Archives pour la catégorie Blogue

Atelier 24 : « Le religieux conjugué au pluriel »

L’atelier s’ouvre avec la présentation de Géraldine Mossière, également présidente de séance. Sa communication importe les notions de mobilité et d’immobilité dans le champ symbolique qui, avec la globalisation, voit se reconfigurer les tendances et comportements religieux. Que l’on pense aux nouveaux sites de pèlerinage (p. ex. le Petit Compostelle au Saguenay), au « religieux virtuel » (p. ex. les cimetières en ligne) ou aux e-churches, les sujets croyants ne semblent avoir de cesse de « porter » et « transposer » différents symboles moraux. G. Mossière invite à ne pas négliger les valeurs morales dont sont porteurs les sujets croyants qui moralisent des espaces physiques en leur assignant des significations qui orientent à leur tour les mobilités des autres sujets. Ces reconfigurations symboliques marquant des espaces géographiques tendent à établir des frontières pouvant donner lieu à de véritables « guerres symboliques », à des champs de bataille moraux.

La communication de Samuel Blouin demeure dans le champ des mobilités symboliques pour proposer de définir les conversions comme des mobilités dans des configurations de valeurs. Avec cette proposition, il souhaite déconstruire la synonymie entre les notions de « conversion religieuse » et de « mobilité religieuse » qui sont régulièrement employées de façon interchangeable. Cette synonymie repose en effet sur un consensus épistémologique sous-entendu définissant la conversion comme un « changement d’identité religieuse ». À l’appui des cas de Paul Claudel, un converti au catholicisme, et de Michelle Blanc, une transsexuelle québécoise, S. Blouin quitte le registre de la religion pour plutôt analyser les conversions au regard d’une sociologie des valeurs. Il souligne ainsi la centralité des convictions intimes des individus pour comprendre ces phénomènes en tant que « faits ordinaires » de la vie sociale.

Rosaria Maria Tagliente propose quant à elle une approche pour appréhender les rapports qu’entretiennent les individus avec la religion. Prenant ses distances vis-à-vis de la littérature sur la gestion du fait religieux, elle cherche à saisir la façon dont s’exprime la religion dans les pratiques et représentations des individus dans des sociétés dites sécularisées. Pour y parvenir, elle invite à considérer autant l’inscription spatiale d’individus partageant un même espace que la dimension temporelle de leurs parcours. De cette façon, il devient envisageable de s’intéresser au pluralisme religieux au sein même du groupe majoritaire dans lequel il ne semble pas exister a priori au regard des définitions « objectives » de la religion. Cette approche, inspirée de la méthode d’enquête de la « religion vécue », ouvre la voie à une cartographie des variabilités des religiosités individuelles dans le temps et l’espace.

Edio Soares n’a malheureusement pas pu obtenir son visa à temps pour pouvoir être présent à l’atelier.

Au cours de la discussion, différentes questions ont porté sur la question du choix et de la contrainte en matière religieuse. Par exemple, dans le cas des enfants, dans quelle mesure peut-on concevoir la religion comme un choix ? se demande V. Medori Touré. G. Mossière, en référence aux travaux de D. Meintel, donne l’exemple des couples mixtes dans le contexte montréalais qui tendent à concevoir les référents religieux comme un répertoire de symboles à disposition des enfants plutôt que comme une filiation. S. Blouin rappelle que les individus qu’il a analysés ne parlent pas de leur conversion qu’en termes de choix ou de contrainte, mais surtout comme quelque chose qui « leur tombe dessus ». Y. Droz souligne par ailleurs que la conversion pourrait gagner à être appréhendée comme une pratique thérapeutique comme le montre certains travaux notamment réalisés en contexte africain, ce que G. Mossière appelle à nuancer au risque de concevoir ainsi les convertis comme pathologiques. R M. Tagliente insiste à son tour sur la nécessité théorique de sortir des lectures en termes d’identité pour saisir les différentes formes de rapport au religieux.

