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TABLE RONDE : « MOBILES/IMMOBILES : LES NOUVELLES FIGURES DE LA PRÉCARITÉ ET LES STRATÉGIES D’ACTION »

Table ronde de l’ACSALF

Organisateurs : Lucio Castracani (Université de Montréal / IRTG Diversity) et Marie-Claude Haince (Vice-présidente de l’ACSALF, University of the Witwatersrand)

Vendredi le 30 mai 2014, de 14 h 30 à 17 h 00
INRS, 385 rue Sherbrooke Est (métro Sherbrooke)
Salle 1106 (1er étage)

Description

Au cours des dernières décennies, l’intensification des mobilités humaines – phénomène intimement lié à la mondialisation – a eu pour effet de bouleverser toute une série de rapports, notamment celui à l’espace et au territoire, à la citoyenneté et aux appartenances, à la temporalité et au travail. Pour réguler cette mobilité, la gestion de l’immigration s’appuie sur une panoplie de procédures administratives, de lois, de programmes qui, tout en contrôlant ces mouvements, en vient également à les qualifier et à les connoter qualitativement, pour s’assurer que cet afflux réponde bien aux besoins économiques de l’État. Ainsi, l’intensification des mobilités ouvre de nouvelles possibilités pour certains alors que pour d’autres, toutefois, elle peut devenir la source d’une précarisation de l’existence. En effet, au Canada cette mobilité différentielle favorisant la venue d’une main-d’œuvre utile se matérialise dans le contraste entre les différents types de contrats pour les travailleurs temporaires. Cette manière de faire est devenue emblématique.

C’est donc dire que le binôme mobiles/immobiles est plus souvent qu’autrement réducteur, car il n’est pas à même de rendre compte de la complexité de l’expérience de la mobilité/immobilité. Par exemple, les migrants peuvent souvent partager l’incertitude de ceux qui ne migrent pas, les immobiles, qui eux aussi ont assisté dans ces mêmes dernières décennies à l’intensification des mobilités, mais qui ont aussi été confronté à l’érosion progressive des droits sociaux – comme la récente réforme de l’assurance-emploi – et à une transformation importante du travail.

Cet ensemble de phénomènes parallèles travaillant les sociétés contemporaines fait en sorte que la précarité devient un élément rassembleur qui réunit des individus ou sujets qui souvent sont placés en opposition dans les discours médiatiques et politiques – pensons entre autres aux travailleurs étrangers et aux travailleurs résidents qui partagent pourtant la même précarité au travail.

Cette table ronde se veut donc une occasion de réfléchir sur les différents enjeux qui favorisent, aujourd’hui, la précarisation des existences, aussi bien en termes de travail que d’accès à la mobilité et au-delà. Comment penser la mobilité par-delà la dialectique mobiles/immobiles? Quelles sont les nouvelles figures de la précarité? Quelles sont les formes de précarisation à l’œuvre? Quelles possibilités d’actions? Quelles stratégies peuvent-elles être mises en œuvre pour contrer ces forces dominantes? Telles sont certaines des questions auxquelles les participants à cette table ronde tenteront de répondre.

JOURNÉE D’ÉTUDE : APRÈS LA CHARTE : QUESTIONNER « RACISMES ET DIVERSITÉS »

Après la Charte : Questionner « racismes et diversités »

Journée d’étude IRTG Diversity / ACSALF

Organisatrices : Leïla Benhadjoudja (Université du Québec à Montréal) et Marie-Claude Haince (Vice-présidente de l’ACSALF, University of the Witwatersrand)

Jeudi le 15 mai 2014, custodia iphone 7 plus marrone de 13 h 00 à 18 h 00
INRS, 385 rue Sherbrooke Est (métro Sherbrooke)
Salle 2109 (2e étage)

Lorsqu’il est question de penser la gestion de la diversité, custodia iphone 6 marcelo burlon les dérives sont toujours possibles. Coque pour Huawei Cette journée d’étude appelle à questionner non seulement les discours sur le vivre-ensemble et la diversité dans différents contextes, custodia iphone 7 360 gradi coque iphone for sale avec un regard particulier sur le Québec, custodia iphone x ducati Coque huawei pas cher mais aussi les initiatives politiques et administratives ayant trait à sa gestion. custodia iphone 5s con batteria Il s’agit de mettre en évidence et de déconstruire les postulats qui sous-tendent différentes conceptions de la vie commune en société et de l’articulation du collectif.

Alors que les discours sur la diversité et la reconnaissance apparaissent comme étant égalitaires, custodia iphone x watache coque imprimé huawei pas cher il s’agit de voir comment ils peuvent en venir à être investis par de multiples et diverses formes de racisme qui néanmoins engendrent des discriminations et des exclusions que ces discours prétendent pourtant rejeter. Cette évacuation de la question raciale dans les discours sur la diversité ne sert-elle pas à conforter le postulat d’une société post-raciale?

Il devient donc essentiel de repenser le rôle des universitaires, particulièrement quant à la montée et la banalisation des discours racistes et des pratiques de discriminations. Quels sont les liens entre les formes de savoir produits par l’Université et les discours politiques sur le vivre-ensemble? Quelles postures privilégier? Quelle critique possible? Il importe donc d’interroger le rôle des universitaires au sujet du racisme, custodia se iphone spigen coque iphone outlet store de la diversité et du vivre-ensemble.

Intervenants :

Valérie Amiraux (IRTG Diversity / Université de Montréal)
Chedly Belkhodja (Concordia University)
Leïla Benhadjoudja (Université du Québec à Montréal)
Gilles Bibeau (Université de Montréal)
Lucio Castracani (IRTG Diversity / Université de Montréal)
Gilles Dupuis (IRTG Diversity / Université de Montréal)
Stéphanie Gravel (IRTG Diversity / Université de Montréal)
Léon Grimard (IRTG Diversity / Université de Montréal)
Marie-Claude Haince (University of the Witwatersrand)
Mouloud Idir (Centre justice et foi)
Guy Lanoue (Université de Montréal)
Alice Lefilleul (IRTG Diversity / Université de Montréal)
Ianik Marcil (Économiste indépendant)
Bochra Manai (INRS – Urbanisation Culture Société)
Laurence McFalls (IRTG Diversity / Université de Montréal)
Deirdre Meintel (Université de Montréal)
Phillip Rousseau (IRTG Diversity / Université de Montréal)
Daniel Salée (Concordia University)
Robert Schwartzwald (IRTG Diversity / Université de Montréal)
Rosaria Maria Tagliente (IRTG Diversity / Université de Montréal)
Elisabeth Tutschek (IRTG Diversity / Université de Montréal)

