapports institués. Ces approches ont trouvé en Amérique latine un écho important dans les milieux de la psychologie sociale et institutionnelle que l’expérience de la dictature a rendu particulièrement sensibles à l’enchevêtrement du politique et de l’analyse sociale.

Les pratiques de la socio-clinique institutionnelle s’inscrivent aujourd’hui dans le prolongement de cette histoire. Par la recherche action, l’intervention et l’analyse des pratiques professionnelles, les chercheurs entrent en collaboration avec des individus en demande d’une meilleure compréhension de phénomènes institutionnels perçus comme relevant de déterminations supérieures. Les professionnels des secteurs de l’éducation, de la santé et de l’action sociale sont particulièrement confrontés aujourd’hui à cette perte de sens produite par différents processus institutionnels qu’ils vivent comme leur étant imposé par des logiques exogènes à leur propre milieu. Le sens (idéologique, organisationnel voire libidinal) qu’ils donnent à leurs pratiques se trouve sans cesse à reconstruire, son obsolescence étant désormais sa principale caractéristique. Nos recherches interrogent ces transformations subjectives et institutionnelles.

Autres :

Quelques unes de mes publications en France et au Brésil concernant cette problématique :

* Implication et institution. L’œuvre de René Lourau,  (ouvrage dirigé avec Ahmed Lamihi, Syllepse, Paris, 2002.

*« Pratiques socianalytiques et socio-clinique institutionnelle » in L’homme et la société, n°147-148, .2003, pp. 11-33.

*«Transformar as práticas para conhecê-las: pesquisa-ação e profissionalização docente» («Transformer les pratiques pour les connaître : recherche action et pratiques enseignantes»), Revista Educação e Pesquisa, vol. 31, nº3, USP (Brésil), 2005, pp. 467-482.

*« Ethique et idéologie professionnelles » in  Recherche et formation, n°52, pp. 55-70.

* « Como as instituições permeiam as práticas profissionais.Sócio-clínica institucional e formação de professores » (« Comment les institutions habitent les pratiques professionnelles. Socio-clinique institutionnelle et formation des enseignants ») in Recherche-action et formation des enseignants (S. Garrido et M.A. Franco, dir.), Loyola, Sao Paulo, (Brésil), à paraître en avril 2008.

 

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Mondain, Nathalie

Université d’Ottawa, Canada

Bologo, Eric

Univeristé Catholique de Louvain-la-Neuve, Belgique

Ouédraogo, Oussimane

Université de Ouagadougou / ISSP, Burkina Faso

Nana, Pascal

Université de Ouagadougou / ISSP, Burkina Faso

 

Intentionnalité des chercheurs et objectifs de réduction des inégalités sociales de santé : le cas d’un observatoire démographique et épidémiologique en milieu urbain africain

 

Les systèmes de surveillance démographique (SSD ou observatoires de population) grâce au suivi des indicateurs démographiques et épidémiologiques qu’ils permettent constituent une source de données intéressante pour la santé des populations. Ces systèmes s’avèrent toutefois extrêmement contraignants tant pour les équipes qui en assurent la réalisation que pour les populations qui y sont soumises. Par conséquent ce mode particulier de recueil d’information provoque une lassitude croissante des populations qui y sont incluses. Celles-ci, souvent peu instruites et vulnérables économiquement, ne perçoivent pas l’intérêt que de tels dispositifs de recherche peuvent procurer, les questions auxquelles elles doivent répondre systématiquement ne faisant pas toujours du sens compte tenu des impératifs de gestion du quotidien auxquels ces populations sont soumises.