Atelier 8 : « Aménagements et paysages urbains : pratiques et réflexions »

Marc Tadorian nous présente une ethno-géographie des territoires des pratiquants du train-writing sur les rames ferroviaires Suisses. Cette pratique consistant à graffer sur des trains a l’avantage de rendre mobile les œuvres des trains-writers. L’intervention se penche particulièrement sur la pratique du « bed&breakfast » organisé par les graffiti-writers à destination de « touristes graffiti ». Lorsque certains graffiti-writers se rendent dans un contexte non familier, ce service d’entraide entre adeptes permet d’obtenir un souvenir visuel de leur œuvre réalisée dans un contexte étranger. Lors de ces actions, les « locaux » mettent en œuvre un savoir géographique afin de synchroniser leurs actions avec le système ferroviaire : passages des trains et horaires des cheminots, tout en gardant le contrôle de leur territoire de « chasse » en « supervisant » la venue d’autres adeptes de cette pratique.

Coralie Lessard interroge ici la mobilité au regard de l’accessibilité aux infrastructures sportives dans des Zones Urbaines Sensibles (ZUS) de la région parisienne. Les politiques publiques locales se sont attachées à inciter la mobilité hors ZUS des jeunes y résidants lors de leurs pratiques sportives. Ces politiques locales ont-elles eu le but escompté ? Via son étude de terrain, Coralie Lessard pointe le fait que ces politiques prennent peu en compte les habitus de mobilité de ces jeunes. Ceux-ci se déplaçant moins que les autres jeunes pour pratiquer leur sport. De nombreuses hypothèses sont avancées pour expliquer ce résultat : les ressources financières et matérielles limitées des parents (pour pratiquer certains sports, se déplacer), un capital d’autochtonie important et enfin le faible accompagnement des enfants par leurs parents pour se rendre dans les infrastructures sportives.

Jean-Louis Genard applique la dialectique vitesse/lenteur à la rénovation urbaine de la ville de Bruxelles. Cette question permet des entrées méthodologiques différentes tout en pouvant être étudiée sous l’angle des politiques publiques. Trois types de référentiels engagent les enjeux de vitesse et de lenteur, le premier l’attractivité (développement des gares par exemple), celui de la fonctionnalité (efficacité des transports en commun et enfin celui de la durabilité et de l’écologie (favoriser les espaces piétonniers, plan vélo, aménagements des espaces publics). La gare est valorisée puisqu’elle est une « porte de la ville » et permet l’articulation de ces trois référentiels : en termes de connectivité elle est un élément essentiel tout en étant liée au partage social de la ville tout en induisant une rénovation de cette dernière (construction d’un business center dans les environs comprenant bureaux et hôtels).

Marc Tadorian est interrogé sur l’origine sociale des graffiti-writers et sur les messages politiques et/ou culturels que peuvent comporter leurs graffitis. Après avoir souligné l’hétérogénéité socio-économique des personnes interrogées lors de son terrain, Marc Tadorian explique que ces groupes connaissent une hiérarchisation forte, entre « novices » et « expérimentés » ainsi que des tensions concernant les codes esthétiques attachés ou non aux graffitis par les personnes les réalisant (opposition quantité/qualité par exemple).
Coralie Lessard est quant à elle interrogée sur le fait que de nombreux licenciés sont rassemblés ensemble dans une même catégorie alors qu’une analyse plus fine permettrait de mettre à jour le fait que certains sports sont plus pratiqués que d’autres, par les jeunes habitants en ZUS (football, sports de combats). L’étude et le travail sont actuellement en cours, mais d’après les premiers résultats, l’intervenante confirme les propos rapportés par l’intervention.
Jean-Louis Genard est interrogé sur le processus de gentrification en cours dans le quartier de Bruxelles proche de la gare du Midi.