 

Les places étant limitées,

LANCEMENT-CAUSERIE : PAR-DELÀ LES RITES ET LES MYTHES : POLITIQUE ET RELIGION AU MAROC

Lancement-causerie organisé par l’ACSALF et le département d’anthropologie de l’Université de Montréal

Vendredi le 10 octobre 2014, custodia iphone 7 plus gatti Coque huawei pas cher de 14 h 00 à 16 h 00
Département d’anthropologie, custodia speck iphone 6 coque iphone Université de Montréal
3150 rue Jean-Brillant (métro Côte-des-Neiges ou Université de Montréal)
Salle C-3019 (3e étage)

Description

L’ACSALF et le Département d’anthropologie de l’Université de Montréal sont heureux de vous conviez à un lancement-causerie à l’occasion de la parution de l’ouvrage « Le pouvoir de guérir : mythe, Coque huawei mystique et politique au Maroc » (Leiden/Boston: Brill, custodia juventus iphone x 2014) de Zakaria Rhani, custodia iphone 6s flip Coque pour Huawei Professeur à l’Université Mohammed V (Rabat, Maroc). custodia iphone 4 inter L’événement sera animé par Gilles Bibeau, custodia iphone x basket Professeur émérite.

Les places étant limitées,

TABLE RONDE : QUEL AVENIR POUR LE VIVRE-ENSEMBLE AU QUÉBEC?

Quel avenir pour le vivre-ensemble au Québec?

15 novembre 2013

Organisatrices : Marie-Claude Haince (University of the Witwatersrand), Vice-présidente de l’ACSALF, custodia morbida iphone 5 et Yara El-Ghadban (Université d’Ottawa)

Les événements récents de l’actualité québécoise entourant les débats sur la mise en œuvre d’une « Charte des valeurs québécoises » ne laissent personne indifférent, encore moins les chercheurs travaillant sur des questions liées à l’immigration, l’intégration, les communautés culturelles et les minorités ethniques et religieuses. custodia iphone 7 portafoglio Coque Huawei En Ligne Derrière toute cette cacophonie toutefois, il est difficile de mesurer, pour l’instant, les effets – sociaux, politiques et culturels – d’un tel débat, que ce soit à court, moyen ou long terme.

Cette table ronde se veut l’occasion d’une réflexion qui va au-delà des affects pour se concentrer sur les effets – probables et possibles – que la mise en œuvre (ou non) d’une telle charte pourrait produire sur l’avenir du vivre-ensemble au Québec. coque huawei Plusieurs parlent de fracture sociale, custodia iphone 6s plus apple d’une montée de l’intolérance face à certains groupes, d’une augmentation des discriminations et des actes haineux, custodia iphone 6s bianca d’une stigmatisation accrue des personnes déjà marginalisées, custodia iphone 8 plus full alors que d’autres y voient la possibilité d’une meilleure intégration et d’un accommodement plus harmonieux des diverses pratiques religieuses. custodia iphone 7 da cintura coque huawei prix Mais qu’en est-il vraiment? Où cela mènera-t-il? Quelles sont les dérives possibles? Quelles potentialités?

Plusieurs universitaires seront ainsi rassemblés pour offrir un état des lieux sur la question et fournir des analyses plus complexes et raffinées sur ces événements de l’actualité qui soulèvent chaque jour les passions.

JOURNÉE-COLLOQUE EN HOMMAGE À GILLES HOULE

CURIOSITÉ, GÉNÉROSITÉ, DÉBAT TROIS EXIGENCES DU PROJET INTELLECTUEL DE GILLES HOULE

Ces qualités que nous avons pu apprécier chez Gilles, le caractérisent comme chercheur, enseignant et Québécois, et comme l’ami que nous aimions et que nous voulons honorer ce mardi 17 mai 2011. En consultation avec les proches de sa famille, nous avons esquissé un programme pour cette journée consacrée à la vie et l’œuvre de Gilles autour d’un événement qui se veut mixte, c’est-à-dire au croisement du colloque de type scientifique et de l’hommage festif. custodia iphone 8 plus sacca coque iphone prix Se juxtaposeront des formules de table ronde (sur la sociologie de la connaissance et la sociologie du Québec) et des témoignages à propos de la manière dont il a accompagné et marqué ses étudiants, collègues et amis. custodia iphone 8 oro Cette journée-colloque se fait sous l’égide de l’ACSALF (Association des sociologues et des anthropologues de langue française) en reconnaissance de l’apport de Gilles à l’association comme ancien président et membre du conseil d’administration pendant plusieurs années.

Nous vous invitons à nous faire parvenir des documents à propos de Gilles (ex. des photos) qui pourraient être affichés lors de cette journée ainsi qu’à nous manifester le plus rapidement possible votre désir éventuel de faire une intervention dans une table ronde ou autrement au cours de la journée (par courriel à paul.sabourin@umontreal.ca ou par la poste à Paul Sabourin, Département de sociologie, Université de Montréal, C.P. custodia iphone pelle Coque Huawei P10 6128, succ. custodia iphone 6s pelle Coque huawei P20 Centre-ville, Montréal, QC, Canada, H3C 3J7). Coque huawei Nous essaierons dans l’organisation de la journée de donner une place à chacune des générations de sociologues que Gilles a côtoyées et a formées.

En espérant vous rencontrer lors de cette journée,

Véronique Dassas
Julien Houle
Nicole Ramognino
Line Grenier
Roch Hurtubise
Paul Sabourin

P R O G R A M M E

Mardi 17 mai 2011 à l’INRS-Urbanisation Culture et Société

9: 15 Mot de bienvenue

Interventions de Robert Sévigny (Université de Montréal), Nicole Ramognino (Université d’Aix-en-Provence) et Marcel Fournier (Université de Montréal)

10: 30 Table-Ronde I : Du sens et de la réalité. custodia iphone per moto Un projet sociologique qui privilégie l’analyse de la connaissance

Présidence : Barbara Thériault (Université de Montréal)

Roch Hurtubise (Université de Sherbrooke) : De la connaissance et des pratiques : à propos du débat avec les intuitions de départ
Line Grenier (Université de Montréal) : Le travail pédagogique comme travail critique
Jacques Hamel (Université de Montréal) : Relire « l’idéologie comme mode de connaissance »
Paul Brochu (Collège universitaire de Saint-Boniface) : Démarche sociologique et statut méthodologique du sujet chez Gilles Houle: Une sociologie wébérienne implicite?