 

On se trouve donc dans une situation apparemment paradoxale, où intentionnalité du chercheur (non questionnée car apparemment éthiquement inattaquable) et intérêts perçus et vécus par la population étudiée semblent entrer en conflit. Plus encore, la mise en œuvre de méthodes de recherche dites participatives visant à impliquer davantage les populations dans ce qui est présenté comme allant dans leur intérêt et « bien être commun », finit nous semble-t-il, par contribuer au maintien des formes d’inégalités sociales existantes. Ainsi, contrairement à leur vocation, l’application de ces méthodes, devenues extrêmement populaires dans le milieu du développement, risque d’aboutir à la production de connaissances décontextualisées, puisque les référents et catégories sur lesquels elles se fondent ne font pas de sens pour ces populations. L’intentionnalité du chercheur peut-elle suffire pour rendre compte des inégalités sociales locales ? Est-elle en mesure d’entraîner un changement relatif aux conditions objectives d’existence des populations locales ?

 

La mise en place de tels dispositifs pose donc des problèmes à la fois éthiques et scientifiques qui sont exacerbés en milieu urbain où les contraintes de la vie courante rendent la réalisation de telles enquêtes difficiles. Pour rendre compte de ces enjeux deux recherches qualitatives ont été menées dans le cadre de l’Observatoire de population de Ouagadougou (Burkina Faso), la première cherchant à évaluer dans quelle mesure des activités d’informations et de restitution (ou l’absence de telles activités) influent sur la participation durable des habitants au système et la seconde à montrer l’importance d’une compréhension des dynamiques sociales existant dans les quartiers inclus dans l’observatoire.

 

Sur la base de ces deux recherches nous chercherons à montrer que la construction d’une « sociologie de l’intentionnalité » s’avère essentielle pour mettre en évidence ces décalages entre les dispositifs de recherche ou d’intervention mis en place et qui ont des effets directs et indirects sur les populations auxquels ils s’adressent d’une part, et la complexité de la réalité vécue par les populations étudiées d’autre part. Une telle construction s’appuiera sur la notion de réflexivité ainsi que sur la démarche adoptée par Norman Long et qui repose sur un cadre analytique spécialement conçu pour saisir les rapports entre les différents acteurs impliqués dans un dispositif de recherche ou d’intervention dans le domaine du développement (actor-oriented approach).  

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Mondoux, André

Département de sociologie, École des médias, Université du Québec à Montréal

 

Quand la sociologie dort, les technologies dansent : pour une sociologie de la Technique

 

Le monde des TIC (Technologies de l’information et de la communication) est - encore une fois - secoué par une nouvelle « révolution ». Cette fois-ci, il s’agit des technologies du Web 2.0 dit aussi « Web social » mettant en vedette des pratiques prometteuses d’une société meilleure, c’est-à-dire plus « participative ». Il est pour le moins étonnant de constater qu’au moment où les ténors des technologies numériques « pensent » le social dans sa globalité, la sociologie, au contraire, se fait plutôt discrète lorsqu’il s’agit de conceptualiser ces nouveaux phénomènes dans leurs rapports avec la dynamique sociétale. Que ce silence survienne au moment même où se font entendre des voix prônant l’achèvement du social dans sa propre autorégulation, et du coup l’obsolescence de la sociologie, n’est certes pas un hasard. Nous proposerons ici quelques pistes et thèmes de réflexion qui pourront baliser non seulement une éventuelle réappropriation des enjeux technologiques contemporains par la sociologie, mais également raviver la problématique générale des rapports dialectiques Technique/Société et arrimer celle-ci avec la tradition sociologique afin de réaffirmer l’incontournable présence du social appelant la nécessité d’une pensée sociologique.

Autres :

Champ de spécialisation : sociologie de la communication et des médias, sociologie des technologies.

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Moretti,  GianPiero

École d’architecture, Université Laval

en collaboration avec

Vachon, Geneviève

École d’architecture, Université Laval

 

Projets architecturaux et de design urbain dans une perspective de développement durable pour la banlieue et le périurbain (recherche création)

 

Des solutions existent pour rendre la ville étalée plus écologique, notamment la transformation de bungalows en maisons bigénérationnelles, la réfection écologique des rues de banlieues et l’introduction de gares intermodales (bus, autopartage, vélos) en banlieue pour favoriser les transports en commun et diminuer la dépendance à l’automobile.