Ateliers 22 et 28: « Cartographie d’habitation : choix, logiques et organisations résidentielles »

L’atelier animé par Emanuel Ravalet démarre par la communication d’Ekaterina Demintseva, qui aborde l’organisation de la vie des migrants en provenance d’Asie centrale dans la ville de Moscou. Alors qu’en France, E. Demintseva remarque que les vagues de migrations des années 1960 se sont traduites par un phénomène de concentration des populations immigrés (voire de « ghettoisation » pour certains auteurs comme D. Lapeyronnie), on observe à Moscou une mixité urbaine et sociale plus importante. L’installation des migrants, principalement des hommes seuls, dépend de leur lieu de travail, et ne semble déterminée ni par le quartier ni par les types de logement qui s’y trouvent. Ils occupent aussi bien des immeubles de mauvaise qualité (les khrouchtchevka) que des immeubles communautaires, dits staliniens, dans les beaux quartiers. Leurs pratiques urbaines se déroulent dans les mêmes espaces que ceux fréquentés par les Russes, et ils ont recours aux mêmes infrastructures. Pour autant, les rapports sociaux entre les deux populations sont distants et les migrants voient le plus souvent leurs espoirs de la « belle ville » déçus.
Etienne Paulin présente ensuite les résultats de son enquête anthropologique sur l’émigration rurale dans le sud du Maroc. En allant à rebours des conclusions formulées par d’autres travaux sur la question, il montre que l’émigration exclusivement masculine de paysans berbérophones, les Ammeln, ne vise pas à maintenir un modèle familial traditionnel qui serait celui de la famille élargie et de la maisonnée nombreuse. Au contraire, l’organisation résidentielle adoptée par la famille apparait comme une stratégie rationnelle et temporaire soutenant les logiques commerciales des paysans. E. Paulin révèle que la modernisation de cette société ne suscite pas des transformations uniformes dans les situations résidentielles et familiales. Le regroupement familial et la grande maisonnée constituent un des modes d’ajustement possible en attendant l’émigration définitive de toute la famille.
Garance Clément aborde ensuite les migrations transfrontalières entre la France et la Belgique. A partir du cas de l’agglomération lilloise, elle montre que ces migrations ne sont pas un mouvement uniforme résultant d’arbitrages purement rationnels. Si ce phénomène s’appuie bien sur une prise en compte des différentiels frontaliers entre les deux Etats membres, il repose aussi sur l’existence d’un « héritage frontalier » qui confère des dispositions favorables à la migration. Ces migrations varient ensuite selon la position sociale des individus. Alors que les catégories supérieures accèdent via la migration à un reclassement résidentiel et social, les catégories populaires restent tributaires des politiques migratoires nationales. Ces différences sociales rappellent qu’il ne faut pas confondre liberté de circulation et liberté d’établissement au sein de l’Union Européenne.
Renaud Goyer clôt la première partie de l’atelier en abordant le cas des locataires québécois, obligés chaque année, au moment du renouvellement du bail, de se prononcer sur leur logement à partir de la question : rester ou partir ? Le public enquêté est constitué de populations majoritairement immigrées et très contraintes, logées dans de mauvaises conditions. A travers la question « rester ou partir », ces locataires sont amenés à analyser leur rapport au logement et leurs possibilités de mobilité. R. Goyer identifie trois expériences, interactionnelle, financière et spatiale, qui interviennent dans la prise de décision. Ces expériences expriment un rapport d’exploitation, de ségrégation et de violence symbolique de la part du propriétaire mais aussi dans les rapports sociaux avec l’entourage et le voisinage. Les locataires, en plus d’être dépendants des fluctuations du marché du logement, donc exclus dans l’espace, se trouvent exclus par l’espace de leur logement.
Dans la discussion, E. Ravalet relève les thèmes transversaux aux quatre présentations : celui du rapport entre mobilité et migration qui peut s’interroger à partir de la question du retour, de son caractère définitif ou non ; celui du rapport entre mobilité et ancrage qui peut se lire dans l’analyse des espaces appropriés et de ceux qui ne le sont pas. On retrouve aussi dans ces communications différentes manières d’interroger le décalage entre positions sociales et positions spatiales.
Michèle Lalanne ouvre la deuxième partie de l’atelier en présentant les résultats d’une recherche conduite avec Hélène Brembeck sur la consommation des personnes âgées et des familles accompagnées de jeunes enfants en centre-ville. La recherche s’appuie sur une comparaison entre Toulouse et Göteborg. La mobilité est abordée ici comme une ressource sociale individuelle et collective en référence à Vincent Kaufmann, un capital spatial faisant écho aux travaux de Jacques Lévy, et une forme de solidarité socio-technique appelée « solidarité spatiale ». En observant la consommation en action, cette recherche révèle des stratégies et des tactiques de desserrement des contraintes qui permettent de « réussir sa mobilité ». Les capacités des individus et leur présence en ville sont renégociées de manière à ce qu’ils puissent continuer à sortir. L’analyse des solidarités de proximité dans l’espace public et marchand à travers les « logiques d’approvisionnement » s’avère heuristiquement féconde pour comprendre comme s’effectue le partage de l’espace dans la perspective d’une ville durable.
La communication de Guillaume Drevon, basée sur un travail effectué conjointement avec Luc Gwiazdinski et Olivier Klein, montre ensuite que dans un espace au cœur de l’espace Schengen, souvent envisagé comme un espace métropolitain intégré, les mobilités domicile-travail peuvent apparaître comme des révélateurs d’un effet frontière. En comparant la forme prise par les mobilités des travailleurs frontaliers de l’espace reliant Thionville et Luxembourg à celles se déployant dans la Région urbaine grenobloise, cette recherche met en évidence des espaces d’activités particulièrement « domocentrés » pour les premiers. Les terrains présentant des caractéristiques sociodémographiques et des budgets temps de déplacement similaires, ce résultat suggère qu’un effet barrière agit sur les mobilités des frontaliers et la localisation de leurs activités. La phase qualitative de la recherche viendra compléter l’exploitation des données de deux enquêtes de mobilités qui a été menée jusqu’à présent.
Jean-Paul Sanderson présente ensuite deux travaux de recherche. Le premier, mené avec Thierry Eggerick, porte sur l’impact du milieu de résidence et des choix résidentiels sur l’évolution sociale des individus en Belgique de 1991 à 2006. La Belgique se caractérise par une augmentation des inégalités sociales, une dualisation entre la Flandre et la Wallonie et une opposition croissante entre villes et espaces périurbains. La recherche montre que la migration accroit la dualisation sociale de l’espace. Alors que le choix résidentiel du périurbain est réservé aux groupes sociaux les plus favorisés et montre que la migration s’accompagne pour eux d’une mobilité sociale ascendante, les plus contraints migrent vers les espaces les plus pauvres, ce qui renforce les écarts territoriaux.
Dans une deuxième enquête, J-P. Sanderson interroge la transformation des choix résidentiels des retraités entre 1970 et 2006. L’enquête permet d’abord d’identifier les zones les plus attractives pour les retraités et montre que l’engouement pour la côte belge s’est renforcé de 2001 à 2006. Cet espace est néanmoins réservé aux plus aisés. Ensuite, contrairement à l’hypothèse de départ, les données du recensement montrent que le développement des pré-retraites ne semble pas avoir eu pour effet d’augmenter les migrations, ce qui indiquerait que les situations résidentielles se sont améliorées et n’encouragent plus à partir.
Au terme des présentations, E. Ravalet souligne l’intérêt des communiquants pour les effets barrière de la frontière, qu’elle soit nationale ou linguistique. Les présentations montrent aussi en quoi l’analyse des mobilités et des pratiques quotidiennes permettent de mieux comprendre les interactions dans et autour du logement.