12 :30 Diner

14 : 00 Table ronde II : Le Québec, un objet, un défi et un projet

Présidence : Roch Hurtubise (Université de Sherbrooke)

Simon Langlois (Université Laval) : Mutation de la classe moyenne au Québec : quarante ans de changements
André Turmel (Université Laval) : Remarques sur les propositions de GH: la famille au fondement de la société québécoise
Frédéric Parent (CEGEP de Lévis) : De l’idéologie à la monographie.

CONFÉRENCE PUBLIQUE : ANTHROPOLOGIE ET CITOYENNTÉ EN EUROPE : UN CHAMP PEU EXPLORÉ

14 décembre 2010

Organisatrice : Marie-Claude Haince (Université de Montréal / EHESS, Paris)

Conférencière : Catherine Neveu, IIAC-LAIOS (CNRS – EHESS, Paris)

Catherine Neveu est directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et est attachée au Laboratoire d’anthropologie des institutions et des organisations sociales (LAIOS/IIAC-EHESS). Ses travaux de recherche s’inscrivent principalement dans l’élaboration, tant en termes conceptuels qu’empiriques, d’une anthropologie de la citoyenneté. amazon custodia iphone 6s plus Après avoir exploré, à Londres puis en France, les questions de nationalité et de citoyenneté, elle a mené plusieurs recherches en France sur la « participation des habitants » et les mobilisations environnementales ainsi que sur la citoyenneté européenne. coque huawei Ses travaux actuels portent sur les pratiques et représentations de la citoyenneté à différents niveaux parmi de jeunes Français noirs, dans le cadre d’un programme Partenariat institutions-citoyens pour la recherche et l’innovation (PICRI) de la Région Île de France. custodia belkin iphone x coque huawei en ligne Parmis ses publications : Les intermittences de la démocratie (en collaboration avec M. custodia iphone x disegni Carrel et J. custodia per iphone 6 da moto Ion) (2009); Culture et pratiques participatives : perspectives comparatives (2007); Citoyenneté et espace public. custodia iphone x corsa Coque huawei Habitants, jeunes et citoyens dans une ville du Nord (2003); Inacceptable dépollution. Coque huawei pas cher Un terril du Nord-Pas de Calais (2001); Communauté, nationalité et citoyenneté.

JOURNÉE DE RÉFLEXION : UNIVERSITÉ : SAVOIRS ET AVENIR OU PIÈGES ET DÉRIVES ?

Date : Vendredi, 23 avril 2010, de 10h00 à 19h00
Lieu : Salon des professeurs
Faculté de droit – Université de Montréal
3101, chemin de la Tour
Montréal (Métro Université de Montréal ou métro Côte-des-Neiges)

Au cours des dernières années, les politiques concernant l’éducation et la recherche universitaire en sont venues à produire des effets importants sur la manière dont les rapports sociaux s’articulent – notamment ceux qui ont cours dans ce cadre, mais dont les conséquences se font sentir au sein de l’ensemble de la société.

Que l’on pense aux subventions de recherche – de plus en plus accordées en fonction des besoins du marché – ou encore à la détermination des activités de recherche, 9 x custodia iphone est-ce que les politiques mises en œuvre par les instances gouvernementales auraient tendance à s’orienter de plus en plus vers la «corporatisation »? En effet, custodia inter iphone 5s plusieurs chercheurs constatent que la validité de leur projet est évaluée selon des critères fondés sur une vision utilitariste de la connaissance et de son applicabilité. custodia iphone 7 cuoio Achat coque huawei pas cher Une tension de plus en plus palpable est ressentie par un nombre grandissant de chercheurs puisqu’ils sont appelés à devenir de petits entrepreneurs devant démontrer une rentabilité à court terme de leurs travaux.

En parallèle, l’intrication du principe de « clientélisme » à celui du « consumérisme » semble avoir acquis une acuité prégnante qui, custodia per cuffie iphone conséquemment, custodia completa iphone x structure de plus en plus les rapports humains, notamment entre étudiant et université, entre professeur-chercheur et université, entre université et marché, etc. custodia iphone 6 in silicone bianco Coque huawei France Comment se situer ou se positionner par rapport à ces transformations ? Quels impacts concrets peuvent-ils être dégagés ?

De même, les conditions de pratique de l’éducation supérieure subissent également des mutations puisque l’étudiant doit être considéré comme un client et le professeur un fournisseur de services. coque huawei prix Cette nouvelle réalité entraîne un questionnement sur la manière dont il est possible d’aborder la transmission du savoir. Coque huawei Comment les étudiants entrevoient-ils leur place et leurs rôles dans cette nouvelle « économie du savoir »?

Ces nouvelles politiques peuvent-elles être envisagées comme une sorte d’ingérence, à la fois politique et économique, qui s’immisce insidieusement dans toutes les sphères entourant la production et la transmission du savoir ? Est-ce que celles-ci limitent nécessairement l’autonomie intellectuelle du chercheur ou bien expriment-elles simplement une transformation de son rôle social (et économique)? Dans ce contexte, comment envisager l’avenir de la production et de la transmission du savoir dans le domaine académique ?

Cette journée de réflexion vise à faire, en quelque sorte, un état de la situation et à soulever une série de questions qui permettra, éventuellement, de trouver des alternatives à cette situation qui semble en inquiéter plus d’un.

QUELLE PLACE POUR LES SAVOIRS CRITIQUES DANS NOTRE UNIVERSITÉ CORPORATIVE?

Par Gilles Bibeau (Professeur, Département d’anthropologie, Université de Montréal)

Une brève introduction

1. J’ai appris, en quelque 40 années de recherche, qu’on ne peut pas pratiquer notre métier d’anthropologue ou de sociologue sans avoir en tête un projet social et politique, lequel est forcément sous-tendu par une « vision du monde » et par une éthique. Ainsi il existe deux attitudes principales face aux injustices et aux inégalités : on peut les refuser, les combattre, même si l’on sait que c’est un combat sans cesse recommencé ; on peut aussi les accepter, sous divers prétextes, s’en accommoder, en soutenant que les inégalités ont toujours existé et que le monde est ainsi fait. Le choix entre ces deux positions est un choix philosophique et éthique fondamental.

