COLLOQUE 2019

 

Colloque Souci, mépris, indifférence

23 au 26 octobre 2019, Université de Montréal (Canada)

 

 

 

INSCRIPTIONS AU COLLOQUE

HÉBERGEMENT

INFORMATIONS PRATIQUES

 

 

L’Association canadienne des sociologues et des anthropologues de langue française (ACSALF) organise son colloque général sur le thème souci, mépris, indifférence. L’invitation s’adresse aux anthropologues et sociologues, de même qu’à ceux et celles qui partagent leurs perspectives d’enquête et d’analyse. Notre ambition est d’offrir une compréhension plus affinée des phénomènes qui transforment et façonnent les mondes contemporains, tout en explorant de nouvelles avenues en termes de conceptualisation et d’analyse.

Comité organisateur

Marie-Claude Haince (Université de Montréal), Élise Imray-Papineau (Université de Montréal), Shaimae Jorio (Université du Québec à Montréal), Vincent Romani (Université du Québec à Montréal), Phillip Rousseau (Chercheur indépendant), Enkelejda Sula Raxhimi (Université Saint-Paul) et André Tremblay (Université d’Ottawa).

Comité scientifique

Yves-Marie Abraham (HEC Montréal), Victor Armony (Université du Québec à Montréal), Karine Bates (Université de Montréal), Bernard Bernier (Université de Montréal), Suzanne Beth (Université de Montréal), Leila Celis (Université du Québec à Montréal), Valérie de Courville Nicol (Concordia University), Lynda Dematteo (EHESS, Paris), Vincent Duclos (Drexel University), Annick Germain (INRS-UCS), Baptiste Godrie (Université de Montréal), Guylaine Guay (Cégep de Sept-Îles), Marie-Claude Haince (Université de Montréal), Sophie Hamisultane (Université du Québec à Montréal), Naïma Hamrouni (Université du Québec à Trois-Rivières), Dominique Hétu (University of Alberta), Élise Imray-Papineau (Université de Montréal), Shaimae Jorio (Université du Québec à Montréal), Lamyae Khomsi (Université de Montréal), Marie Nathalie LeBlanc (Université du Québec à Montréal), Jean-Michel Landry (McGill University), Guy Lanoue (Université de Montréal), José Lopez (Université d’Ottawa), Chowra Makaremi (EHESS-Paris), Abdelwahed Mekki-Berrada (Université Laval), Deirdre Meintel (Université de Montréal), Micheline Milot (Université du Québec à Montréal), Dominique Morin (Université Laval), Marcelo Otero (Université du Québec à Montréal), Jorge Pantaleon (Université de Montréal), Chiara Piazzesi (Université du Québec à Montréal), Zakaria Rhani (Université Mohamed V), Vincent Romani (Université du Québec à Montréal), Phillip Rousseau (Chercheur indépendant), Robert Schwartzwald (Université de Montréal), Alicia Sliwinski (Wilfrid Laurier University), Marguerite Soulière (Université d’Ottawa), Meg Stalcup (Université d’Ottawa), Enkelejda Sula Raxhimi (Université Saint-Paul), André Tremblay (Université d’Ottawa), Cécile Van de Velde (Université de Montréal), Karine Vanthuyne (Université d’Ottawa), Lívia Vitenti (Universidade de Brasília), Bob White (Université de Montréal), Elke Winter (Université d’Ottawa).

Souci, mépris, indifférence

Argumentaire

Ce qui compte et ne compte pas

Qui est attentif à quoi ? Qui s’occupe de quoi, comment, au nom de qui ? De quelles manières se cristallise ce qui compte ou ne compte pas sur les plans culturel, économique, environnemental, juridique, médiatique, politique, religieux, social ? Quelles sont les formes individuelles ou collectives et les pratiques concrètes qui ancrent, mobilisent, délimitent et diffusent l’(in)attention ou la (dé)valorisation ? Quelles sont les infrastructures, les médiations ou les dispositifs nécessaires aux prises en considération, à leur pérennisation ou à leur délestage ? Quels en sont les effets, tant sur celles et ceux qui portent attention que sur l’objet de cette même attention ?