Atelier 5 : « Reconfiguration des liens sociaux et familiaux »

Valérie MEDORI TOURÉ, Université de Ouagadougou
La mobilité des enfants de la rue à Ouagadougou, Burkina Faso
Le phénomène des enfants de la rue à Ouagadougou trouve sa source dans diverses raisons ou pratiques sociales, économiques culturelles et religieuses, détournées de leurs principes et valeurs. Les parcours de vie des enfants sont très hétérogènes et ils sont souvent confiés à un parent, un ami, un patron ou un maître coranique. Ils ont fui un environnement alternatif qui leur était défavorable ou qui ne répondait pas à leurs attentes. La dévalorisation du statut de l’enfant au sein de la famille le précarise, et par contrainte plus que par choix, il peut se diriger vers un nouvel ordre social dans la rue au sein de groupes stigmatiques. Entre stratégies de survie, nomadisme et clientélisme auprès des structures d’aide à l’enfance, ils sont alors exposés et enclins à toutes les formes d’exploitations et de violence.
Discussion Comment interroger ces enfants ? L’observation directe libre, en vivant dans le pays est déjà très parlante ; et des anciens enfants de la rue, sont les mieux placés pour recueillir les informations. Des entretiens directs avec au sein des structures permette une approche qualitative prudente. L’absence de visibilité des filles ? Elles ne veulent plus répondre aux enquêtes et elles préfèrent la discrétion (prostitution fréquente). Le mode de socialisation dans la rue et sa valeur? La responsabilité de l’éducation des enfants incombent aux adultes.