2. Nous produisons des savoirs techniques mais nous soulevons souvent plus de questions que nous n’apportons de réponses. Il en sera toujours ainsi dans les sciences de la société : nos textes jettent en effet un soupçon sur ce qui semble aller de soi, ils sèment le doute dans les certitudes, et ils touchent à ce qui fait mal dans une société, ce sur quoi on trébuche, ce devant quoi on hésite et qu’on préfère parfois taire. Il y a encore tant et tant à retravailler, à repenser, pour que les droits à la dignité, à une vie décente, au travail, à la santé, à l’éducation, soient une réalité pour l’ensemble des gens, ici et à travers le monde. Que dire, par exemple, face aux guerres que nos pays mènent un peu partout dans le monde, au nom de la paix, du droit et de la démocratie ?

3. Nous sommes les chroniqueurs plus ou moins fidèles de notre temps, partageant avec nos concitoyens l’aventure incertaine, tâtonnante, de la société dans laquelle nous vivons. Notre rêve est de nous élever autant que faire se peut au-dessus de la mêlée et de nous mettre, si la chose est possible, dans une position d’arbitre rigoureux qui rend compte de la vérité des coups qui se donnent. Nous ne sommes pas les médecins de la société mais notre rôle est, comme les anciens philosophes, de « faire penser les citoyens », dans l’exploration de nouvelles façons d’agir, de vivre et d’être ensemble. Cela implique un engagement, aussi lucide que possible, dans le combat pour plus de justice et de liberté, ce qui ne peut se faire que si nous possédons un sens élevé de ce qui nous fait humain.

4. De la philosophe Hannah Arendt nous avons appris combien est fragile toute pensée qui ne s’élabore que dans la solitude, loin des violences du siècle, à l’abri des polémiques, dans la non-résistance à l’inacceptable. Elle n’a cessé de répéter que la vie de l’esprit doit se laisser happer par les problèmes de la Cité, qu’il faut penser et théoriser ce qui se passe, inscrire les événements dans des réflexions plus générales, ne pas plier devant le réel mais tenter de l’ordonner intellectuellement pour permettre l’action lucide. Elle réclame la mise à l’épreuve des idées à partir des tourmentes de l’action, dans des ruptures parfois nécessaires avec ceux et celles qui ont été les alliés d’une cause et d’un temps mais qui peuvent avoir changé de camp.

5. Quelles que soient la profondeur et la rigueur de nos études, nous ne sauront bien sûr jamais acquérir de certitudes absolues sur le cours des choses ; cependant, cela n’empêche nullement la saisie de « vérités partielles », celles à partir desquelles l’action lucide puisse se déterminer. Arendt a toujours considéré le politique comme le lieu primordial, incontournable, dans lequel les convictions éthiques et philosophiques de l’intellectuel universitaire doivent se forger, comme un espace tragique aussi dans lequel se met en forme une pensée qui ne peut jamais échapper à la contingence et à l’épreuve du temps. C’est à partir des événements que la réflexion doit naître, répète-t-elle, dans un rejet allergique à toute conception philosophique qui conférerait un sens unique ou une raison à l’histoire et dans une sensibilité aux aléas de la vie des collectivités humaines.

À qui profite le savoir ?

Une première question à laquelle il m’apparaît important de répondre est de nous demander : « À qui profite le savoir? »
– S’agit-il pour les universitaires, professeurs et chercheurs, de produire des savoirs techniques, spécifiques, opérationnels et en somme des savoirs experts, comme le souhaitent nombre d’administrateurs d’université et de promoteurs de la recherche universitaire ? L’énergie des universitaires doit-elle se concentrer, en sciences sociales par exemple, sur l’étude des sujets reliés au meilleur fonctionnement de notre modèle de société néolibérale en documentant, par exemple, les raisons des préjugés anticapitalistes, les causes sociales de la sous-productivité de notre système, les caractéristiques des fauteurs de troubles, etc ? Nos collègues de biologie, chimie et physique doivent-ils se laisser dicter leurs sujets de recherche par les compagnies et fondations qui les financent comme c’est le cas, par exemple, avec les sociétés agro-alimentaires qui leur demandent d’étudier les liens entre consommation de frites et maladies cardio-vasculaires ? Faut-il nous laisser enrôler dans la nouvelle philosophie internationale de protection des nouveaux savoirs par la course aux brevets ?
– S’agit-il plutôt de défendre un projet d’émancipation sociale par la connaissance ? Faut-il persister dans l’idée que la publication d’articles dans des revues académiques constitue la voie royale de diffusion des connaissances ? Faut-il résister aux transformations de nos programmes de formation qui se font dans le sens d’une plus grande adéquation entre contenu des cours et marché du travail ? Les cours plus théoriques et les approches critiques ne risquent-ils pas de passer à la trappe dans une telle réforme ? Faut-il repenser, dans une meilleure rationalisation, le partage des tâches du professeur, du chercheur ? Faut-il articuler autrement enseignement, recherche et supervision des travaux des étudiants des cycles supérieurs ?
Disons, à titre provisoire, qu’il n’est pas de crise économique, pas de transformation sociale, pas de choix politique en matière de financement de services publics, par exemple, dont les effets concrets puissent être séparés de l’interprétation qui en est proposée. Assigner un sens à ces phénomènes, trouver les mots ou les catégories pour dire les choses et le pourquoi de celles-ci, débusquer ce qui se cache derrière les décisions prises, constituent des lieux de batailles décisives pas seulement quant à la forme des faits qu’il nous appartient évidemment de décrire des points de vue sociologique et anthropologique mais plus encore sur le plan des lectures et interprétations que nous devons proposer face aux phénomènes étudiés.

Ainsi, par exemple, dans le cas de l’analyse du chômage de masse, nos collègues économistes peuvent penser, globalement, en se référant à l’un ou l’autre des deux grands cadres suivants d’explication :
– imputer ce chômage massif à la rigidité du marché, à la trop grande force des syndicats qui empêcherait, soi-disant, la mobilité des travailleurs ou à la mauvaise préparation de la main-d’œuvre,
– ou analyser ce chômage comme le résultat de la voracité des actionnaires ou aux bonus des chefs d’entreprise.
Ces deux types de lecture renvoient, la chose est évidente, à des visions fort différentes du fonctionnement de l’économie réelle mais aussi de la question de la justice dans nos sociétés ; de plus, il est clair qu’ils n’entraînent pas les mêmes implications sur le plan social et politique. L’intrication du social, du politique et de l’éthique ne se comprend, nous le savons, qu’à partir de l’élucidation des liens que nous établissons, dans nos modes d’analyse, entre antécédents et conséquents, et à travers les systèmes de relations qui nous privilégions, tout cela s’intégrant dans des cadres interprétatifs particuliers et dans des théories sociales bien spécifiques.

Quelle place pour l’universitaire dans nos sociétés du savoir ?