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MOSSIÈRE, Géraldine

Département d’anthropologie, Université de Montréal

 

Discours critique et éducation à l’altérité : les converties musulmanes incarnent-elles un « moment de coexistence pacifique » entre Islam et Occident ?

 

Dans un contexte où les relations entre l’islam et l’Occident sont généralement présentées selon une vision essentialisée, fondée sur la sémantique du conflit, certains observateurs tels Jocelyne Césari évoquent à l’inverse le momentum présent de « coexistence pacifique » entre ces deux univers. En effet, les phénomènes actuels de conversion à l’islam introduisent un cadre conceptuel particulièrement opératoire pour examiner la dynamique de cette rencontre islam-occident, tandis que la figure de la femme cristallise les enjeux qui lui sont relatifs. À partir d’une ethnographie comparative menée auprès de femmes converties à l’islam en France et au Québec, nous discuterons la posture intermédiaire qu’elles négocient entre deux groupes d’appartenance en rapports de pouvoir, ainsi que leurs mécanismes d’appropriation d’un nouveau mode d’agentivité. L’identité stigmatisée qu’elles prétendent endosser constitue autant un langage d’expression d’un discours critique des sociétés occidentales et de tradition musulmane, que l’emblème du projet politique alternatif qu’elles proposent.

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MOULIN, Stéphan

Département de sociologie, Université de Montréal

 

Que reflètent les statistiques sociales sur les parcours des jeunes ? Une comparaison France/Canada

 

Cette communication utilise une approche sociologique de l’usage des statistiques sociales et de la comparaison internationale pour analyser la manière avec laquelle les institutions statistiques nationales présentent l’entrée des jeunes sur le marché du travail en France et au Canada. L’histoire des dispositifs d’enquête montre une divergence qui s’est accentuée dans la manière de concevoir l’insertion des jeunes dans les deux espaces sociétaux. L’examen des variables de calendrier utilisées dans quatre enquêtes longitudinales françaises et canadiennes permet dès lors de produire une vision synthétique de la nature des normes et des codes qui encadrent les parcours des jeunes dans chaque espace national. Cette confrontation d’enquêtes conduit à opposer la logique d’insertion combinatoire et professionnelle du Canada à la logique d’insertion séquentielle et statutaire de la France. Cette communication ouvre sur une discussion sur la manière dont les jeunes intériorisent ou réagissent à ces catégories institutionnelles.

 

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N

 

Nana, Pascal

Université de Ouagadougou / ISSP, Burkina Faso

Bologo, Eric

Univeristé Catholique de Louvain-la-Neuve, Belgique

Mondain, Nathalie

Université d’Ottawa, Canada

Ouédraogo, Oussimane

Université de Ouagadougou / ISSP, Burkina Faso

 

Intentionnalité des chercheurs et objectifs de réduction des inégalités sociales de santé : le cas d’un observatoire démographique et épidémiologique en milieu urbain africain

 

Les systèmes de surveillance démographique (SSD ou observatoires de population) grâce au suivi des indicateurs démographiques et épidémiologiques qu’ils permettent constituent une source de données intéressante pour la santé des populations. Ces systèmes s’avèrent toutefois extrêmement contraignants tant pour les équipes qui en assurent la réalisation que pour les populations qui y sont soumises. Par conséquent ce mode particulier de recueil d’information provoque une lassitude croissante des populations qui y sont incluses. Celles-ci, souvent peu instruites et vulnérables économiquement, ne perçoivent pas l’intérêt que de tels dispositifs de recherche peuvent procurer, les questions auxquelles elles doivent répondre systématiquement ne faisant pas toujours du sens compte tenu des impératifs de gestion du quotidien auxquels ces populations sont soumises.