Afin d’approfondir ces interrogations, l’Association canadienne des sociologues et anthropologues de langue française (ACSALF) lance un appel à contributions consacré au souci, au mépris et à l’indifférence. Nous invitons les chercheur.e.s à soumettre des propositions qui lient certaines de  ces questions à diverses préoccupations contemporaines : les questions autochtones, le colonialisme, la question décoloniale, les processus de racisation, de précarisation, les frontières, les genres, la sexualité, les enjeux de santé, de financiarisation, les rapports familiaux, intergénérationnels, interculturels, les relations aux non-humains, la consommation, les affections, dispositions et ethos occidentaux ou non-occidentaux, les modes de production scientifique, etc.

Naviguer à travers ces trois catégories mène l’anthropologie et la sociologie sur un terrain plutôt instable. Elles incitent d’abord les chercheur.e.s à se situer à l’intersection des dispositions affectives (ou émotionnelles) et des modes de rationalisation. Ces catégories nous conduisent ensuite au cœur des ambivalences sociales : où la bienveillance côtoie des rapports de force marqués, où l’animosité se dresse à l’aide d’un attachement ciblé, où l’engagement vers l’un se double d’un désintéressement pour l’autre, etc.

Autour du souci, du mépris et de l’indifférence s’étend évidemment une constellation conceptuelle plus large qui mérite également notre attention : l’empathie, la colère, l’inquiétude, l’indignation, le contrôle, la sollicitude, la curiosité, l’intérêt, l’anxiété, le repli, l’indulgence, l’hostilité, l’exclusion, la résignation, la résilience, le conformisme, etc. Les trois concepts retenus permettent néanmoins d’expliciter la problématique centrale et sous-jacente à notre entreprise : comment se déploie, se détermine ou s’étiole ce qui compte et ne compte pas ?

Les imbrications du souci, du mépris et de l’indifférence

On doit aux études féministes le renouvellement, la critique et l’élargissement de la portée théorique, politique et éthique de l’idée de care (Tronto 1993). Ce tremplin est désormais incontournable pour penser le souci, les soins, la sollicitude ou même la bienveillance en les inscrivant dans des relations sociales concrètes et situées. Tant chez Foucault (1984) que Tronto (1993), le souci ou le care relèvent précisément d’exercices, de techniques ou des formes de labeur spécifiques.

Ces efforts servent d’impulsion initiale à la problématique retenue ici. Le choix d’accentuer le « souci » au profit du care permet toutefois d’insister davantage sur la tension inhérente à l’idée de « souci », à la fois préoccupation inquiète et intérêt soutenu. Sans négliger l’apport des théories du care, notre appel vise à participer à l’élargissement de leur portée en mettant en relation des champs empiriques, conceptuels et disciplinaires souvent tenus à l’écart les uns des autres. L’appréhension et la confrontation de formes contrastées de prise en considération – ce qu’elles produisent dans des milieux distincts – a pour objectif d’encourager les regards transversaux qui permettent de complexifier notre compréhension générale du souci et de ses effets.

Dans une telle optique, le mépris et l’indifférence sont tout autant nécessaires à l’équation. Ces catégories incarnent non seulement des formes d’(in)attention opposées au souci, mais aussi ce contre quoi il s’active. Alors que l’on associe plutôt le souci à la bienveillance et à la sollicitude, le mépris relève de formes d’inquiétudes et d’attention qui sont davantage marquées par l’animosité. Les figures contemporaines du mépris, tel que Honneth (2006) les délimite dans La société du mépris, peuvent servir de point de départ. Il s’agira alors de penser et d’exposer les pratiques liées aux sévices ou aux atteintes à l’intégrité physique, à l’exclusion de certains droits et à l’atteinte à la dignité d’autrui – tant humain que non-humain. Aborder le déploiement social du mépris implique de se tourner vers des espaces et des pratiques marqués par une aversion latente ou pleinement manifeste. Quant à l’indifférence, la réflexion sur sa production sociale, que Herzfeld (1992) décrivait à travers l’exemple de la bureaucratie, peut également s’étoffer en l’articulant à celles consacrées aux pans de la population « jetables » de la mondialisation néo-libérale (Bauman 2006, Giroux 2008), aux politiques de « reconnaissance » qui pérennisent les programmes coloniaux d’assimilation (Coulthard 2014, Simpson 2014), comme aux dispositions qui rendent l’indifférence acceptable (Kyriakopoulos 2016). La thématique de l’indifférence permet également de questionner les processus et temporalités liés à l’oubli, comme aux ethos de distanciation liés un peu plus directement au souci (l’importance du désintéressement dans les pratiques et les doctrines philosophiques, religieuses ou même esthétiques, par exemple).