1. De nos jours, nous vivons dans des sociétés du savoir dans lesquelles bientôt 25% de la population possédera un diplôme universitaire, souvent, il est vrai, un diplôme venant d’une école professionnelle. Suite à l’élévation continue des niveaux de scolarité et à la circulation de plus en plus d’informations sur toutes sortes de supports, l’économie du savoir occupe dans les sociétés occidentales industrialisées une place de plus en plus dynamique qu’il est d’autant plus urgent de prendre en compte que nos sociétés sont de moins en moins polarisées sur le plan idéologique.

2. La place occupée de nos jours par les travailleurs de l’esprit que sont les universitaires est beaucoup plus ambiguë, incertaine, floue, qu’elle l’était dans le passé. On peut dire que les universitaires ont toujours été dans leur très forte majorité et qu’ils le sont même encore, généralement, du côté du pouvoir, avec bien sûr des exceptions.

En voici quelques exemples :
– à l’époque de la colonisation, les anthropologues furent très nombreux à vanter les mérites de la civilisation occidentale, certains allant jusqu’à essayer de démontrer l’infériorité intellectuelle des colonisés et à les ranger dans des classifications de races dominées par les Blancs, tout ce prétendu savoir servant à mieux justifier le devoir de civiliser incombant aux nations occidentales ;
– au lendemain des indépendances des pays colonisés, les économistes libéraux recommandèrent avec enthousiasme des plans d’ajustement structurel et proposèrent des prescriptions inspirées des politiques du FMI, lesquelles se révélèrent partout catastrophiques ;
– les économistes néo-libéraux d’aujourd’hui sont peu nombreux à dénoncer les effets pervers de l’insertion du privé dans les services publics de santé, convaincus qu’ils sont que la liberté de se payer des soins (pour qui le peut) est un droit dans une société vraiment libérale ;
– les spécialistes de la communication refusent souvent de documenter l’appauvrissement pour la communauté de la concentration des médias, dans un oubli qui s’explique sans doute par leur enthousiasme face aux nouvelles techniques de communication ;
– les géographes décrivent avec précision la fragilisation de nos écosystèmes suite à nos modes d’exploitation de la nature mais sont-ils nombreux à réclamer que nos sociétés d’abondance changent leurs styles de vie ?
– les biologistes s’inquiètent de la puissance de nos biotechnologies sans qu’ils questionnent cependant le transgénique, la production d’hybrides issus d’humains et d’animaux ;
– les psychologues vantent, avec raison, le respect des droits individuels mais s’interrogent-ils suffisamment sur l’impact que l’adoption d’enfants par des couples homosexuels aura éventuellement sur le devenir des enfants et sur la filiation ;
– que disent les politologues de ce « parcage », encore aujourd’hui, de groupes humains entiers dans des espaces appelés ‘réserves’ ?
La plupart des universitaires tendent à conforter l’ordre social et les modèles dominants de pensée, chose parfaitement compréhensible quand on sait que c’est parmi eux que se recrute la quasi-totalité des élites politiques, économiques et administratives dans la plupart des pays du monde.

3. Bien souvent, et cela n’est pas étonnant, les interprétations que nous donnons aux phénomènes que nous étudions relèvent d’une idéologie qui ne se dit pas et qui tend même à se dissimuler, à s’effacer sans doute parce qu’elle se donne des airs de critique qui n’en sont pas. Pensons par exemple :
– aux commentaires de sociologues conservateurs sur les flambées de violence de l’automne 2005 dans les banlieues françaises (un mot de Robert Castel à ce sujet : « Si l’on veut appeler les choses par leur nom, c’est bien à un retour de la race sur la scène politique et sociale que l’on assiste aujourd’hui » (La discrimination négative. Citoyens ou indigènes, 2007) ou à la dramatisation autour des gangs de rue dans les études faites au Québec (j’y reviendrai);
– aux psychologues qui n’hésitent pas à donner un zéro de conduite aux enfants de 3 ans, débusquant dans le tiraillement de certains petits à la garderie de la graine de futurs contrevenants ; la prescription issue de ce dépistage précoce est claire : il faut corriger au plus vite ces futurs déviants ;
– aux professeurs de science politique qui dénoncent les penchants autoritaires et racistes des milieux populaires;
– aux économistes néo-libéraux qui soutiennent la philosophie prévalente des budgets des états qui conduit à faire payer les classes moyennes plutôt que de s’attaquer, par exemple, aux paradis fiscaux ou de réclamer leur juste part aux multinationales.
4. Les intellectuels universitaires ne se bornent pas, il faut le dire, à simplement mettre leurs idées au service du maintien de l’ordre social. Leur savoir et leur position sociale les placent, cela est vrai, du côté des privilégiés (des postes garantis mur à mur) mais ils ne sont qu’une fraction relativement dominée au sein de la classe dominante qui s’est construite sur l’économie, le marché et le savoir, classe située proche du sommet de la société à laquelle ils appartiennent. Les universitaires collaborent volontiers avec les dominants les plus riches et sont même souvent complaisants à leur égard, sans doute parce que ces strates dominantes et riches de la société, le plus souvent des industriels, leur donnent l’impression de les faire participer à leur pouvoir.

5. coque imprimé huawei pas cher Une bonne part des prises de positions des universitaires face aux grands défis sociaux, culturels, politiques, économiques découlent précisément de la position ambiguë qu’ils occupent dans l’espace social : d’une part ils appartiennent à l’élite relativement privilégiée et d’autre part ils sont dominés par les groupes économiques situés au sommet de leur catégorie socio-économique, groupes qui réclament de plus en plus, au nom même de l’efficacité, de diriger les institutions de savoir.

