Atelier 24 : « Le religieux conjugué au pluriel »

L’atelier s’ouvre avec la présentation de Géraldine Mossière, également présidente de séance. Sa communication importe les notions de mobilité et d’immobilité dans le champ symbolique qui, avec la globalisation, voit se reconfigurer les tendances et comportements religieux. Que l’on pense aux nouveaux sites de pèlerinage (p. ex. le Petit Compostelle au Saguenay), au « religieux virtuel » (p. ex. les cimetières en ligne) ou aux e-churches, les sujets croyants ne semblent avoir de cesse de « porter » et « transposer » différents symboles moraux. G. Mossière invite à ne pas négliger les valeurs morales dont sont porteurs les sujets croyants qui moralisent des espaces physiques en leur assignant des significations qui orientent à leur tour les mobilités des autres sujets. Ces reconfigurations symboliques marquant des espaces géographiques tendent à établir des frontières pouvant donner lieu à de véritables « guerres symboliques », à des champs de bataille moraux.

La communication de Samuel Blouin demeure dans le champ des mobilités symboliques pour proposer de définir les conversions comme des mobilités dans des configurations de valeurs. Avec cette proposition, il souhaite déconstruire la synonymie entre les notions de « conversion religieuse » et de « mobilité religieuse » qui sont régulièrement employées de façon interchangeable. Cette synonymie repose en effet sur un consensus épistémologique sous-entendu définissant la conversion comme un « changement d’identité religieuse ». À l’appui des cas de Paul Claudel, un converti au catholicisme, et de Michelle Blanc, une transsexuelle québécoise, S. Blouin quitte le registre de la religion pour plutôt analyser les conversions au regard d’une sociologie des valeurs. Il souligne ainsi la centralité des convictions intimes des individus pour comprendre ces phénomènes en tant que « faits ordinaires » de la vie sociale.

Rosaria Maria Tagliente propose quant à elle une approche pour appréhender les rapports qu’entretiennent les individus avec la religion. Prenant ses distances vis-à-vis de la littérature sur la gestion du fait religieux, elle cherche à saisir la façon dont s’exprime la religion dans les pratiques et représentations des individus dans des sociétés dites sécularisées. Pour y parvenir, elle invite à considérer autant l’inscription spatiale d’individus partageant un même espace que la dimension temporelle de leurs parcours. De cette façon, il devient envisageable de s’intéresser au pluralisme religieux au sein même du groupe majoritaire dans lequel il ne semble pas exister a priori au regard des définitions « objectives » de la religion. Cette approche, inspirée de la méthode d’enquête de la « religion vécue », ouvre la voie à une cartographie des variabilités des religiosités individuelles dans le temps et l’espace.

Edio Soares n’a malheureusement pas pu obtenir son visa à temps pour pouvoir être présent à l’atelier.

Au cours de la discussion, différentes questions ont porté sur la question du choix et de la contrainte en matière religieuse. Par exemple, dans le cas des enfants, dans quelle mesure peut-on concevoir la religion comme un choix ? se demande V. Medori Touré. G. Mossière, en référence aux travaux de D. Meintel, donne l’exemple des couples mixtes dans le contexte montréalais qui tendent à concevoir les référents religieux comme un répertoire de symboles à disposition des enfants plutôt que comme une filiation. S. Blouin rappelle que les individus qu’il a analysés ne parlent pas de leur conversion qu’en termes de choix ou de contrainte, mais surtout comme quelque chose qui « leur tombe dessus ». Y. Droz souligne par ailleurs que la conversion pourrait gagner à être appréhendée comme une pratique thérapeutique comme le montre certains travaux notamment réalisés en contexte africain, ce que G. Mossière appelle à nuancer au risque de concevoir ainsi les convertis comme pathologiques. R M. Tagliente insiste à son tour sur la nécessité théorique de sortir des lectures en termes d’identité pour saisir les différentes formes de rapport au religieux.