Atelier 8 : « Aménagements et paysages urbains : pratiques et réflexions »

Marc Tadorian nous présente une ethno-géographie des territoires des pratiquants du train-writing sur les rames ferroviaires Suisses. Cette pratique consistant à graffer sur des trains a l’avantage de rendre mobile les œuvres des trains-writers. L’intervention se penche particulièrement sur la pratique du « bed&breakfast » organisé par les graffiti-writers à destination de « touristes graffiti ». Lorsque certains graffiti-writers se rendent dans un contexte non familier, ce service d’entraide entre adeptes permet d’obtenir un souvenir visuel de leur œuvre réalisée dans un contexte étranger. Lors de ces actions, les « locaux » mettent en œuvre un savoir géographique afin de synchroniser leurs actions avec le système ferroviaire : passages des trains et horaires des cheminots, tout en gardant le contrôle de leur territoire de « chasse » en « supervisant » la venue d’autres adeptes de cette pratique.

Coralie Lessard interroge ici la mobilité au regard de l’accessibilité aux infrastructures sportives dans des Zones Urbaines Sensibles (ZUS) de la région parisienne. Les politiques publiques locales se sont attachées à inciter la mobilité hors ZUS des jeunes y résidants lors de leurs pratiques sportives. Ces politiques locales ont-elles eu le but escompté ? Via son étude de terrain, Coralie Lessard pointe le fait que ces politiques prennent peu en compte les habitus de mobilité de ces jeunes. Ceux-ci se déplaçant moins que les autres jeunes pour pratiquer leur sport. De nombreuses hypothèses sont avancées pour expliquer ce résultat : les ressources financières et matérielles limitées des parents (pour pratiquer certains sports, se déplacer), un capital d’autochtonie important et enfin le faible accompagnement des enfants par leurs parents pour se rendre dans les infrastructures sportives.

Jean-Louis Genard applique la dialectique vitesse/lenteur à la rénovation urbaine de la ville de Bruxelles. Cette question permet des entrées méthodologiques différentes tout en pouvant être étudiée sous l’angle des politiques publiques. Trois types de référentiels engagent les enjeux de vitesse et de lenteur, le premier l’attractivité (développement des gares par exemple), celui de la fonctionnalité (efficacité des transports en commun et enfin celui de la durabilité et de l’écologie (favoriser les espaces piétonniers, plan vélo, aménagements des espaces publics). La gare est valorisée puisqu’elle est une « porte de la ville » et permet l’articulation de ces trois référentiels : en termes de connectivité elle est un élément essentiel tout en étant liée au partage social de la ville tout en induisant une rénovation de cette dernière (construction d’un business center dans les environs comprenant bureaux et hôtels).

Marc Tadorian est interrogé sur l’origine sociale des graffiti-writers et sur les messages politiques et/ou culturels que peuvent comporter leurs graffitis. Après avoir souligné l’hétérogénéité socio-économique des personnes interrogées lors de son terrain, Marc Tadorian explique que ces groupes connaissent une hiérarchisation forte, entre « novices » et « expérimentés » ainsi que des tensions concernant les codes esthétiques attachés ou non aux graffitis par les personnes les réalisant (opposition quantité/qualité par exemple).
Coralie Lessard est quant à elle interrogée sur le fait que de nombreux licenciés sont rassemblés ensemble dans une même catégorie alors qu’une analyse plus fine permettrait de mettre à jour le fait que certains sports sont plus pratiqués que d’autres, par les jeunes habitants en ZUS (football, sports de combats). L’étude et le travail sont actuellement en cours, mais d’après les premiers résultats, l’intervenante confirme les propos rapportés par l’intervention.
Jean-Louis Genard est interrogé sur le processus de gentrification en cours dans le quartier de Bruxelles proche de la gare du Midi.