Voyons d’un peu plus près ce que cette situation contribue à produire et comment les choses semblent se passer :
– certains critiquent mais pas trop car il faut bien que ce qu’on dit soit acceptable, recevable, que les critiques dérangent mais jusqu’à un certain point seulement, et que les prises de position ne soient pas trop menaçantes. On se donne ainsi l’allure de l’universitaire critique qui affirme, par exemple, que telle ou telle politique est désastreuse, avant d’ajouter, de manière prudente, que les choses sont en fait bien « plus complexes » et que toute dénonciation radicale est à éviter. On se présente alors comme le partisan d’une réforme qui implique un adoucissement des conditions de l’exploitation et du contrôle des effets pervers, sans proposer une vraie correction des sources de l’exploitation, de l’inégalité. On affecte même parfois de ne pas savoir ce que l’on sait du monde et de ses injustices, sans doute parce qu’on estime que la classe à laquelle on appartient pourrait perdre à ce que les cartes soient redistribuées d’une autre manière et à ce que les choses changent trop. Coque Huawei Soldes Consultants et experts sont des spécialistes de ce genre de discours ;
– d’autres sont plus radicaux, coupant parfois carrément les ponts, mais pour agir ainsi, il faut une grande notoriété scientifique et être totalement intouchable sur le plan de l’emploi, ce qui veut dire qu’il faut souvent attendre d’arriver à la fin de sa carrière universitaire pour pouvoir commencer à dire vraiment ce qu’on pense. Coque huawei P10 Bien sûr il y aura toujours des collègues comme Noam Chomsky, Edward W. Said, Pierre Bourdieu ou Michel Foucault qui seront des penseurs extrêmes dont les prises de position, en politique et d’autres domaines, seront d’emblée en parfait accord avec leurs idées. Il y a aussi d’autres intellectuels moins assurés en tant qu’universitaires établis et moins connus que ces grands noms qui se sont aussi résolument engagés dans la guerre des idées.
Y a-t-il vraiment une crise de la pensée critique ?

Malgré tout ce que je viens de dire, je ne suis pas sûr que nos sociétés traversent véritablement une crise de la pensée, comme certains analystes se plaisent à le répéter dans des raccourcis un peu caricaturaux. custodia iphone a bracciolo Encore faudrait-il s’entendre sur ce qu’est une crise collective de la pensée.

1. Je crois qu’il n’y a jamais eu, dans le passé, autant d’idées exprimées, autant de livres et d’articles publiés, autant de tribunes de presse et autant de lieux de débats, dans les médias et via Internet. custodia iphone 6 me contro te Il n’y a jamais eu autant de gens aussi instruits et autant de moyens d’apprendre et de se tenir au courant des choses de la pensée, en dépit même de la concentration des médias et de cette Babel qui tend à égaliser tous les points de vue ou à en faire triompher l’un ou l’autre.

2. La sensation d’existence d’une crise vient sans doute d’une conjonction entre les séries de faits suivantes :
– les positions défendues par les universitaires et par les intellectuels en général tendent à être beaucoup moins polarisées qu’elles ne l’étaient dans le passé, voire dans un passé même récent, et à s’exprimer dans des idées qui manquent désormais de radicalité ;
– les structures de l’université et les modes de financement de la recherche sont en pleine réorganisation, introduisant une fluidité et du mouvement dans les institutions, ce qui crée de l’incertitude dans la vie des professeurs et des chercheurs ;
– la société québécoise est assez indifférente face aux universitaires et à ce qui se passe dans les universités (je ne veux pas dire qu’il existe un anti-intellectualisme dans notre société mais je m’interroge tout de même sur la manière dont nous sommes perçus par la population en général).
Les débats académiques et scientifiques me semblent démontrer qu’il existe de nos jours de grands consensus autour de positions moyennes et que les universitaires tendent à s’éloigner des points de vue radicaux et extrêmes.

3. Si on peut parler d’une misère intellectuelle dans le temps d’aujourd’hui, je suis tenté de dire que cette misère est celle d’une pensée dé-radicalisée, douce et conciliante, qui s’est installée tranquillement dans notre nouveau contexte de travail et qui a fait naître en nous d’imprenables certitudes. En voici quelques exemples :
– le discours dominant dans les sciences sociales est devenu respectueux des pouvoirs établis, à commencer par celui du marché et de l’argent ;
– les économistes se refusent de faire la leçon aux banques et aux grandes entreprises en mal d’aide gouvernementale, sans que ces mêmes économistes (des lucides) ne se gênent pour faire la leçon aux citoyens (des paresseux qu’il faut mettre au travail) issus des milieux sociaux défavorisés, surtout quand ils réclament l’aide de l’État ;
– les philosophes et les spécialistes des sciences sociales sont intarissables sur les questions morales (surtout les droits politiques de l’homme) mais on les entend trop peu souvent soulever les problèmes de justice sociale en réclamant le droit à une vie décente, au travail, à la santé pour tous
– au nom des valeurs occidentales à défendre (la liberté, la sécurité, dit-on), combien de clercs au service de l’État (et pas mal de nos collègues comptent parmi eux) n’ont-ils pas approuvé les États-Unis quand ils se sont lancés contre Sadaam Hussein, parvenant à rejeter la responsabilité morale de l’agression américaine sur les victimes.
– on évoque la re-politisation des sciences sociales, mais c’est souvent pour mieux affirmer le droit d’ingérence des pays occidentaux dans les autres sociétés au nom d’arguments démocratiques et humanitaires qui s’ancrent dans nos valeurs à nous.
4. custodia a tracolla per iphone Les universitaires affirment plus que jamais les grands idéaux (la raison, les droits, l’universalité, la démocratie, la protection de la nature, etc.) derrière lesquels ils s’abritent assez confortablement, se rendant parfois aveugles face à l’injustice et à l’inégalité sociales croissantes, aux drames du monde et dans une relative indifférence aux problèmes sociaux. Sans doute sommes-nous trop indulgents et myopes face à notre propre aveuglement. Ainsi la place déjà réduite accordée à la critique des idées des uns par celles des autres tend à s’effacer toujours davantage dans une espèce d’accord tacite autour de quelques valeurs tenues pour primordiales qui sont organisées autour de la question des droits. Dans tout cela, la réalité sociale, ses injustices et notre contribution à leur maintien, ont vraiment tendance à être oubliées.

5. Parmi les thèmes à la mode que travaillent les sociologues et les anthropologues du Québec, on trouve les éternels débats autour des tensions bipolaires suivantes : la différence contre l’identité ; la pluralité contre l’unité; l’altérité contre le « nous »; la souveraineté des États contre la mondialisation ; la religion contre le sécularisme et la laicité ; toutes ces polarités permettant de relancer la question de la société en tant que réalité plurielle qui résiste à tout réductionnisme. Il est vrai qu’il existe des discussions franches, soutenues et pertinentes (trop peut-être) autour de tous ces sujets mais ces débats tendent trop souvent, du moins dans les sciences sociales pratiquées au Québec, à prendre place dans un enlisement autour de l’inépuisable question de l’identité nationale québécoise, laquelle m’apparaît elle-même faire de moins en moins de place à la pensée de la solidarité, de l’hétérogénéité, de la social démocratie et au principe d’inclusion.

