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sur le site de l'Association canadienne des sociologues et anthropologues de langue française (ACSALF), une association sans but lucratif regroupant des sociologues et des anthropologues d'expression française du Canada. L'association a pour objectif de favoriser les échanges au sein de ces deux disciplines et d'en faire la promotion.

 

 
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JOSEPH YVON THÉRIAULT

Université d'Ottawa

 

Au moment de prendre la présidence d’une association comme l’ACSALF, il va de soi que je me suis demandé « quelle est la raison d’être d’une telle association? ». Une telle question est d’autant plus d’actualité que plusieurs signes semblent remettre en question la pertinence actuellement, tant dans les universités, les Cégeps, que dans la recherche en général, de la formation et de regroupements de chercheurs par discipline. Ainsi, l’existence même des Cégeps et de la formation générale qu’ils assurent, notamment à travers des disciplines comme la sociologie et l’anthropologie, est régulièrement remise en question. Dans les universités les programmes interdisciplinaires ont la cote, l’anthropologie comme la sociologie sont souvent subsumées dans des regroupements thématiques plus larges. Les nouvelles orientations du conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH) visant à transformer le conseil de recherche en conseil du savoir proposent explicitement de réunir dorénavant les chercheurs sur des objets de recherche plutôt que sur des disciplines. Cette dilution de nos disciplines qui est souvent une spécialisation thématique se perçoit facilement au fil des colloques annuels de l’ACSALF : de plus en plus d’anthropologues et de sociologues y participent dans des colloques thématiques – en communication, en études féministe, en ethnicité, en santé, en développement régional – ; et, de moins en moins au colloque noyau de la discipline. Ne faudrait-il pas prendre acte de ce cheminement et accepter la fin des perspectives disciplinaires?

 

Non seulement, faut-il le souligner, la dimension disciplinaire (anthropologie et sociologie) est aujourd’hui remise en question mais une autre dimension, au cœur de la mission traditionnelle d’une association comme l’ACSALF -- l’espace national de déploiement du travail scientifique --, est, elle aussi, remise en question. Les sciences sociales, comme les sciences pures – à leur suite d’ailleurs – seraient aujourd’hui mondialisées, c’est-à-dire que tant les questions que les chercheurs sont sommés d’adopter une perspective cosmopolite, par opposition à la perspective nationale-centriste qui fut celle prédominante depuis le début de la fondation de nos disciplines. Il serait un peu ringard à cet égard de défendre aujourd’hui le champ d’une anthropologie ou d’une sociologie québécoise tout comme il serait stratégiquement inapproprié d’investir trop fortement dans des réseaux nationaux. On reconnaîtra un discours qui n’est pas sans effet sur la pertinence d’une association comme la nôtre. « Je m’investis dans des réseaux internationaux, je n’ai plus de temps pour l’ACSALF ». Encore là ne faudrait-il pas prendre acte de ce déploiement mondialisé de la science et mettre fin à ces regroupements qui visent à activer le champ national des sciences sociales ?

 

Une troisième tendance enfin vient remettre en question la pertinence d’une association comme l’ACSALF : la langue. L’anglais n’est-elle pas devenue la langue de communication et de diffusion du monde international de la science, y compris des sciences sociales? Dans les grandes associations internationales, type AIS -- Association internationale de sociologie – bien que la diversité linguistique soit proclamée, l’anglais n’est-elle pas dans les faits la lingua franca? Faut-il encore défendre une sociologie et une anthropologie qui s’expriment en français au risque d’être marginalisé dans le déploiement de nos spécialités ? Encore plus, faut-il continuer à parler d’une sociologie française dans le sens d’une particularité des questionnements et des problématiques liés au champ discursif de la francophonie ? Au contraire ne faudrait-il pas ici aussi prendre acte de l’évolution linguistique du monde et mettre fin à cette volonté de particulariser linguistiquement nos disciplines ?

 

Je dois dire que si j’ai accepté d’assumer la présidence de l’ACSALF c’est que je crois ni inéluctables ni souhaitables les tendances que je viens de décrire. Il ne m’est pas possible de développer longuement comment j’arrive à un tel constat. C’est d’ailleurs il me semble une des tâches même de l’ACSALF de créer des forums qui permettent de réfléchir sur ces tendances. Je me limiterai donc à suggérer sous forme liminaire trois réponses à ces tendances

 

1 : Les savoirs disciplinaires restent à mon sens des lieux qui intègrent les connaissances dans une tradition qui dépasse la connaissance immédiate d’un objet et qui par conséquent permettent leur transmission sous la forme d’un savoir civilisationnel et critique. Les sciences sociales sont appelées à disparaître si elles se déploient uniquement sous la forme d’un savoir immédiat de type ingénierie sociale.

 

2 : La plupart des travaux en anthropologie et en sociologie restent largement contextualisés. Il s’agit certes d’un savoir universalisable mais toujours appréhendé dans un contexte particulier qui reste largement celui de l’espace national. La très grande majorité des travaux des sociologues et des anthropologues ne prennent sens que dans ce contexte. Nos disciplines seraient largement appauvries si elles se limitaient aux travaux de la centaine de sociologues et anthropologues – par opposition aux milliers qui existent sur la planète -- qui ont une audience mondiale.

 

3 : Dans le combat contre l’homogénéité du monde qu’opère actuellement la mondialisation néo-libérale la langue est l’un des outils fondamentaux de la diversité culturelle. Il reste une tradition sociologique partagée par la francophonie qui permet de lire autrement la réalité sociale que celle mise de l’avant par la sociologie mainstream anglo-américaine. Travailler au développement d’une sociologie et d’une anthropologie de langue française c’est participer au maintien d’une connaissance pluraliste du monde.

 

Voilà je pense de bonnes raisons de croire à la pertinence d’une association comme la nôtre, du moins des raisons suffisantes pour accepter d’en assumer la présidence. Mais il y a plus. Malgré, ou en raison, des enjeux que je viens de mentionner, il y a chez les sociologues et les anthropologues de langue française du Québec et du Canada une grande motivation à travailler au développement d’une association vouée au rayonnement de leur discipline. Une équipe formidable, représentative des différents milieux institutionnels où se déploient l’anthropologie et la sociologie, s’est proposée pour animer notre association. Les sociologues Jean Philippe Warren (vice-président), Concordia ; Jean-Philippe Coté (trésorier) Cégep André Laurendeau ; Lucie Mercier (présidente sortante), Cégep de Saint-Jérôme ; Victor Armony, UQAM ; Jacques Beauchemin, UQAM ; Anouk Bélanger, Concordia  Marc André Délisle, Sherbrooke ; Paul Sabourin, Montréal, Pierre Skelling, doctorant Laval ; Marie-Blanche-Tahon, Ottawa, ainsi que les anthropologues, Margot Soulières (secrétaire exécutive), GIRAFE-Montréal ; Daniel Coté, doctorant Montréal, ont donc, avec enthousiasme, acceptés de m’accompagner dans ce projet de donner une voie forte aux préoccupations des sociologues et des anthropologues d’ici. Cette équipe est appuyée par la coordonnatrice exécutive, Lucia Melita Golea Man, doctorante en sociologie à l’UQAM. Avec une telle équipe l’ACSALF est plus dynamique que jamais.

 

 

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© ACSALF  Mise à jour : le 21-12-2004