 

On se trouve donc dans une situation apparemment paradoxale, où intentionnalité du chercheur (non questionnée car apparemment éthiquement inattaquable) et intérêts perçus et vécus par la population étudiée semblent entrer en conflit. Plus encore, la mise en œuvre de méthodes de recherche dites participatives visant à impliquer davantage les populations dans ce qui est présenté comme allant dans leur intérêt et « bien être commun », finit nous semble-t-il, par contribuer au maintien des formes d’inégalités sociales existantes. Ainsi, contrairement à leur vocation, l’application de ces méthodes, devenues extrêmement populaires dans le milieu du développement, risque d’aboutir à la production de connaissances décontextualisées, puisque les référents et catégories sur lesquels elles se fondent ne font pas de sens pour ces populations. L’intentionnalité du chercheur peut-elle suffire pour rendre compte des inégalités sociales locales ? Est-elle en mesure d’entraîner un changement relatif aux conditions objectives d’existence des populations locales ?

 

La mise en place de tels dispositifs pose donc des problèmes à la fois éthiques et scientifiques qui sont exacerbés en milieu urbain où les contraintes de la vie courante rendent la réalisation de telles enquêtes difficiles. Pour rendre compte de ces enjeux deux recherches qualitatives ont été menées dans le cadre de l’Observatoire de population de Ouagadougou (Burkina Faso), la première cherchant à évaluer dans quelle mesure des activités d’informations et de restitution (ou l’absence de telles activités) influent sur la participation durable des habitants au système et la seconde à montrer l’importance d’une compréhension des dynamiques sociales existant dans les quartiers inclus dans l’observatoire.

 

Sur la base de ces deux recherches nous chercherons à montrer que la construction d’une « sociologie de l’intentionnalité » s’avère essentielle pour mettre en évidence ces décalages entre les dispositifs de recherche ou d’intervention mis en place et qui ont des effets directs et indirects sur les populations auxquels ils s’adressent d’une part, et la complexité de la réalité vécue par les populations étudiées d’autre part. Une telle construction s’appuiera sur la notion de réflexivité ainsi que sur la démarche adoptée par Norman Long et qui repose sur un cadre analytique spécialement conçu pour saisir les rapports entre les différents acteurs impliqués dans un dispositif de recherche ou d’intervention dans le domaine du développement (actor-oriented approach).  

 

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NICOLAS-LE STRAT, Pascal

Département de science politique, l'Université Montpellier 3

 

La sensibilité "expérientielle" dans l'engagement critique (l'expérimentation politique dans les pratiques artistiques et urbaines)

 

Cette contribution se propose d'interroger l'articulation entre critique sociale et "expérimentation politique" à partir des initiatives prises par de nombreux artistes et activistes urbains qui s'attachent à contredire les formes dominantes de faire la ville et de la vivre. A l'occasion de ces expérimentations, ils mettent en quelque sorte leur intention critique à l'épreuve des situations rencontrées, à l'épreuve des situations urbaines qu'ils partagent avec des habitants. Ils ne se contentent pas de désavouer une réalité mais ils s'efforcent de la moduler en termes différents et de l'inscrire dans de nouvelles perspectives.

Leur posture critique ne se résume donc pas à une position de refus. Au contraire, ils s'approprient une situation mais pour mieux en contrecarrer la logique. On peut dire qu'ils cherchent à retourner la situation contre elle-même en la mettant en jeu dans des formes nouvelles ou en la confrontant à un contexte inhabituel.

Ils n'agissent pas dans les marges, certainement pas dans la marginalité. Ils agissent en situation, à la fois dans et contre la situation. Ils s'emparent de l'existant pour lui faire signifier quelque chose de radicalement autre.

Ces artistes et activistes urbains expérimentent les situations dans la mesure où ils doivent évaluer et ré-évaluer régulièrement l'environnement dans lequel ils agissent, rester suffisamment receptifs aux événements qui ne manquent pas de survenir, réajuster leur action en regard des oppositions rencontrées... Ils ne peuvent pas se contenter d'assumer un rapport d'opposition ni simplement d'endosser une position alternative. Ils se confrontent nécessairement à l'indétermination de la situation. Et cette indétermination les contraint à reconsidérer régulièrement leur point de vue et à poser de nouvelles hypothèses, à tester d'autres modalités d'action et à reconfigurer, en conséquence, leur mode d'intervention.