6. Ce qui a certainement changé et ce qui pourrait bien être en crise, c’est la figure même de l’universitaire, laquelle est en train de se recomposer dans une société, il est vrai, de plus en plus savante mais dont le savoir, il faut le rappeler, est un savoir commodifié, nourri d’une idéologie profondément libérale, obnubilé par la nouvelle religion des droits individuels, optimiste jusqu’à l’excès et tourné vers le progrès. produits coque huawei L’universitaire sait qu’il travaille désormais dans un monde dans lequel l’université n’est plus la seule institution productrice des savoirs et que de nombreuses autres personnes ayant reçu une éducation supérieure manipulent les idées et les théories, complexifiant du même coup la géographie des professions intellectuelles. Managers, architectes, ingénieurs et banquiers se joignent de nos jours aux avocats, médecins et enseignants pour produire des savoirs utilitaires sur le monde qui viennent souvent s’opposer à ceux de l’élite universitaire cultivée et savante qui est encore souvent perçue comme déconnectée d’avec la réalité.

7. L’universitaire sait aussi qu’il vit dans une société de plus en plus médiatisée qui valorise le savoir-spectacle (il ne faut pas oublier Guy Debord). Les médias de masse aiment les virtuoses de la parole (nous n’en avons pas beaucoup au Québec) et donnent une prime de popularité à certains universitaires capables, avec style et parfois même avec brio, d’évoquer des problèmes complexes dans une langue simple, accessible, souvent très simplificatrice. Certains universitaires savent mieux maîtriser que d’autres (ce ne sont pas nécessairement les meilleurs chercheurs) les formats des médias, devenant ainsi les chouchous des émissions d’affaires publiques à la mode ou des émissions culturelles (lesquelles sont quasi toutes disparues de nos grandes chaînes). Ainsi certains se font un nom à la radio ou à la télévision, un peu comme les imprésarios le font avec les artistes C’est heureusement plus le cas en France que ce l’est chez nous au Québec bien que nous n’en soyons pas vraiment protégés.

L’activité médiatique de ces collègues (peu nombreux) contraste avec l’activité des scientifiques construisant patiemment dans des travaux sur le terrain ou dans leur laboratoire un objet de recherche sur lequel ils écriront des textes qu’ils destineront hélas, d’abord et avant tout, à leurs seuls collègues. Ces collègues prêtent sans doute plus d’attention à leur rang dans l’obscur Social Sciences Citation Index (SSCI) qu’à leur nombre de présences dans les studios de radio. Parmi ces collègues, rares sont ceux qui engagent leur savoir dans les débats de société, témoignant parfois d’une telle irresponsabilité sociale qu’ils nourrissent l’anti-intellectualisme (la tour d’ivoire) dont certains hommes politiques jouent plus ou moins habilement pour discréditer certaines formes de recherche en sciences sociales.

Ainsi nous avons été forcé de justifier les retombées sociales de ce que l’on fait, de faire du lobbying pour convaincre les décideurs politiques de l’importance d’augmenter les budgets des organismes subventionnant la recherche en sciences sociales et humaines. L’autonomie de pensée des universitaires et des chercheurs n’est jamais définitivement acquise, et il nous faudra sans doute toujours « supplier » les détenteurs du pouvoir si on veut être capable de poursuivre nos recherches sur des sujets que nous considérerons, par nous-mêmes, être d’importance pour la société. On réussira à maintenir cette autonomie à la condition de développer un sens accru de notre responsabilité à l’égard de la société.

Conclusions

1. Le monde des professeurs et des chercheurs universitaires est tiraillé entre deux grands modèles qui lui sont imposés : d’abord celui de l’entrepreneur de la pensée (c’est le cas de nos jours des jeunes professeurs) qui crée son laboratoire, lutte pour les subventions, s’associe parfois à l’entreprise privée, essaie de conquérir une chaire qui lui permettra d’étendre son aire d’influence ; ensuite, à l’autre bout du spectre, soit celui du penseur solitaire ou du penseur critique qui s’engage dans divers combats, dans les causes humanitaires et dans le militantisme partisan. Il y a, il est vrai, encore bien d’autres modèles, notamment celui d’experts, de conseillers gouvernementaux, syndicaux, de partis, et de consultants (tous des producteurs de réponses à des questions concrètes), et celui d’intellectuels spécifiques au sens où en parlait Foucault, d’intellectuel universel (le « compagnon de route ») à la Sartre ou encore de l’« intellectuel collectif » de Bourdieu (ceux-ci posent généralement plus de questions qu’ils n’apportent de réponses).

Les intellectuels des médias et les intellectuels publics proches des gouvernements viennent de l’un ou l’autre de ces groupes. Les occasions de donner leur point de vue ou de produire un rapport bien payé ne leur manquent pas :
– Que penser des réactions des musulmans face aux caricatures danoises du prophète ?
– Faut-il envoyer des missions humanitaires sur tel ou tel terrain (au Darfour par exemple)?
– Convient-il d’augmenter les troupes militaires pour faire avancer les pratiques démocratiques en Afghanistan?
Les universitaires prétendument experts de l’une ou l’autre de ces questions sont au garde-à-vous en attendant qu’on les invite à donner leurs réponses, lesquelles sont souvent d’autant plus courtes que le problème est complexe. Il y a aussi les connaissances élaborées dans les think tanks privés dont la principale préoccupation est, dans la majorité des cas, de légitimer l’idéologie dominante ou dans tous les cas, de défendre les intérêts de leurs bailleurs de fonds. On ne peut s’interroger en profondeur sur les modèles qui s’imposent de nos jours aux professeurs et chercheurs des universités que si on examine dans le détail ce que sont devenues les infrastructures de recherche en tant que lieux de production du savoir, comment se fait de nos jours la diffusion de la pensée et des résultats des recherches, et ce qu’est l’université dans notre société.