Fatiha HARRAT, Université de Bejaïa
Emigration, solidarité et mobilité sociale en Algérie
Au sein de certaines familles algériennes, il existe une mobilité sociale intergénérationnelle vers le haut qui se manifeste par une solidarité encore large. L’émigration de travail vers la France des années 1950, s’est traduite aujourd’hui par des retraités revenus au pays qui disposent d’une retraite en euros et qui aident les jeunes à l’ascension sociale. L’héritage n’est pas divisé dans la fratrie, mais au contraire constitue un capital pour contribuer à la réussite commune des membres de la famille par des investissements qui le font fructifier. C’est une fusion entre deux valeurs culturelles et économiques. Un nouveau facteur de la mobilité sociale algérienne se révèle par la concomitance du traditionnel et de la modernité.
Discussion : Cette solidarité est-elle répandue dans la société algérienne ? Malgré les mutations sociales, certaines valeurs sont conservées dans le sens où il y a une adaptation avec l’évolution sociale et économique de leurs formes. L’intérêt des jeunes à l’immigration aujourd’hui? Leur condition est plus difficile car les retraités actuels avaient pu bénéficier d’un accueil favorable quand la France cherchait une main d’œuvre docile et moins couteuse, alors qu’aujourd’hui, c’est le chômage partout. L’ampleur du fait social étudié ? Les stratégies d’épargne par la solidarité et les investissements bien ciblés ont effectivement pu permettre à quelques familles algériennes élargies très solidaires, de s’élever socialement et même parfois de devenir très riches.

DIALLO Saliou dit Baba, Université de Poitiers, (Migrinter)
Parcours familiaux, situations migratoires et stratégies d’autonomie : le cas d’une lignée forgeronne de la vallée du fleuve Sénégal (XXe – XXIe siècle)
La répartition spatiale des habitations dans la ville de Bakel dénotait à l’origine une ségrégation sociale par le système de castes et la religion musulmane. Avec la colonisation française, le désir de transformation sociale, s’est traduit par la scolarisation mais aussi par des modifications architecturales de l’espace urbain. Le quartier de moodi nkaanu a tenté de conserver une certaine autonomie, mais les stratégies des familles se sont soldées par une mobilité accrue vers la migration nationale (surtout Dakar) et internationale (Paris en particulier). La « chambre de Bakel » est devenue un système d’entraide des soninkés du Sénégal et de la diaspora qui conservent au-delà de la migration choisie.
Discussion : Rigidité culturelle des soninkés ? Conservatisme certes avec un attachement à la valeur de la solidarité et à la préférence culturelle notamment en matière d’union mais qui devient moins marquée avec la mixité qui bouscule l’habitude de préférence consanguine des mariages d’antan.