Cette sensibilité "expérientielle" dans l'engagement critique puise à plusieurs sources théoriques : par exemple, du côté de Michel de Certeau, la force critique et transformatrice des usages silencieux et des pratiques quotidiennes; du côté de Michel Foucault, une conception du pouvoir de résistance en rien identique ou similaire au pouvoir qui opprime; du côté de Félix Guattari, l'importance des micropolitiques qui ne correspondent nullement à une miniaturisation des enjeux; du côté de John Dewey, le rôle de l'enquête en tant que processus continu de formulation et reformulation des situations.

Cette proposition de contribution s'appuie sur plusieurs années de recherche auprès de collectifs d'artistes et/ou d'activistes urbains : par exemple avec le collectif aaa créé par Doina Petrescu et Constantin Petcou dans le quartier La Chapelle à Paris (http://peprav.net/tool/) ou le dispositif d'expérimentation artistique et sociale Protocoles Méta initié par Jean-Paul Thibeau, professeur à l'École supérieure d'Art d'Aix-en-Provence (http://www.protocolesmeta.com/)

Autres :

Site personnel : www.iscra.fr

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Noury, Mathieu

Département de sociologie, Université de Montréal

Paris-X Nanterre

 

Le corps de la nanomédecine. Politique, Nanotechnologies et nouvelles pratiques biomédicales

 

Parmi la multitude des domaines que les nanotechnologies prévoient bouleverser, la médecine est sans conteste le domaine où les attentes et espoirs sont les plus grands. Promettant de révolutionner la pratique médicale, la fabrication de Drugs Delivery Technology ou de nanorobots devrait permettre d'effectuer des interventions de nature thérapeutique, diagnostique ou préventive au niveau moléculaire ou cellulaire. Les promesses annoncées par la nanomédecine ouvrent ainsi un espace de discours spéculatif technoscientifique qui permet à certains médecins, scientifiques, ingénieurs ou politiciens d'affirmer que les nanotechnologies permettront d'améliorer considérablement la santé, la longévité et les capacités physiques et mentales des êtres humains par le contrôle et la manipulation du biologique. Mais si le rêve de la santé parfaite semble enfin à portée de main, ces nouveaux types de pratiques biomédicales n'en soulèvent pas moins nombre de questions, parmi lesquelles le contrôle technoscientifique des corps et de la vie à l'échelle nanométrique se détachent en arrière en fond comme problématiques et enjeux sociologiques majeurs. Cette présentation aura ainsi un double objectif. Tout d'abord, démontrer la spécificité de ces nouveaux types d'interventions en établissant le lien entre, d'une part, la représentation particulière du biologique qui permet d'envisager le contrôle et la manipulation des mécanismes vitaux et, d'autre part, le passage d'une pratique médicale s'orientant désormais beaucoup plus vers l'amélioration du corps et de la vie en soi que vers la guérison. Une fois ce lien établi, nous montrerons que ces nouvelles (nano)technologies de la vie sont les vecteurs d'une nouvelle représentation de l'être humain et de son devenir qui offrent un nouvel espace au biopolitique envisagée comme « politique de la vie en soi ».

