Atelier 5 : « Reconfiguration des liens sociaux et familiaux »

Valérie MEDORI TOURÉ, Université de Ouagadougou
La mobilité des enfants de la rue à Ouagadougou, Burkina Faso
Le phénomène des enfants de la rue à Ouagadougou trouve sa source dans diverses raisons ou pratiques sociales, économiques culturelles et religieuses, détournées de leurs principes et valeurs. Les parcours de vie des enfants sont très hétérogènes et ils sont souvent confiés à un parent, un ami, un patron ou un maître coranique. Ils ont fui un environnement alternatif qui leur était défavorable ou qui ne répondait pas à leurs attentes. La dévalorisation du statut de l’enfant au sein de la famille le précarise, et par contrainte plus que par choix, il peut se diriger vers un nouvel ordre social dans la rue au sein de groupes stigmatiques. Entre stratégies de survie, nomadisme et clientélisme auprès des structures d’aide à l’enfance, ils sont alors exposés et enclins à toutes les formes d’exploitations et de violence.
Discussion Comment interroger ces enfants ? L’observation directe libre, en vivant dans le pays est déjà très parlante ; et des anciens enfants de la rue, sont les mieux placés pour recueillir les informations. Des entretiens directs avec au sein des structures permette une approche qualitative prudente. L’absence de visibilité des filles ? Elles ne veulent plus répondre aux enquêtes et elles préfèrent la discrétion (prostitution fréquente). Le mode de socialisation dans la rue et sa valeur? La responsabilité de l’éducation des enfants incombent aux adultes.

Fatiha HARRAT, Université de Bejaïa
Emigration, solidarité et mobilité sociale en Algérie
Au sein de certaines familles algériennes, il existe une mobilité sociale intergénérationnelle vers le haut qui se manifeste par une solidarité encore large. L’émigration de travail vers la France des années 1950, s’est traduite aujourd’hui par des retraités revenus au pays qui disposent d’une retraite en euros et qui aident les jeunes à l’ascension sociale. L’héritage n’est pas divisé dans la fratrie, mais au contraire constitue un capital pour contribuer à la réussite commune des membres de la famille par des investissements qui le font fructifier. C’est une fusion entre deux valeurs culturelles et économiques. Un nouveau facteur de la mobilité sociale algérienne se révèle par la concomitance du traditionnel et de la modernité.
Discussion : Cette solidarité est-elle répandue dans la société algérienne ? Malgré les mutations sociales, certaines valeurs sont conservées dans le sens où il y a une adaptation avec l’évolution sociale et économique de leurs formes. L’intérêt des jeunes à l’immigration aujourd’hui? Leur condition est plus difficile car les retraités actuels avaient pu bénéficier d’un accueil favorable quand la France cherchait une main d’œuvre docile et moins couteuse, alors qu’aujourd’hui, c’est le chômage partout. L’ampleur du fait social étudié ? Les stratégies d’épargne par la solidarité et les investissements bien ciblés ont effectivement pu permettre à quelques familles algériennes élargies très solidaires, de s’élever socialement et même parfois de devenir très riches.

DIALLO Saliou dit Baba, Université de Poitiers, (Migrinter)
Parcours familiaux, situations migratoires et stratégies d’autonomie : le cas d’une lignée forgeronne de la vallée du fleuve Sénégal (XXe – XXIe siècle)
La répartition spatiale des habitations dans la ville de Bakel dénotait à l’origine une ségrégation sociale par le système de castes et la religion musulmane. Avec la colonisation française, le désir de transformation sociale, s’est traduit par la scolarisation mais aussi par des modifications architecturales de l’espace urbain. Le quartier de moodi nkaanu a tenté de conserver une certaine autonomie, mais les stratégies des familles se sont soldées par une mobilité accrue vers la migration nationale (surtout Dakar) et internationale (Paris en particulier). La « chambre de Bakel » est devenue un système d’entraide des soninkés du Sénégal et de la diaspora qui conservent au-delà de la migration choisie.
Discussion : Rigidité culturelle des soninkés ? Conservatisme certes avec un attachement à la valeur de la solidarité et à la préférence culturelle notamment en matière d’union mais qui devient moins marquée avec la mixité qui bouscule l’habitude de préférence consanguine des mariages d’antan.

BERTHOUD Jérôme, Université de Lausanne
L’impossible reconversion des footballeurs professionnels camerounais : le rôle joué dans la gestion de la « retraite » sportive.
Le footballeur camerounais moyen a pu acquérir à travers la mobilité vers et en Europe un pouvoir symbolique qui se transforme en un poids quand il arrive à la retraite. Les attentes et les pressions familiales sont très fortes. Il se trouve confronté à des difficultés liés à une reconversion qui ne lui permet pas toujours d’assurer la continuité d’un certain train de vie qu’il menait ou que sa famille lui dévoyait, puisque considéré dans une carrière de prestige. Recueillir leur récit de vie demande une très grande flexibilité du chercheur qui doit se rapprocher jusqu’à la pratique informelle du football avec les protagonistes pour les amener à dévoiler un peu de leur nouveau parcours de vie.
Discussion : Les embûches méthodologiques ? Les footballeurs n’ont pas très envie de parler de leur reconversion car ils ont un peu honte de ne pas correspondre à l’image que les autres ont d’eux, particulièrement lorsque leur situation n’est pas favorable (chômage). Pourquoi précisément le retour de ces travailleurs migrants africains et leur reconversion est-elle plus difficile par rapport aux autres professions ? Ils sont à la retraite à un âge précoce et ils ont pris l’habitude de gagner de l’argent sans en connaître vraiment la valeur, pouvant dépenser de façon inconsidérée leurs gains, ayant commencé leur carrière très jeunes ils ne sont pas préparés à faire autre chose.

VAHABI Nader, Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), Paris
La mobilité, moteur du développement humain
L’atlas de la diaspora iranienne montre que depuis la République islamique de 1979, sur les cinq continents, ce sont 3,5 millions de personnes qui ont migré. Il s’agit d’un choix rationnel des individus qui ramène au concept de mobilité comme principe de liberté et moteur humain. Depuis quatre générations les iraniens ont franchi les frontières suivant huit démarches juridiques : le demande d’asile, la naturalisation, le séjour professionnel, le regroupement familial, le séjour estudiantin, le séjour touristique prolongé, l’adaptation au refus de séjour dans un pays voisin, les déboutés ou « sans papiers ». Avant 1981, il n’y avait pas de statut juridique. Les principaux pays destinataires de l’immigration étaient la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Angleterre, la Turquie, la Hongrie : entre 1948 et 2011 l’immigration a triplé.
Discussion : Les faits historiques peuvent-ils expliquer les pics de migration ? En effet, ce sont des évènements socio-historiques. Qui sont les immigrés ? Bien sûr comme partout quand il y a la guerre, la couche aisée part vers l’étranger.