BERTHOUD Jérôme, Université de Lausanne
L’impossible reconversion des footballeurs professionnels camerounais : le rôle joué dans la gestion de la « retraite » sportive.
Le footballeur camerounais moyen a pu acquérir à travers la mobilité vers et en Europe un pouvoir symbolique qui se transforme en un poids quand il arrive à la retraite. Les attentes et les pressions familiales sont très fortes. Il se trouve confronté à des difficultés liés à une reconversion qui ne lui permet pas toujours d’assurer la continuité d’un certain train de vie qu’il menait ou que sa famille lui dévoyait, puisque considéré dans une carrière de prestige. Recueillir leur récit de vie demande une très grande flexibilité du chercheur qui doit se rapprocher jusqu’à la pratique informelle du football avec les protagonistes pour les amener à dévoiler un peu de leur nouveau parcours de vie.
Discussion : Les embûches méthodologiques ? Les footballeurs n’ont pas très envie de parler de leur reconversion car ils ont un peu honte de ne pas correspondre à l’image que les autres ont d’eux, particulièrement lorsque leur situation n’est pas favorable (chômage). Pourquoi précisément le retour de ces travailleurs migrants africains et leur reconversion est-elle plus difficile par rapport aux autres professions ? Ils sont à la retraite à un âge précoce et ils ont pris l’habitude de gagner de l’argent sans en connaître vraiment la valeur, pouvant dépenser de façon inconsidérée leurs gains, ayant commencé leur carrière très jeunes ils ne sont pas préparés à faire autre chose.

VAHABI Nader, Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), Paris
La mobilité, moteur du développement humain
L’atlas de la diaspora iranienne montre que depuis la République islamique de 1979, sur les cinq continents, ce sont 3,5 millions de personnes qui ont migré. Il s’agit d’un choix rationnel des individus qui ramène au concept de mobilité comme principe de liberté et moteur humain. Depuis quatre générations les iraniens ont franchi les frontières suivant huit démarches juridiques : le demande d’asile, la naturalisation, le séjour professionnel, le regroupement familial, le séjour estudiantin, le séjour touristique prolongé, l’adaptation au refus de séjour dans un pays voisin, les déboutés ou « sans papiers ». Avant 1981, il n’y avait pas de statut juridique. Les principaux pays destinataires de l’immigration étaient la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Angleterre, la Turquie, la Hongrie : entre 1948 et 2011 l’immigration a triplé.
Discussion : Les faits historiques peuvent-ils expliquer les pics de migration ? En effet, ce sont des évènements socio-historiques. Qui sont les immigrés ? Bien sûr comme partout quand il y a la guerre, la couche aisée part vers l’étranger.

Atelier 7: « (Im)mobilités géographiques, sociales et virtuelles: vers de nouvelles inégalités sociales ? »

Organisateurs:

Stéphanie Vincent-Geslin, École Nationale des Travaux Publics de l’État (ENTPE)

Christophe Mincke, Université Saint-Louis

Nathalie Ortar, École Nationale des Travaux Publics de l’État (ENTPE)

L’atelier démarre avec l’intervention de Benjamin Pradel à propos du Rythme comme concept théorique et paradigmatique pour observer et analyser l’évolution de nos sociétés à l’heure de la mobilité.
Dans l’histoire des discours sur la transformation des biens, de l’information, des personnes et des flux qui constituent les objets principaux de la Mobilité, celle-ci est majoritairement perçue comme un concept temporel, marqueur d’un rythme social.
Dans la société hypermobile actuelle, ce monde « flottant et liquide » B. Pradel se propose de discuter des morphologies potentielles qui peuvent émerger en considérant la mobilité comme disruption temporelle ; ainsi, « analyser les conséquences de la mobilité à travers le paradigme de la Rythme Analyse ». Après avoir abordé volontairement la perception et les représentation de l’impact de la mobilité d’un point de vue absolutiste (standards temporels, mises en réseaux, normalisation des systèmes marchands, individualisation, multi synchronisations, …), il met en avant le maillage universel de ces transformations duquel résulte une représentation du temps linéaire, arythmique. Cette néosocialité pose néanmoins problème pour en définir une morphologie. En s’attachant aux notions de Cycle (Platon) et d’Écoulement (Héraclite) et en proposant de les réunir plutôt que de les opposer il donne sens à l’idée d’une dualité assumée du temps comme sensibilité mouvante et fluide qui permettrait de réconcilier des permanences et des changements : ce que pourrait être le rythme. Selon B. Pradel il pourrait s’agir ici d’une représentation du temps sur laquelle concevoir la réorganisation de nos sociétés, dépasser les inégalités temporelles (Castell) et entrer dans les différentiels de mobilités en réintroduisant par exemple l’idiorythmie de Barthes… Bref accorder vies et substances aux autres manières de fluer que les mobilités représentées.