 

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O

 

Ouédraogo, Oussimane

Université de Ouagadougou / ISSP, Burkina Faso

Bologo, Eric

Univeristé Catholique de Louvain-la-Neuve, Belgique

Mondain, Nathalie

Université d’Ottawa, Canada

Nana, Pascal

Université de Ouagadougou / ISSP, Burkina Faso

 

Intentionnalité des chercheurs et objectifs de réduction des inégalités sociales de santé : le cas d’un observatoire démographique et épidémiologique en milieu urbain africain

 

Les systèmes de surveillance démographique (SSD ou observatoires de population) grâce au suivi des indicateurs démographiques et épidémiologiques qu’ils permettent constituent une source de données intéressante pour la santé des populations. Ces systèmes s’avèrent toutefois extrêmement contraignants tant pour les équipes qui en assurent la réalisation que pour les populations qui y sont soumises. Par conséquent ce mode particulier de recueil d’information provoque une lassitude croissante des populations qui y sont incluses. Celles-ci, souvent peu instruites et vulnérables économiquement, ne perçoivent pas l’intérêt que de tels dispositifs de recherche peuvent procurer, les questions auxquelles elles doivent répondre systématiquement ne faisant pas toujours du sens compte tenu des impératifs de gestion du quotidien auxquels ces populations sont soumises.

 

On se trouve donc dans une situation apparemment paradoxale, où intentionnalité du chercheur (non questionnée car apparemment éthiquement inattaquable) et intérêts perçus et vécus par la population étudiée semblent entrer en conflit. Plus encore, la mise en œuvre de méthodes de recherche dites participatives visant à impliquer davantage les populations dans ce qui est présenté comme allant dans leur intérêt et « bien être commun », finit nous semble-t-il, par contribuer au maintien des formes d’inégalités sociales existantes. Ainsi, contrairement à leur vocation, l’application de ces méthodes, devenues extrêmement populaires dans le milieu du développement, risque d’aboutir à la production de connaissances décontextualisées, puisque les référents et catégories sur lesquels elles se fondent ne font pas de sens pour ces populations. L’intentionnalité du chercheur peut-elle suffire pour rendre compte des inégalités sociales locales ? Est-elle en mesure d’entraîner un changement relatif aux conditions objectives d’existence des populations locales ?

 

La mise en place de tels dispositifs pose donc des problèmes à la fois éthiques et scientifiques qui sont exacerbés en milieu urbain où les contraintes de la vie courante rendent la réalisation de telles enquêtes difficiles. Pour rendre compte de ces enjeux deux recherches qualitatives ont été menées dans le cadre de l’Observatoire de population de Ouagadougou (Burkina Faso), la première cherchant à évaluer dans quelle mesure des activités d’informations et de restitution (ou l’absence de telles activités) influent sur la participation durable des habitants au système et la seconde à montrer l’importance d’une compréhension des dynamiques sociales existant dans les quartiers inclus dans l’observatoire.

 

Sur la base de ces deux recherches nous chercherons à montrer que la construction d’une « sociologie de l’intentionnalité » s’avère essentielle pour mettre en évidence ces décalages entre les dispositifs de recherche ou d’intervention mis en place et qui ont des effets directs et indirects sur les populations auxquels ils s’adressent d’une part, et la complexité de la réalité vécue par les populations étudiées d’autre part. Une telle construction s’appuiera sur la notion de réflexivité ainsi que sur la démarche adoptée par Norman Long et qui repose sur un cadre analytique spécialement conçu pour saisir les rapports entre les différents acteurs impliqués dans un dispositif de recherche ou d’intervention dans le domaine du développement (actor-oriented approach).  


 

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P

 

Palenzuela, Pablo

Departamento de Antropología Social, Universidad de Sevilla

 

Nouvelles cultures du travail dans l’économie émergente cubaine 

 

En 1993, le gouvernement cubain se voit forcé d’adopter des nouvelles mesures de politique économique dans le but d’affronter la descente du PIB en 24% suite à la disparition des accords commerciaux privilégiés maintenus avec l’ancienne  URSS.

Parmi ces mesures, l’ouverture aux investissements étrangers, surtout dans le secteur touristique auquel on accorde une importance stratégique, prend le premier rang.

Ce sont surtout des compagnies touristiques espagnoles (Sol-Meliá, NH Hoteles, Barceló S.A., etc) qui vont profiter de cette nouvelle politique de captation d’investissements pour signer des accords avec le gouvernement cubain, afin de constituer des entreprises mixtes (joint-ventures) ou des contrats d’administration des hôtels à titularité publique.