2. Sur la question même de l’université, je tiens à faire quelques réflexions critiques. Disons d’abord que toutes les réformes faites depuis vingt ans s’inspirent du management de type entrepreneurial et qu’on tend à favoriser une gestion calquée sur celle des entreprises privées. custodia full body iphone 6 Cela se fait parfois au mépris du travail académique et scientifique qui nécessite, au contraire, une large autonomie intellectuelle et une certaine indépendance économique, lesquelles sont les garantes d’une véritable liberté de la pensée. custodia spigen per iphone x Aussitôt que la mentalité entrepreneuriale s’impose dans les universités, le primat de la rentabilité devient la règle de base qui doit être suivie, avec parfois l’injonction (heureusement pas toujours) de produire des savoirs qui sont en accord avec les besoins des entreprises ou des gouvernements. Ainsi, dans ce nouveau contexte,
– on tend à penser que le système universitaire américain (celui qui produit le plus grand nombre de prix Nobel et qui gère le plus grand nombre de revues scientifiques) constitue un modèle pour nos universités.
– on oublie que l’excellence de quelques établissements d’élite (ceux de la Ivy League) dissimule la dégradation de la situation dans la majorité des campus des universités publiques dont le rôle pourrait être central pour réduire les inégalités au sein de ce pays qui est là, au sud du nôtre. Les récents débats autour du projet de loi du président Obama sur la santé ont montré que la réduction des inégalités est le cadet des soucis de nombreux Américains. Est-ce ce système que l’on veut voir s’introduire dans notre pays ?
3. Dans un tel contexte, il n’était pas étonnant qu’on en vienne à proposer de transformer les modes de gouvernance de l’université, jugés archaiques, afin de rapprocher celle-ci des entreprises privées, de la rendre plus productive et de la mettre vraiment au service du développement de la société. Ce sera donnant-donnant, nous a-t-on dit : d’un côté, des fonds privés viendront grossir le nombre de chaires, aider à la construction des bâtiments, etc.; de l’autre, des ‘administrateurs de sociétés privées’ apporteront leur expertise dans la « gouvernance » des universités, de préférence dans les conseils d’administration qu’il faudra structurer sur le modèle des conseils d’entreprise. L’univers relativement autonome que les universités avaient réussi à construire, au fil des siècles, en échappant au pouvoir des églises et des gouvernements, s’est fracturé avec l’entrée de l’esprit de l’entreprise et du privé, en un mot avec la présence du pouvoir économique, dans l’espace même de l’université. Tout cela se fait, dit la rhétorique à la mode, au nom d’une meilleure articulation de l’université sur la société et c’est là un discours parfaitement recevable pour la population, et même pour un bon nombre d’universitaires.

4. Je défends la pratique de sciences sociales profondément articulées sur l’étude des grands défis qui se posent à nos sociétés ; je refuse le faible sens de responsabilité sociale de certains collègues qui cherchent encore un refuge tranquille dans cette tour d’ivoire que l’université a été pendant trop longtemps. À peu de temps de la retraite, je crains que la réforme en cours à l’université ait des conséquences graves pour tout le monde : on n’a pas encore mesuré, en effet, les impacts radicaux, dévastateurs mêmes, que l’intrusion de critères et de décideurs externes à l’université même ne manqueront pas de provoquer.

5. Je reviens, en terminant, à Hannah Arendt qui nous a rappelé que l’on ne peut vraiment penser la réalité et agir sur elle qu’à la condition d’avoir d’abord senti l’écartèlement entre soi et le monde, la déchirure intime, la souffrance dans l’expérience de l’injustice, et qu’on a cherché sa place entre la passion pour le savoir et le goût pour la politique, entre le retrait et la présence, entre ce qu’elle appelle la « vita contemplativa » et la « vita activa ».

ATELIER : LES SCIENCES SOCIALES AU SERVICE DE QUI? DÉBAT AUTOUR DE L’AUTONOMIE INTELLECTUELLE FACE AUX ORIENTATIONS ACTUELLES DE LA RECHERCHE

Responsables : Charles Beaudoin-Jobin (Étudiant au baccalauréat, custodia iphone 6s da donna Département de sociologie, custodia iphone 7 volkswagen Université de Montréal) et Francisco Toledo Ortiz (Doctorant, Département de sociologie, Université de Montréal)

Cet atelier vise à alimenter le débat portant sur les politiques récentes entourant la recherche en sciences sociales en interrogeant plus particulièrement la manière dont ces politiques se traduisent en une transformation fondamentale du rapport social à la recherche. À une vision qui prône une connaissance détachée des considérations immédiates ou uniquement centrée sur la compréhension des problèmes sociaux s’oppose une idée utilitariste de la recherche en sciences sociales qui soulève de nombreuses questions et qui pose de nombreux défis.

Dans un contexte où les contraintes proviennent souvent du clivage qui existe entre la connaissance scientifique et les besoins des agents décideurs, custodia gameboy iphone 6s coque iphone france nous souhaitons créer un espace de réflexion qui puisse être à même de dresser un portrait de la situation actuelle des sciences sociales.

Plus spécifiquement, cet atelier a pour but de favorisé l’échange de différents expériences étudiantes en regard de ces transformations. custodia iphone 5c blu À la nouvelle conception attribuant aux étudiants un statut de client, Coque huawei P20 il semble que différents glissements se sont opérés au sein de l’institution universitaire. custodia iphone 7 ringke air prism coque iphone outlet store Comment cette conception influe-t-elle sur les travaux de recherche? Quels défis cela pose-t-il? Par ailleurs, Vente Coque iPhone nous voulons également ouvrir cette discussion et faire ressortir des points de vue divergents portant sur la question de la liberté de choix théoriques et méthodologiques dans ce contexte. custodia wallet iphone 8 coque iphone outlet shop En somme,

REGARDS CROISÉS SUR LE LIVRE « ACADEMIC TRANSFORMATION: THE FORCES RESHAPING HIGHER EDUCATION IN ONTARIO »

Par Patrick Imbeault (Doctorant, custodia originale iphone x Département de sociologie et anthropologie, Université d’Ottawa)

Dans le livre « Academic Transformation: The Forces Reshaping Higher Education in Ontario », (2009, custodia iphone 6s angelo http://www.academictransformation.ca/) financé par le Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur, custodia apple silicone iphone 6 quatre auteurs (Ian D. coque huawei nova Clark, Greg Moran, custodia iphone 6 calvin klein Michael L. coque huawei Skolnik et David Trick) présentent ce qu’ils perçoivent comme les plus grands défis du système d’éducation postsecondaire ontarien : l’augmentation des effectifs et le manque de ressources.

De leur avis, le système universitaire n’est pas durable. coque huawei pas cher Ils proposent donc plusieurs changements : la création d’un nouveau réseau d’universités pour l’enseignement au premier cycle, custodia iphone 5se l’introduction de nouveaux diplômes pour des programmes de trois ans, l’utilisation d’un nouveau mode de gestion qui prône « l’efficacité », un accent sur la différenciation institutionnelle et un nouveau système d’enseignement universitaire par correspondance ouverte à tous (« open university »).

Pourtant celles-ci sont-elles vraiment les meilleures options? Nous pensons que ces propositions auront un effet néfaste sur le système d’éducation postsecondaire ontarien, en particulier sur les sciences sociales et les humanités.