Atelier 3: « La mobilité au féminin »

Dans le cadre de cet atelier portant sur la mobilité au féminin, M. Yoann Demoli du Laboratoire de Sociologie Quantitative (CRESt-GENES) a présenté les résultats d’une enquête portant sur l’accès des femmes à l’automobile en France depuis les années 80, la question principale étant de savoir si l’automobile représente une émancipation pour la femme ou plutôt la perpétuation de contraintes. Quantitativement, on semble assister à une convergence : les femmes conduisent effectivement de plus en plus. Cependant, quant aux différents usages de l’automobile, il apparaît que les hommes effectuent toujours une plus grande part des transports, à l’exception de ceux liés aux tâches domestiques. De plus, les contraintes familiales renforcent les écarts entre les types de trajets effectués par les deux sexes. Ainsi, il y a convergence apparente en terme d’automobilité, mais cette convergence n’implique pas la même mobilité pour les hommes et les femmes. L’accès au volant des femmes s’est traduit par une redistribution non-homogène des trajets et il semble que la voiture représente dans certains cas une extension de l’espace domestique.

Madame Karima Chader de l’Université de Béjaïa a ensuite traité de la condition féminine en Algérie, insistant d’abord sur la nécessité de comprendre la société traditionnelle algérienne comme point de départ pour analyser la mobilité féminine. Madame Chader a expliqué comment ce modèle traditionnel a été bouleversé par la colonisation française, principalement avec l’introduction de l’instruction chez les filles. Elle a présenté les résultats d’une enquête menée auprès de femmes algériennes et traitant de quatre variables de mobilité pour les femmes : l’instruction, le travail, l’exode rural et le mariage. L’instruction, plus particulièrement, est désormais perçue par les femmes comme une « arme » d’émancipation. Madame Chader a souligné que les femmes algériennes connaissent toujours le poids de la tradition, mais que cette contrainte est double pour les femmes non-instruites. L’âge du mariage a augmenté, à cause de l’importance désormais accordée aux études et au travail. L’exode rural a également permis aux femmes de s’éloigner d’un milieu traditionnel contraignant.

Par la suite, Madame Ibtihel Bouchoucha de l’Université d’Ottawa a présenté les résultats d’une impressionnante analyse multi-niveau portant sur le genre et la migration en Tunisie. Madame Bouchoucha a clairement démontré que les hommes et les femmes émigrent pour des raisons différentes et a souligné l’importance de considérer à la fois les caractéristiques individuelles et les circonstances socioéconomiques qui influencent les migrations internes et internationales. La migration masculine dépend davantage de facteurs contextuels économiques alors que la migration féminine semble davantage influencée par les facteurs contextuels liés aux rapports de genre et aux pressions traditionnelles. Madame Bouchoucha a souligné que même si les femmes tunisiennes ont bénéficié d’efforts nationaux visant à améliorer leur statut, les mentalités demeurent difficiles à changer.

Enfin, Karine Geoffrion a présenté son projet d’étude doctorale portant sur les trajectoires amoureuses et migratoires de femmes canadiennes qui ont parrainé leur conjoint dans le processus d’immigration. Dans la culture populaire et dans la littérature scientifique, les couples mixtes font souvent l’objet de généralisation et de stéréotypes négatifs reliés à une opposition entre exploiteur et exploité. La rigidité des normes entourant les procédures de parrainage repose d’ailleurs sur une « phobie du mariage frauduleux ». Les procédures souvent laborieuses et éprouvantes obligent donc les conjoints à « prouver l’authenticité » de leur relation. Madame Geoffrion a présenté deux cas démontrant la complexité et les nuances qui caractérisent le parcours des couples mixtes. Elle a fait ressortir que les sentiments et les intérêts matériels des deux partenaires interviennent dans le choix du lieu de résidence et qu’il n’est pas nécessairement question d’un déplacement du « Sud » vers le « Nord ». Elle a particulièrement souligné l’importance des émotions, de la rhétorique amoureuse et de l’intimité dans la question de la mobilité.
La période de questions a permis d’aborder plus spécifiquement la déconstruction des préjugés sur la mobilité des femmes et la difficulté de changer certaines mentalités traditionnelles.