Ces entreprises font partie de ce qu’on appelle «l’économie émergente» et fourniront de l’emploi à plus de 100.000 travailleurs cubains avec un Haut degré de formation académique, mais avec une très faible qualification dans le secteur hôtelier et, surtout, avec une expérience de travail dans l’emploi publique.

À partir du concept « cultures du travail », que nous considérons un outil épistémologique fondamental pour l‘Anthropologie du Travail, nous avons réalisé durant trois ans un projet de recherche dont l’objectif était de vérifier les changements, autant au niveau matériel (le savoir faire) qu’idéationnel, des cultures du travail des employés cubains maintenant intégrés dans des relations de travail capitalistes, après avoir été auparavant socialisés dans un système d’économie planifiée où le travail était considéré comme un devoir avec la révolution.

Les résultats de cette recherche nous montrent une nouvelle fracture dans la structure sociale cubaine, présumée comme égalitaire dans les discours officiels. Ce collectif des travailleurs cubains, à partir de leur expérience de travail dans l’économie émergente, ont subis un profond changement, autant dans leurs conditions matérielles d’existence que dans leurs rapports sociaux et, finalement, dans sa cosmovision, pour devenir un nouveau secteur dans une structure sociale de plus en plus diversifiée.

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Pantaleón, Jorge

Université de Montréal, Département d’anthropologie

 

Domestication économique et monétarisation de la vie sociale: les transferts d’argent et de biens parmi les immigrants latinos à Montréal 

 

Depuis plus de quatre décennies, l’anthropologie et la sociologie d’une part, et l’économie, d’autre part, ont institué leurs légitimités disciplinaires de façon à segmenter certains comportements humains selon une logique dichotomique : celle que opposerait les actions sociales au sein du marché des actions à l’intérieur des liens familiers. Les transferts monétaires et de biens effectués de la part des immigrants latino-américains à Montréal exhibent les limitations de ce modèle oppositionnel.  Les pratiques qui entraînent l’envoi d’argent dans le champ social transnational permettent de les comprendre comme étant aussi un phénomène domestique, en faisant également partie du monde marchand. Nonobstant, cette superposition n'autorise pas à la qualifier comme une simple entité hybride. Par conséquent, dans l’observation de ce processus d’imbrication mutuelle, une perspective (interdisciplinaire) qui vise capturer les pratiques économiques empiriques, s’oblige à porter une attention particulière aux situations de jonctions et de séparations natives, c'est-à-dire, celles développées par les acteurs sociaux engagés dans cet univers d’échange.  

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Pelchat, Yolande (*)

Centre de santé et de services sociaux de la Vieille-Capitale

 

La participation, un vocabulaire à portée critique ? 

 

En 1983, Jacques T. Godbout publiait La participation contre la démocratie. Au terme de plusieurs recherches sur diverses expériences québécoises de participation d’usagers ou de résidants d’un territoire donné, il formulait une conclusion en deux volets : 1) « les expériences de la participation ont été essentiellement les instruments de légitimation du pouvoir d’un groupe social »; 2) « mais l’idée de participation demeure très riche en capacité de transformation de la société actuelle ». Vingt-cinq ans plus tard, quel bilan peut-on faire du chemin parcouru par cette idée  et de la perspective critique qu’elle a transportée avec elle? De quelle façon les significations attribuées, de façon implicite ou explicite, à la participation viennent-elle soutenir les pratiques d’interpellation et de revendication aussi diverses qu’incessantes que suppose le projet démocratique? À partir d’une analyse de diverses méthodes et outils proposés pour favoriser la « participation citoyenne » dans le domaine de la santé et des services sociaux, cet exposé propose d’examiner en quoi la promotion de la participation s’accompagne de l’exigence de (re)tisser des « chaînages longs » capables de « porter une action au loin » (Boltanski et Chiapello,1999) transformatrice des injustices et des inégalités.

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