Le métier

Articles parus dans le Bulletin d’information de l’ACSALF

L’évolution récente du métier de sociologue et d’anthropologue
(Vol. 25, numéro 1, février 2003)
«L’anthropologie et la sociologie au Québec : quel avenir pour l’ACSALF ?» – Journée d’étude sur l’avenir de l’ACSALF (11 octobre 2002, UQAM), présentée par Jacques Beauchemin (Guy Rocher et Gilles Bibeau nous font part de part de leurs réflexions sur l’évolution récente du métier)

Quel(s) métier(s) pour les sociologues et les anthropologues?
(no spécial, août 1994)
La formation et l’emploi en sociologie et en anthropologie

L’insertion professionnelle des sociologues et des anthropologues

Résultats d’une enquête menée par le département d’anthropologie de l’Université Laval auprès de ses diplômés et auprès d’employeurs

La transition professionnelle : le point de vue d’étudiants arrivant sur le marché du travail

Anthropologie et pratique professionnelle: un point de vue d’anthropologue de grande entreprise

Les relations formation-travail en sociologie et en anthropologie

Chroniques «Métier anthropologue/sociologue»
À propos de la direction d’un département universitaire (vol. 17, no 1, mars 1995)
Lettre d’amour à Hilaire Benoît (vol. 16, no 4, déc. 1994)
Profession : consultant en anthropologie (vol. 16, no 3, oct. 1994)
Au Musée de la civilisation de Québec (vol. 16, no 2, juin 1994)
J’enseigne la sociologie au cégep (vol. 14, no 5, nov. 1992)
Une histoire de palmiers, de police et d’accidents (vol. 14, no 2, avril 1992)
Les taux de succès des anthropologues et des sociologues au concours du CRSH, 1985 à 1992 (vol. 14, no 1, fév. 1992)

Autres articles

Le développement du marché du travail pour les sociologues et anthropologues (vol. 17, no 1, mars 1995)

«Anthropologues de tous les pays, unissez-vous» (vol. 16, no 2, juin 1994)

Le colloque sur la formation et l’emploi en sociologie et en anthropologie (vol. 15, no 1, mars 1993)

Beaucoup d’appelé(e)s, mais combien d’élu(e)s, et pour quoi faire? (vol. 15, no 1, mars 1993)

L’emploi en sociologie et en anthropologie (vol. 12, no 4, automne 1990)

Bulletin d’information, volume 25, numéro 1, février 2003

«L’anthropologie et la sociologie au Québec : quel avenir pour l’ACSALF ?»
Journée d’étude sur l’avenir de l’ACSALF (11 octobre 2002, UQAM)
présentée par Jacques Beauchemin

- extraits portant sur l’évolution du métier de sociologue et d’anthropologue -

Le métier de sociologue

Guy Rocher nous fait part des facteurs qui, selon lui, ont influencé l’évolution du métier de sociologue au Québec. Le premier facteur est l’ouverture du marché de l’emploi au métier de sociologue. Au début des années 50, le seul emploi auquel le sociologue pouvait accéder était celui de professeur d’université. Cependant, l’introduction progressive des sciences sociales dans les collèges classiques ouvrit la porte à la diffusion et à la reconnaissance de la discipline sociologique. Cette expansion du métier se prolonge au cours des années 60 avec la création du réseau des Universités du Québec et du réseau collégial. Tranquillement, le sociologue fit son entrée dans la fonction publique. Dans les années 70, le développement de la recherche dans et hors de l’université ainsi que dans et hors de la fonction publique créa une ouverture du marché de l’emploi. Ce n’est qu’à cette date que l’on peut parler réellement de la reconnaissance du métier de sociologue.

Cette institutionnalisation et accréditation du métier de sociologue sont le prélude à la multiplication des disciplines relevant des sciences sociales. Souvent développées à partir de la sociologie, la montée des disciplines soeurs telles que la science politique, l’anthropologie ou la criminologie est venue confirmer l’importance du discours des sciences sociales dans la société.

Bien établie, la culture sociologique se dissémina considérablement sur la scène publique, les médias et la population. Les concepts utilisés en sociologie devinrent d’usage courant, effaçant même le sociologue du devant de la scène. De nos jours, estime Guy Rocher,  » nous ne sommes plus sur la place publique mais nos idées le sont « .