Vient ensuite la présentation d’une étude encore en travaux de Stéphanie Vincent et Nathalie Ortar, qui s’intéressent à l’abandon chez certains jeunes francophones entre 16 et 35, du passage du permis. Causes et adaptations pour conserver une forme de mobilité sont donc analysées en méthodes croisées (quantitatives : enquête « ménage » sur les régions de Montréal et Lyon entre 1987 et 2008, qualitatives : interviews semi directifs et collectes photographiques). Alors même que l’étude n’est pas finalisée, trois profils forts se détachent pour nous raconter la jeunesse francophone et son rapport au déplacement dans le territoire qu’elle occupe. À noter que les différences entre ces profils s’ancrent sur les automatismes éducationnels, la constitution familiale, les automatismes culturels. Gageons d’une étude riche, Nathalie Ortar ne manque pas de souligner l’énorme hétérogénéité des résultats qu’ils soient quantitatifs, ou qualitatifs. Autre étude, sur fonds privés, à propos des inégalités et grandes mobilités menées par Yann Dubois, Vincent Geslin, Gil Viry et Vincent Kaufmann avec pour objectif de « montrer en quoi une analyse des inégalités peut éclairer sur le pouvoir, le vouloir et le faire ». Amélioration des transports, investissement de la pendularité des déplacements, le monde du travail impacte forcément l’appréhension de la mobilité par les sociétés. Ici aussi la méthode employée est mixte, avec une étude portant sur 6 pays européens (Belgique, Pologne, Suisse, France, Espagne et Allemagne) et un échantillon de 1735 actifs entre 2007 et 2011. Les résultats tendent à montrer que la Grande mobilité est un facteur d’employabilité certain, les réfractaires à cette injonction étant les plus exposés au chômage. La contrainte du déplacement est néanmoins vécue différemment selon les territoires de vie et les niveaux de qualification. On peut se permettre de refuser la mobilité plus aisément quand on habite un territoire à fort potentiel économique (comme les suisses par exemple) et quand les qualifications professionnelles sont de niveaux élevés. Alors qu’en 2007 94% des personnes interrogées voyaient leur situation de mobilité comme éphémère, celle-ci en fin d’étude s’affirme comme situation pérenne. L’impact psychosociale elle, est fortement négative : les couples sont fragiles, la santé physique en souffre. Les résultats montrent ainsi qu’il est urgent de « considérer le droit à la mobilité et le droit à l’immobilité » en réunissant acteurs et décisionnaires.
Une dernière étude est présentée au cours de cet atelier, celle de Christine Schaut absente pour cause de non financement au déplacement, c’est Christophe Mincke de l’Université Libre de Bruxelles qui s’en fait le porte-parole : Le sens de la marche ou la marche comme prescripteur de résistance urbaine. L’état de l’art présente une urbanisation qui prend aujourd’hui en compte le développement de la marchabilité de certaines zones. Sources d’expériences sensibles, recréation de l’intime dans l’environnement, la marche à pied a été une source de réflexion chez différents auteurs comme Simoel qui décrit le marcheur des villes, victime du capitalisme montant, à Berlin au début du vingtième siècle ou encore Baudelaire et son flâneur, ambivalent, représentant de l’homme dans la ville moderne, flux humain dans lequel il s’inscrit pour mieux résister. « Le flâneur est un outsider », et c’est ce flâneur qui intéresse Christine Shchaut, celui qui va utiliser son environnement et s’en faire une force de lutte contre ce qui lui est imposé. Marcher serait alors une résistance à l’ordre capitaliste. C’est l’inattention polie (Goffman) comme forme de lutte. C’est aussi le marcheur non désiré, celui qui s’inscrit mal dans l’environnement qui l’exclue par son « inadaptation sociale ». C’est aussi le marcheur en rond, celui qui n’a pas de but précis, parce qu’il habite les rues… Ce sont ces marcheurs marginalisés par une ville qui se veut pourtant adaptée aux pas qui la foule qui interroge.