Trois axes : ancrages, mobilités et conceptualisations

Afin de bien cartographier les diverses manifestations et les multiples configurations sociales du souci, du mépris et de l’indifférence, l’ancrage et la mobilité serviront ici d’angles d’approche initiaux. Loin d’être mutuellement exclusifs ou contradictoires, ces deux axes privilégiés devraient servir à aborder empiriquement les pratiques sociales et leur déploiement dans l’espace et le temps, chez les sujets et les collectifs et par le biais de diverses technologies, médiations ou dispositifs. Un troisième axe, consacré aux problématiques davantage conceptuelles, permettra d’explorer les divers efforts théoriques et méthodologiques liés au souci, au mépris et à l’indifférence.

Partielle et non exhaustive, la liste thématique qui suit se veut suggestive et devrait servir à guider celles et ceux qui souhaitent soumettre une proposition d’atelier ou de communication individuelle.

1) Ancrages, localisations, positionnements

  • Institutionnalisation du soin, de la discipline, de la punition et de la négligence, leurs transformations structurelles, idéologiques et techniques (éducation, pensionnats, médecine, psychiatrie, prison, détention, torture, etc.);
  • Les corps et les esprits : mutilation, marquage, maintien de vie, embaumement, épanouissement personnel, bien-être, isolement matériel et existentiel, résignation, dépression, etc.
  • Établissement ou renforcement des frontières, nationalisme, institutionnalisation et gestion de l’aversion, de la tolérance et de l’affection (l’Autre, les personnes racisées, les immigrants, les Autochtones), réactions populistes et néofascistes;
  • Bureaucratisation : indifférence, déshumanisation procédurale, cultures de vérification, nouveau management, indicateurs de performance, etc.;
  • Urbanisation : zones de désindustrialisation et de désinvestissement et effets du laisser-aller économique (pauvreté, précarité, réaffectations), gentrification et restauration des quartiers;
  • Formes de vie persistantes ou émergentes, dominantes ou alternatives : autosuffisance urbaine et rurale, nouvelles expériences de démocraties, Zone à défendre (ZAD), vie off-the-grid, survivalisme, camps de réfugiés, banlieues, etc.;
  • Lieux de culte, religiosité, spiritualité et pratiques rituelles, les espaces non-occidentaux du soin et de l’attention (sorcellerie, magie, chamanisme, etc.);
  • Conservation de la biodiversité, agriculture biologique, droits des êtres animés et inanimés, écolieux, zones de dévastation écologiques;
  • Famille, parenté et ménages : les rôles et les statuts émotionnels, la charge émotive et de travail genrée, les enjeux intergénérationnels, l’indifférence face aux aînés;
  • Patrimoine, protection des langues, histoire, archivage, commémorations, témoignages et documentation.

2) Mobilités, transmissions, diffusions

  • Nouveaux modes étatiques et corporatif d’attention : sécurité, surveillance, exploration des données (data mining), algorithmes, mégadonnées, hacking, frontières multiples, etc.;
  • Écologies/économies de l’attention, plateformes, interfaces, réseaux sociaux et leurs effets (liens sociaux virtuels, exposition de soi, publicité, anxiété, dépression, etc.);
  • L’expansion coloniale et ses effets contemporains sur les populations autochtones, racisées et marginalisées;
  • Nouvelles formes de gestion, de mesure et de lutte aux contagions et aux contaminations;
  • Mobilisations et mouvements sociaux : nouveaux partis politiques, indignation, insurrection, actions directes (ex. carrés rouges, gilets jaunes, etc.);
  • L’internationalisation et la dimension politique de l’empathie : l’aide humanitaire, le développement international, les nouvelles philanthropies, le mécénat corporatif, etc.;
  • Marchandisation, consommation, dévalorisation et équivalence capitaliste, effets de la financiarisation, capitalisme numérique;
  • Non-lieux, zones de transit et zones d’attente (migrants).

3) Conceptualisations, théories, méthodologies

  • Éthique du care;
  • Théories de la reconnaissance;
  • Théories de l’hospitalité;
  • Théories de la valeur;
  • Théories de l’affect et des émotions;
  • Humanités environnementales et nouveaux matérialismes;
  • Théories morales et esthétiques : (dé)goût, (dés)intérêt;
  • Banalité du mal;
  • Violence structurelle;
  • Production sociale de l’indifférence;
  • Économie morale;
  • Colonialisme, colonialité, décolonisation et postcolonialisme;
  • Production documentaire, films, cocréations, nouveaux médias;
  • Nouvelles ethnographies, collaboration, restitution, etc.