Cependant, cette expansion de la sociologie et de son langage contribua à l’éclatement de la discipline, faisant alors du métier de sociologue une pluralité de professions. Cette fragmentation engendra un nouveau problème, celui de la création de nouvelles barrières entre les différents niveaux dont les plus visibles sont les fossés entre l’université et les collèges et les clivages entre chercheurs. Pour Guy Rocher, la culture professionnelle de la sociologie doit dorénavant être pensée de façon à ce que l’on puisse reconstruire des liens entre les disciplines et reprendre contact avec des chercheurs non-universitaires.

Les perspectives d’avenir

En conclusion, Guy Rocher a fait part de quelques correctifs qui devraient être appliqués afin de pallier la crise du métier de sociologue. Pour commencer, les sociologues devraient se pencher sur les lins qu’entretient la sociologie aux transformations actuelles de la société. La sociologie aurait été, en effet, peu sensible aux profondes transformations qu’ont subies nos sociétés depuis la révolution tranquille. Pour illustrer ce propos, Guy Rocher évoque la quasi-disparition de la sociologie de la famille, de la sociologie des professions, de la sociologie urbaine ou encore de la sociologie du droit. Ensuite, nous rappelant que la sociologie franco-québécoise fut de tout temps une sociologie locale, il s’interroge sur la possible ouverture à l’international. Cet élargissement de la vision sociologique devrait se réaliser en parallèle à un retour aux analyses comparatives, ce qui permettrait de retrouver une certaine rigueur. De même, Guy Rocher préconise l’ouverture vers la pluridisciplinarité accompagnée d’un retour critique de la sociologie par la sociologie. En définitive, la sociologie actuelle doit mettre fin au clivage évoqué plus tôt qui contribuerait à l’affaiblissement de la discipline.

Le métier d’anthropologue

Anthropologue émérite, Gilles Bibeau nous fait part de ses réflexions concernant l’évolution récente de la discipline. La révolution Tranquille a provoqué la consolidation, et l’institutionnalisation du domainedes arts comme la littérature, la musique, la danse etc. Participant à cette effervescence culturelle, les sciences sociales gagnèrent en visibilité et des disciplines comme l’anthropologie ou la sociologie se retrouvèrent sur la scène publique, participant à la réflexion critique dans laquelle était engagé le Québec de l’époque. Mais, il y a parfois lieu de se demander s’il y a encore de la place pour la critique sociale au Québec. L’étiolement de la réflexion critique n’a pas été sans effets sur l’anthropologie. Auparavant sur l’avant-scène, celle-ci semble avoir vu s’éroder son rôle de conscience sociale pour être de plus en plus perçue comme la science de la culture des autres,  » une science des cartes « , alors que les anthropologues sont devenus des conteurs  » d’histoires étrangères  » très pittoresques.

Par ailleurs, la réorganisation de la recherche et l’accentuation du financement vers des groupes stratégiques extrêmement vastes viennent nuire à cette discipline. La recherche fondamentale n’est plus considérée comme nécessaire, l’anthropologie est reléguée à la recherche appliquée délaissant ainsi sa vocation première d’exploration du  » vivre-ensemble ».

Ceci dit, la popularité de l’anthropologie est en hausse fulgurante. À l’Université de Montréal, le nombre d’inscription a atteint cette année le nombre de 400. Pourquoi ce soudain engouement chez les jeunes pour une discipline pourtant jugé dépassée? Gilles Bibeau estime que pendant longtemps, l’anthropologie était perçue comme la science de soi. De nos jours, elle est vue comme la science de l’Autre. Cette ouverture à l’Autre séduisant les jeunes, ceux-ci aurait alors tendance à aller s’inscrire dans le registre des études internationales et autres types d’analyses des grands aires culturelles. Ensuite, les jeunes ont l’impression de vivre dans une société normée, une société de l’ordre qui bride l’imagination. Face à ce constat, Gilles Bibeau se demande si l’anthropologie n’est pas devenue un lieu de contestation de cette normalisation. Devant la perte des référents culturels unitaires, les jeunes ont besoin de réponse concernant leur société. La recherche de ce qui est humain dans l’Homme viendrait combler ce manque. Enfin, la question de l’identité nationale se pose différemment chez les jeunes. L’anthropologie serait-elle une science permettant à notre société de retrouver ses racines?

Au-delà de cette attirance pour  » l’Autre  » et pour l’exotisme qui lui est associé, Gilles Bibeau considère essentiel que l’anthropologie retrouve sa place dans les débats sur la société.