Atelier 3: « La mobilité au féminin »

Dans le cadre de cet atelier portant sur la mobilité au féminin, M. Yoann Demoli du Laboratoire de Sociologie Quantitative (CRESt-GENES) a présenté les résultats d’une enquête portant sur l’accès des femmes à l’automobile en France depuis les années 80, la question principale étant de savoir si l’automobile représente une émancipation pour la femme ou plutôt la perpétuation de contraintes. Quantitativement, on semble assister à une convergence : les femmes conduisent effectivement de plus en plus. Cependant, quant aux différents usages de l’automobile, il apparaît que les hommes effectuent toujours une plus grande part des transports, à l’exception de ceux liés aux tâches domestiques. De plus, les contraintes familiales renforcent les écarts entre les types de trajets effectués par les deux sexes. Ainsi, il y a convergence apparente en terme d’automobilité, mais cette convergence n’implique pas la même mobilité pour les hommes et les femmes. L’accès au volant des femmes s’est traduit par une redistribution non-homogène des trajets et il semble que la voiture représente dans certains cas une extension de l’espace domestique.

Madame Karima Chader de l’Université de Béjaïa a ensuite traité de la condition féminine en Algérie, insistant d’abord sur la nécessité de comprendre la société traditionnelle algérienne comme point de départ pour analyser la mobilité féminine. Madame Chader a expliqué comment ce modèle traditionnel a été bouleversé par la colonisation française, principalement avec l’introduction de l’instruction chez les filles. Elle a présenté les résultats d’une enquête menée auprès de femmes algériennes et traitant de quatre variables de mobilité pour les femmes : l’instruction, le travail, l’exode rural et le mariage. L’instruction, plus particulièrement, est désormais perçue par les femmes comme une « arme » d’émancipation. Madame Chader a souligné que les femmes algériennes connaissent toujours le poids de la tradition, mais que cette contrainte est double pour les femmes non-instruites. L’âge du mariage a augmenté, à cause de l’importance désormais accordée aux études et au travail. L’exode rural a également permis aux femmes de s’éloigner d’un milieu traditionnel contraignant.

Par la suite, Madame Ibtihel Bouchoucha de l’Université d’Ottawa a présenté les résultats d’une impressionnante analyse multi-niveau portant sur le genre et la migration en Tunisie. Madame Bouchoucha a clairement démontré que les hommes et les femmes émigrent pour des raisons différentes et a souligné l’importance de considérer à la fois les caractéristiques individuelles et les circonstances socioéconomiques qui influencent les migrations internes et internationales. La migration masculine dépend davantage de facteurs contextuels économiques alors que la migration féminine semble davantage influencée par les facteurs contextuels liés aux rapports de genre et aux pressions traditionnelles. Madame Bouchoucha a souligné que même si les femmes tunisiennes ont bénéficié d’efforts nationaux visant à améliorer leur statut, les mentalités demeurent difficiles à changer.

Enfin, Karine Geoffrion a présenté son projet d’étude doctorale portant sur les trajectoires amoureuses et migratoires de femmes canadiennes qui ont parrainé leur conjoint dans le processus d’immigration. Dans la culture populaire et dans la littérature scientifique, les couples mixtes font souvent l’objet de généralisation et de stéréotypes négatifs reliés à une opposition entre exploiteur et exploité. La rigidité des normes entourant les procédures de parrainage repose d’ailleurs sur une « phobie du mariage frauduleux ». Les procédures souvent laborieuses et éprouvantes obligent donc les conjoints à « prouver l’authenticité » de leur relation. Madame Geoffrion a présenté deux cas démontrant la complexité et les nuances qui caractérisent le parcours des couples mixtes. Elle a fait ressortir que les sentiments et les intérêts matériels des deux partenaires interviennent dans le choix du lieu de résidence et qu’il n’est pas nécessairement question d’un déplacement du « Sud » vers le « Nord ». Elle a particulièrement souligné l’importance des émotions, de la rhétorique amoureuse et de l’intimité dans la question de la mobilité.
La période de questions a permis d’aborder plus spécifiquement la déconstruction des préjugés sur la mobilité des femmes et la difficulté de changer certaines mentalités traditionnelles.